Les Parfums de Chine embaument le Musée Cernuschi

Aujourd’hui, Tokonoma vous donne un avant-goût de la nouvelle exposition du Musée Cernuschi, Parfums de Chine, la culture de l’encens au temps des empereurs, présentée jusqu’au 26 août 2018 et réalisée en partenariat avec le Musée de Shanghai.

 

De l’usage des bonnes odeurs — des origines à la dynastie Qing

Aujourd’hui, se parfumer relève de la coquetterie, mais en Chine, le parfum revêtait à l’origine une dimension rituelle. Dès la période des Royaumes Combattants (476 – 221 av. J.-C.), des parfums végétaux sont utilisés dans un contexte sacrificiel où sont associées leur odeur mais également la fumée qu’ils produisent — par exemple le millet, ingrédient privilégié pour les rituels aux ancêtres, produit une fumée qui monte en flèche vers le ciel, un choix qui n’est pas anodin !
Sous les Han (206 av. J.-C. – 220 ap. J.-C.), la culture du parfum se développe rapidement. On trouve parmi les premiers objets présentés un brûle-parfum en forme de montagne, paradis des Immortels taoïstes. Cet objet illustre les nouvelles formes venues d’Asie centrale et l’arrière-plan spirituel qu’elles donnent au monde du parfum. Le parfum est aussi valorisé par l’arrivée du bouddhisme en Chine, l’encens constituant une offrande de choix, sous forme de pastilles notamment.

Brûle-parfum, bronze, dynastie Han (IIIe siècle avant - IIIe siècle après J.-C.), musée de Shanghai © Musée de Shanghai
Brûle-parfum, bronze, dynastie Han (IIIe siècle avant – IIIe siècle après J.-C.), musée de Shanghai © Musée de Shanghai

Malgré cela, il nous reste aujourd’hui peu d’odeurs de ces lointaines périodes. Les premières recettes datent de la période des Song (960 – 1279), et ont d’ailleurs servi à la réalisation des bornes olfactives de l’exposition ! C’est également à cette époque que sont produits les premiers parfums composés de plusieurs essences. Les techniques d’enfleurage (extraction du parfum par infusion dans un corps gras) et de distillation étaient en effet déjà connues.
Sous les Qing (1644 – 1911), l’encens, produit de luxe, est massivement consommé à la cour mais sous une forme nouvelle : des bâtonnets remplacent les petits pains et pastilles que l’on connaissait. Les objets suivent donc la tendance et changent aussi de forme, comme vous pourrez le voir dans la dernière salle de l’exposition. On commence également à produire des objets directement à partir d’essences odorantes comme le bois d’aigle, rare et parfumé. On trouve donc une coupe et un éventail parmi les derniers objets présentés, dégageant un parfum subtil et leur donnant une grande valeur.

Le parfum n’était pas seulement un objet de faste ou de rituel, mais revêtait aussi un aspect médical, plus étonnant pour nous ! Il existait en effet des recettes de parfums à ingérer pour purifier le corps — tant les os que l’haleine par exemple. Il émanait donc une bonne odeur d’une personne en bonne santé, le parfum étant associé au bien-être et à l’équilibre. On connaît d’ailleurs des ordonnances de médecins destinées à l’impératrice Cixi ! De leur côté, les femmes de la cour ont su trouver à l’encens un autre usage, sous forme de cosmétique. Ce produit devient dès lors un outil de séduction et elles n’hésitent pas à parfumer leur tenue et leurs cheveux. Si une femme dégageait une fragrance délicieuse, ceci pouvait signifier son statut social en plus de sa bonne santé. Un superbe rouleau dépeint d’ailleurs une telle scène, auquel réfère même l’affiche de l’exposition !

 

L’art lettré du parfum, des Song aux Qing

Les dix-huit lettrés, anonyme, encres et couleurs sur soie, 134,2 x 76,6cm, Dynastie des Ming, musée de Shanghai © Musée de Shanghai
Les dix-huit lettrés, anonyme, encres et couleurs sur soie, 134,2 x 76,6cm, Dynastie des Ming, musée de Shanghai © Musée de Shanghai

À partir de la dynastie Song (960 – 1279), une culture lettrée apparaît, et le parfum y tient une bonne place ! Indissociable des sciences et notamment de la botanique, l’art du parfum bénéficie des grands progrès dans la connaissance des plantes, qui sont classifiées dans des traités. Les premiers ouvrages portant sur les parfums sont également publiés. Mais plus qu’un sujet d’étude, le parfum est pour les lettrés un élément indispensable au quotidien, qui les accompagne par exemple sous forme d’encens dans leur méditation.

Cet engouement des lettrés ne se dément pas sous la dynastie Ming (1368 – 1644) ; le parfum se codifie alors et devient l’une des marques d’élégance chères aux lettrés. Son usage suppose dès lors un certain nombre d’accessoires, qui doivent être choisis selon plusieurs critères, tels que la saison, et disposés d’une façon précise dans le cabinet d’étude du lettré. Le lettré et peintre Wen Zhenheng (1585 – 1645) publie même une sorte de « guide » de l’utilisation du parfum ! L’oeuvre anonyme Les dix-huit lettrés permet par exemple d’observer comment était disposé le brûle-parfum dans les cabinets des lettrés, sur une petite table haute éloignée de tout panneau peint. La tablette peut aussi être basse, afin d’être plutôt posée sur un lit d’intérieur, comme le montre la reconstitution d’un intérieur dédié à l’encens, à la fin du parcours.

 

Parfums à la cour des Ming

Femme parfumant ses manches, Chen Hongshou, encre et couleurs sur soie, dynastie des Ming (XIVe s. – XVIIe s. apr. J.-c.), musée de Shanghai © Musée de Shanghai
Femme parfumant ses manches, Chen Hongshou, encre et couleurs sur soie, dynastie des Ming (XIVe s. – XVIIe s. apr. J.-c.), musée de Shanghai © Musée de Shanghai

La popularité de l’encens liée à la promotion de la culture lettrée est telle sous les Ming qu’elle envahit l’espace privé des demeures des élites de l’Empire. L’encens est utilisé dans le cadre de la dévotion privée et prend place dans la salle principale, sur l’autel dédié au culte des ancêtres.

Les élites l’utilisent également dans le cadre de leur méditation personnelle ; cette pratique n’est plus réservée aux moines bouddhistes. Ainsi que l’énonce l’écrivain chinois Gao Lian (1580 – 1600) : « Quand on médite, il faut purifier la pièce et brûler l’encens ». Cette opération permettait de purifier l’espace de méditation et de le préserver de l’influence des mauvais esprits et participe alors au bien-être de l’âme. Toujours selon Gao Lian, il est aussi de bon ton de mettre près de son lit une calebasse emplie de parfum et de délicates fleurs pour avoir « l’esprit détendu et des idées joyeuses ». Un remède à la déprime hivernale auquel on n’aurait pas pensé !

 

Riche d’objets et d’oeuvres dont certaines sont présentées pour la première fois en France, l’exposition Parfums de Chine, la culture de l’encens au temps des empereurs émerveille par son raffinement visuel et olfactif ! Ce sujet qui traverse toute l’histoire chinoise est une superbe porte d’entrée sur cette culture.

 

Parfums de Chine, la culture de l’encens au temps des empereurs, Musée Cernuschi, 7 avenue Vélasquez 75008 Paris

Plus d’informations

 

Pauline Redon, Julie Robin & Laurie-Anne Tuaire

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