Kyoto Song ou la naissance d’un pays imaginaire

En mars dernier, à l’instar des Geishas de Robert Guillain, les éditions Arléa ont publié Kyoto Song de Colette Fellous. Ce roman tout en poésie et en images nous expose le pays imaginaire que fait vivre l’autrice à travers ces quelques pages. Plongez dans Kyoto Song, un voyage qui ne vous laissera pas indifférent.

L’omniprésence du haïku…

Portrait de Bashô par Buson. Wikimédia Commons. Œuvre libre de droit.

L’univers de Kyoto Song de Colette Fellous donne une grande importance aux petits instants de la vie, aux moments du quotidien qui méritent d’être au cœur de souvenirs. Ainsi, l’autrice nous parle et nous décrit divers artistes, divers supports, diverses œuvres comme Ozu, Hayao Miyazaki, Bashô et bien d’autres à de nombreuses reprises tout au long du récit.

Et parmi la multitude de médiums artistiques évoqués dans son livre, l’autrice met particulièrement en avant son attrait pour l’art du haïku, ces poèmes courts qui évoques des instants précis et figés pour l’éternité en seulement quelques syllabes.

Ils se construisent la plupart du temps de la manière suivante : un vers court, un long puis un court de nouveau (5 / 7 / 5) et doivent comporter un kigo (mot de saison) qui relie cet instant onirique à notre réalité. Il peut être explicite comme « hiver » ou « printemps » ou bien évocateur comme la chute de la neige par exemple. Il peut parfois être accompagné d’un kireji, une césure qui prend la forme d’un tiret et qui marque une pause dans la lecture. Cet art des mots a été l’apanage de nombreux poète dont le célèbre Bashô.

Dans le chant de la cigale, rien ne dit qu’elle est près de sa fin.

– Bashô

… et de Bashô

Matsuo Bashô (1644-1694), que l’on connait plus sous son nom de plume, Bashô, est l’un des plus grand maîtres du haïku. Il est l’un de ceux qui a voulu transformer le haïkai comique en une forme d’art qui évoque de manière simple et subtile un moment. Cette transformation a sans doute eu lieu après que Bashô, alors samouraï, ait perdu son maître et ami Toshitada Tôdô avec qui il pratiquait le haïkai, un genre poétique frivole et grivois.

Cet épisode a été tellement marquant qu’il apparaît dans le haïku mis en citation plus tôt et qui semble exposer toute le stupeur de la mort soudaine d’un proche. Colette Fellous pensait avant de connaître cette histoire que le poème mettant en avant la cigale évoquait surtout la fragilité des êtres vivants sans s’imaginer qu’un événement tragique en était l’origine.

Bashô comme tant d’autres a été une véritable source d’inspiration pour Colette Fellous, autrice de Kyoto Song mais aussi de Roma, deux romans dans lesquels elle développe son propre univers, son propre pays lointain, au gré des mots, des souvenirs et des pages. Une mélodie silencieuse et pourtant bruyante de vie.

Elle s’ouvre

Elle cache un arc-en-ciel

La pivoine

– Bashô

Colette Fellous, autrice de Kyoto Song

Photo de Colette Fellous. Image Wikimédia Commons. Photo de NancyKayErickson.

A l’instar des auteurs et des artistes qui l’ont inspirée toute sa vie, Colette Fellous nous narre un voyage au cœur d’un pays qu’elle a créé elle-même, une aventure aux milles visages, aux milles paysages, aux mille couleurs, aux mille parfums, à la fois personnelle et universelle.

Elle nous raconte une succession de moments simples et de souvenirs qu’elle s’est forgée avec sa fille, Elyssa, surnommée Lisa tout au long du roman. Ainsi, l’autrice retrace son départ pour le Japon, son atterrissage à Kyoto Song, sa visite des jardins de Kyoto, sa peur d’oublier, son amour pour Bashô, le vent qui souffle, le cinéma d’Ozu, sa visite du théâtre nô, les temples vus, la mélancolie rencontrée, la puissance du silence, ses anecdotes d’écritures, les moments importants de sa vie, son amour et l’importance pour elle de vivre et se créer Kyoto Song.

« Il y a donc des pays sans lieu et des histoires sans chronologie ; des cités, des planètes, des continents, des univers, dont il serait bien impossible de relever la trace sur aucune carte ni aucun ciel, tout simplement parce qu’ils n’appartiennent à aucun espace. Sans doute ces cités, ces continents, ces planètes sont-ils nés, comme on dit, dans la tête des hommes, ou à vrai dire, dans l’interstice de leurs mots, (…). »

– Les Hétérotopies, p. 1, Michel Foucault.

Colette Fellous crée, à l’instar du concept des Hétérotopies de Michel Foucault, un monde imaginaire profondément vivant et paisible que tous les lecteurs voudront un jour visiter. C’est pourquoi elle les incite à continuer de rêver et qui sait, peut-être qu’un jour eux aussi pourront franchir les portes sélectives de Kyoto Song et s’y promener joyeusement. En attendant, plongez dans les pages et faites les touristes, vous ne regretterez pas le voyage !

Pour en savoir plus :

Colette Fellous, Kyoto Song, Paris, Arléa, 2022. Lien vers la fiche du livre : https://www.arlea.fr/Kyoto-Song

Association française de haïku, « Qu’est-ce que le haïku ? » : https://www.association-francophone-de-haiku.com/definition-du-haiku/

Univers du Japon, « Haïku japonais, le plus petit poème du monde » : https://universdujapon.com/blogs/japon/haiku-japonais

Nippon.com, « Matsuo Bashô : un écrivain vagabond vivant pour le haïku » : https://www.nippon.com/fr/japan-topics/b07224/

Temple du haïku, « Matsuo Basho, ses haïkus, son histoire » : https://www.temple-du-haiku.fr/poete-japonais/matsuo-basho/

Image de couverture : Ginkaku-ji, « le temple du Pavillon d’argent ». Image Wikimédia Commons. Photo de Jmhullot.

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