Qi Baishi (1864-1957), l’« artiste du Peuple »

Le nom de cet artiste ne vous dit certainement pas grand chose, et pourtant ses œuvres sont présentes dans de nombreux musées européens : le musée Cernuschi à Paris, la National Gallery à Prague ou encore l’Ashmolean museum à Oxford… Vendu des millions dans les maisons de vente à travers le monde, il fait partie des artistes les plus appréciés et connus en Chine ! Tokonoma vous propose ici de découvrir le personnage et les clés de son succès. 

Qi Baishi dans son atelier, non daté, photographie, Musée mémoriel de Qi Baishi, Xiangtan © Camille Bertrand.
Qi Baishi dans son atelier, non datée, photographie, musée mémoriel de Qi Baishi, Xiangtan. Photo : Camille Bertrand.

Artiste né en 1864 sous la dernière dynastie chinoise des Qing (1644-1911), il est témoin des bouleversements politiques que traverse le pays jusqu’à l’avènement de la République populaire de Chine en 1949. Natif de la région du Hunan, dans le Sud, dans une petite ville, il est issu d’un milieu très pauvre et doit travailler très jeune pour aider ses parents. Charpentier dans un premier temps, il pratique en parallèle et en autodidacte la peinture. C’est au fil de ses rencontres et de ses amitiés qu’il embrasse à 30 ans la profession de peintre – en tant que portraitiste, bien qu’il peigne également à la demande des images porte-bonheur ou de divinités – ce qui lui permet de faire vivre sa famille.

Ayant conscience des limites de ses connaissances, il aspire à cultiver et développer ses compétences, encouragé et soutenu par ses amis qui reconnaissent en lui un talent. Ainsi, il pratique avec assiduité tout au long de sa vie la calligraphie, la poésie, la gravure sur sceaux, en plus de la peinture ! Il rejoint ainsi le milieu lettré qu’il fréquente.

 

insecte et plante MET
Insecte et plantes, 1943, encre et couleurs sur papier, album, 25,7×34,3 cm, Metropolitan Museum, New York.

À 40 ans il réalise cinq voyages en dehors de sa région natale qui vont lui permettre de prendre connaissance des différentes écoles picturales régionales, mais aussi des peintures de grands maîtres de la tradition chinoise ! Il adopte ainsi le style dit xieyi se caractérisant par une gestuelle spontanée du pinceau, que l’on peut voir dans ses peintures de fleurs et insectes où ces derniers sont réalisés dans le style dit gongbi, au tracé fin et minutieux.

Ashmoleum Landscape with blue mountain
Paysage aux montagnes bleues, 1949, encre et couleurs sur papier, rouleau vertical, 94,3×61,7 cm, Ashmolean Museum, Oxford.

À cause de la guerre civile qui sévit dans le sud du pays, il se voit contraint de partir, rejoignant Pékin sur les conseils d’un ami. Les débuts sont difficiles, les artistes foisonnent dans la capitale et il ne profite pas du même rayonnement que dans le Hunan. Encore une fois c’est une rencontre au gré du hasard avec Chen Shizeng (1876-1923) qui oriente de nouveau sa technique. Celui-ci, également artiste, défend la peinture lettrée dans un contexte où la Chine est marquée dans le domaine des arts par une ouverture à la peinture occidentale (dans les techniques, les médiums et les sujets), jugée alors moderne, et par le départ d’étudiants chinois à l’étranger, à Paris et Lyon notamment, pour étudier aux Beaux-Arts.

Pour sa part, Qi Baishi ne quitte jamais la Chine et représente par son parcours un modèle de l’artiste traditionnel chinois, malgré ses origines modestes ! S’il reprend des thèmes propres à la peinture des lettrés, comme le paysage et la peinture de fleurs et insectes, il se démarque par des thèmes davantage propres au monde rural dont il est issu, affranchis de toute connotation intellectuelle, comme des poussins, buffles, crevettes…

 

 

Ainsi, Qi Baishi, par la rigueur d’un apprentissage constant a réussi à s’affirmer comme peintre dans un milieu lettré difficilement atteignable en raison de la culture intellectuelle requise par ses pairs. Il a traversé une époque soumise à de nombreux bouleversements politiques mais aussi artistiques, mettant à mal cette culture lettrée jugée parfois trop complexe et inatteignable pour le plus grand nombre. Il a à sa manière renouvelé la peinture traditionnelle chinoise par un style qui lui est propre et par l’affirmation de nouveaux thèmes puisés dans un monde aux antipodes de celui des lettrés : le monde rural. Ce qui lui vaudra d’être nommé officiellement en 1953 « artiste du Peuple » par la République populaire de Chine.

 

Pour en voir plus :

Allez-voir ses oeuvres au Metropolitan Museum of Art à New York !

 

En savoir plus :

  • Musée mémoriel de Qi Baishi à Xiangtan 齐白石纪念馆, dans le Hunan.
  • Ancienne maison de Qi Baishi à Pékin 北京市齐白石旧居纪念馆, au Yuer Hutong 雨儿胡同 n°13, dans le district Est de la ville, dans une rue perpendiculaire à la maintenant célèbre allée touristique de Nanluoguxiang 南锣鼓巷.

 

Image de couverture : Si les gens m’embêtent, je les embête aussi, non datée, encre et couleurs sur papier, 29×40,5 cm, Musée de l’Académie des beaux-arts, Pékin. Photo : Camille Bertrand.

 

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