Découverte de la Genèse de l’Empire céleste à Nice

Après une première étape à Genève, c’est dans le sud de la France, au musée départemental des arts asiatiques à Nice, que se trouve actuellement l’exposition inédite « Genèse de l’Empire céleste, les jades chinois de la collection Myers ». Celle-ci rassemble les plus importants ensembles de jades archaïques chinois conservés en Europe ! C’est plus de 150 pièces exposées dans un écrin fait de marbre et de verre, qui semble comme flotter sur l’eau et que Tokonoma a eu le plaisir de découvrir.

Le jade comme point de départ 

C’est au sous-sol, au centre du musée, après avoir emprunté un escalier en ellipse que l’on peut découvrir l’espace dédié à l’exposition, dont le conservateur M. Jean-Paul Desroches est le commissaire invité. Elle est consacrée à la collection privée de Sam Myers et de son épouse Myrna Myers, aujourd’hui décédée. Cet espace divisé en deux salles, une première d’introduction et une seconde, plus grande, en forme de T, oblige à des choix scénographiques. Cela montre bien tout l’enjeu de cette exposition : réinterpréter l’exposition de Genève en l’adaptant à ce nouvel espace. Un challenge qui semble réussi ! On vous explique. 

On commence cette exposition couvrant quatre millénaires par un panorama de la collection allant du néolithique à la dynastie des Han (206 av. n. è. – 220). Des cylindres (cong) et disques (bi) polis du néolithique, les jades évoluent vers des sculptures à part entière. Les formes des jades se complexifient au fur et à mesure que l’on avance dans le temps de par la concurrence avec d’autres matériaux, tels que les métaux ou bien le bronze. 

Mais si on ne parle du jade que pour le jade, cela ne suffit pas. Le jade c’est 80 siècles d’histoire en continu avec une haute dimension symbolique ! Ainsi avant de pénétrer dans la pièce maîtresse de l’exposition, un petit rappel habile s’impose au visiteur. En effet, la dualité terre/ciel nous accueille, le Cong (terre) et le Bi (ciel) avec en son centre le visiteur qui devient un acteur de l’exposition, la triade terre, Homme et ciel. Une fois cela compris nous pouvons entrer…

Un matériau au service de la cosmogonie

Exposition « Genèse de l’empire céleste », Nice, 07. 2021, crédits Marie Degonse.

Au premier regard, le choix des couleurs de l’exposition peut surprendre. Cette alternance de lilas et vert pomme est peu commune mais semble pourtant être une bonne solution pour admirer pleinement les variations de couleurs et la transparence du jade. Partons donc à la découverte de l’évolution des représentations dans ce matériau sur quatre millénaires ! Nous retrouvons les quatre points cardinaux zoomorphes, souvenirs des mythes cosmogoniques relatés dans le Lijing (Livre des rites) : le phénix vermillon pour le Sud, le dragon d’azur pour l’Est, le tigre blanc pour l’Ouest et la tortue-serpent pour le Nord. Nous pouvons également admirer des Immortels, des dragons et des Bixie (chimères protectrices de tombes) avec leur formidable assise terrestre… et bien d’autres encore ! Le tout en alternance avec des textiles qui permettent de faire respirer les vitrines.

 

Oreiller funéraire avec représentation de la Grande Ourse et de la Voie lactée, jade et mosaïque, Dynastie Han 9 × 28,4 cm. © Collection Sam et Myrna Myers, photo Thierry Ollivier

L’un des chefs d’oeuvres de cette collection est cet oreiller funéraire avec la représentation de la Grande Ourse et de la Voie lactée. Ce type d’objet apparaît sous la dynastie des Han (206 av. n. è. – 220) et servait à poser la tête du défunt. Ce qui fait son exception ici c’est qu’il est en jade, une pierre sacrée symbole de pureté et d’immortalité. Mais ce sont surtout ses lignes précises qui attestent la présence de l’astronomie chinoise. L’Homme lève la tête vers le ciel et se met à faire de la cartographie. Certaines hypothèses laissent penser qu’il aurait commencé à le faire déjà bien auparavant, en effet des disques crantés en jade datant du néolithique pourraient être des instruments de visée astronomique. Cependant il s’agit d’une théorie qui est encore loin d’être certaine.

Cette exposition a à cœur de confronter les visiteurs aux matériaux, de montrer comment l’on comprenait en Chine la création du monde à travers l’usage du jade. Mais il s’agit surtout de se focaliser sur le caractère exceptionnel de la collection !

Par cette exposition le musée départemental des arts asiatiques à Nice, nous donne à voir des œuvres exceptionnelles et rarement visibles par le public. Il s’agit d’un événement que le collectionneur Sam Myers a voulu comme un hommage à sa femme décédée. Et qui est à découvrir dans ce magnifique bâtiment signé Kenzô Tange (1913-2005) jusqu’au 19 septembre !

En savoir plus :

  • Desroches, Jean-Paul,  Genèse de l’empire céleste : Dragons, phénix et autres chimères. Catalogue d’exposition. Paris, Liénart éditions, 2020, 296 p.
  • Gieseler, G. « Le jade dans le culte et les rites funéraires en Chine sous les dynasties Tcheou et Han ». Revue Archéologique, vol. 4, 1916, pp. 61-118. JSTOR, www.jstor.org/stable/41024329
  • Pour en savoir davantage sur la fonction du jade, n’hésitez pas à lire l’article de l’AFAO.
  • Vous pouvez également consulter le site du musée pour en savoir plus sur la programmation.

Image de couverture : Ornement, jade, Dynastie Han, 10×13,2cm, collection particulière, © Thierry Ollivier

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