Le tombeau du premier empereur et l’armée enterrée, un mythe devenu réalité

En 1974, alors qu’ils essayaient de creuser un puits dans leur champ, deux paysans découvrent non pas de l’eau, mais des soldats en terre cuite ! C’est le début d’une grande épopée archéologique que Tokonoma Magazine vous fait revivre aujourd’hui.

Plus d’une centaine de fosses et près de 10000 soldats en terre cuite, voici tout ce qu’ont déterré les archéologues depuis 1974. La ville de Xi’an est ainsi devenue l’une des villes les plus visitées de Chine principalement pour la célébrissime armée en terre cuite ! D’un texte que tout le monde considérait comme un mythe, la réalité s’est révélée très différente mais tout aussi grandiose…

Photographie de la fosse ouverte aux nombreux touristes qui font le déplacement jusqu’à Xi’an, image libre de droits

Ce que raconte la légende…

En 221 avant Jésus Christ, Qin Shi Huangdi unifie la Chine et prend le titre d’empereur devenant ainsi le premier empereur de l’histoire chinoise. Bien qu’il soit à l’origine de nombreuses réformes positives comme l’unification des poids et des mesures et la construction d’une partie de la Grande Muraille de Chine, on se souvient de lui comme d’un souverain tyrannique, faisant régner un climat de terreur sans précédent. Il basait en effet sa justice sur le système légiste qui n’est en vérité pas très éloigné du principe œil pour œil, dent pour dent !

Comment sait-on tout cela ? Grâce à Sima Qian, historien impérial de la dynastie des Han (206 av. J.-C./209 ap. J.-C.). Il est le premier à avoir réalisé une histoire dynastique de la Chine, qu’il a consignée dans ses Shiji (mémoires historiques). Du tombeau de Qin Shi Huangdi, on y apprend que ce fut un chantier monumental ayant pour but d’être un microcosme reproduisant le monde réel : il renfermerait des arbres en métaux, des lacs en mercure, une ville souterraine…

Les archéologues ne savent pas si la description donnée par Sima Qian est fiable, puisque celle-ci a été rédigée plus de trois siècles après la mort de Qing Shi Huangdi. Ce tombeau est auréolé de mystère, justement parce que nous ne possédons aucune source contemporaine qui l’évoque. Son contenu a donc été fantasmé par de nombreux historiens et archéologues, lui donnant son aspect légendaire.

Malheureusement on ne saura probablement jamais à quoi ressemblait véritablement le tombeau du premier empereur pour deux raisons : d’une part il est d’usage en Chine de ne pas ouvrir les tombes des empereurs par respect, d’autre part, quand bien même on l’ouvrirait, il a probablement déjà été pillé.

Le mausolée de Qin Shi Huangdi aujourd’hui,
Image libre de droits

Ainsi, on ne sait pas ce que contient ce tombeau, son emplacement n’est pas secret : il s’agit d’un immense tumulus de plus de 60km² proche de Xi’an dans le Shaanxi, difficile de passer à côté ! Alors à quoi ressemble le tombeau ? Tout ce que l’on peut vous dire c’est que les archéologues ont détecté une grande densité de métaux et particulièrement de mercure autour de ce tumulus…

Ce qui a été découvert…

Ce qui a été surprenant lors de la découverte de l’armée enterrée en 1974, c’est qu’aucun texte ne faisait mention de celle-ci. En effet, les fosses entourant le tombeau, et l’existence de celles-ci avaient dû être oubliées puisque Sima Qian lui-même n’en parle pas. Les soldats en terre cuite sont impressionnants à la fois par la technicité qu’ils ont nécessité, mais aussi par leur quantité : la plus grande fosse compte 6000 soldats. Chacun d’entre eux a un visage spécifique, un grade et une affectation : la coiffure du soldat détermine son rang et on peut y voir aussi bien de la cavalerie, des fantassins ou encore des archers. Quant au physique de ces soldats grandeur nature, la grande diversité des visages s’explique par l’utilisation d’un catalogue de nez, d’yeux et de bouches, ce qui permet de créer un très grand nombre de visages différents. Ces statues étaient aussi peintes mais la polychromie a vite disparu au contact de l’air lors de leur découverte.

Statue d’un général reconnaissable à son chignon à double coques, mausolée du Premier empereur, Xi’an, image libre de droits


Ce qui est particulier à cette découverte, c’est qu’en l’absence de sources autres que les objets en eux-mêmes, les archéologues ont dû restituer entièrement les étapes de constructions de ces fosses et statues. Ainsi, les estimations sont 700 000 ouvriers pour 40 ans de travaux. En comparaison, environ 4000 personnes ont travaillé sur l’Empire State Building. Quant aux soldats en eux-mêmes, les archéologues ont déterminé que le torse, les jambes, les mains et le visages avaient été sculptés séparément pour être assemblés ensuite, la réalisation d’un unique soldat comprenait donc de nombreuses étapes.

Ces statues sont assimilées à des mingqi, donc des substituts funéraires aux sacrifices humains pratiqués auparavant. On sait cependant que des concubines et des ouvriers ont été tués pour être enterrés avec le premier empereur, donc la substitution n’est pas encore totale. Petit à petit, les sacrifices humains sont définitivement remplacés par des mingqi sous la dynastie Han.

Mingqi de servante, qui accompagnait le défunt dans l’au-délà sous les Han, musée Guimet, Paris, image libre de droits

Dans l’imaginaire collectif, il s’agit uniquement de soldats, mais en réalité les statues ou statuettes (moins d’1m de haut) réparties dans une centaine de fosses comportent aussi des danseurs, des acrobates, des oiseaux, chars de combats… Le tout symbolise la suite du premier empereur qui l’accompagne dans l’au-delà. Expression de la diversité de la Chine de l’époque, et malgré tout de son union par Qin Shi Huangdi, le tombeau de l’empereur a déjà été une surprise par la découverte de ces fosses annexes, et promet de l’être encore par les secrets qui restent à percer. 

En savoir plus :
Les soldats de l’éternité, Pinacothèque de Paris, 2008
– ELISSEEFF, Danielle, Art et archéologie : la Chine du Néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris : Réunion des musées nationaux, 2008, coll. « Manuels de l’Ecole du Louvre »

Image de couverture :
Photographie de la fosse n°3 qui contient 6000 soldats environ, image libre de droits

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s