Les textiles d’Asie Centrale du IVe au Xe siècle : Énigmes et Hypothèses

Dans le cadre de son partenariat avec la société des amis du musée Cernuschi, Tokonoma a eu le plaisir d’assister à la conférence « Les textiles d’Asie Centrale du IVe au Xe siècle : Énigmes et Hypothèses », tenue par Gilles Béguin le 16 février 2022. Directeur du musée Cernuschi de 1994 à 2011 et conservateur général honoraire du patrimoine, Gilles Béguin nous y a présenté les samits, textiles de soie teints originaires d’Asie Centrale. L’origine précise de cette technique est une des questions principales actuellement discutées par les spécialistes de ce textile.

Les samits, qu’est-ce que c’est ?

Caftan court (habit de cavalier), samit, soie, Première moitié du XIIIe siècle, probablement Iran. Metropolitan Museum of Art, New York City. (Domaine public)

Le mot « samit » provient du grec examiton, signifiant « six fils ». Cela fait référence aux six fils de soie enroulés ensemble, formant des brins qui seront ensuite tissés les uns aux autres. Les samits sont réalisés sur un métier à tisser dit « à la tire ». Cette machine, dont la technologie est déjà assez avancée, serait apparue vers 400 avant J.- C. en Iran avant de s’étendre sur le reste du continent par les routes de la soie. Pouvant être de très grande taille, les tissus produits avec cette technique étaient utilisés dans l’habillement mais aussi en tenture dans les habitations.

Des motifs caractéristiques

Les samits d’Asie centrale semblent être reconnaissables à leurs motifs de rondelles cerclées de perles, encadrant une figure généralement zoomorphe. Ces figures peuvent être doubles et en affrontement. Si les cadres de ces rondelles peuvent varier (disparition des « perles », etc.), la composition d’une à deux figures encerclées reste récurrente. Les motifs sont parfois très ornementaux.

Les spécialistes considèrent que l’origine des samits serait à situer en Iran, bien que les plus anciens fragments qu’on ait pu y découvrir ne datent que du Xe siècle. Les thèmes et les motifs que l’on vient d’évoquer sont en effet semblables à ceux produits dans l’art de la dynastie sassanide (224 – 651). Gilles Béguin nous montre ainsi à titre d’exemple un bas-relief de Taq-e Bostan, site sassanide entre le IVe et le VIe siècle, sur lequel des aristocrates portent des vêtements ornés de rondelles perlées comparables à celles teintes sur les samits.

Un tissu qui voyage…

Tissu au quadrige, ou suaire mortuaire de Charlemagne, samit, VIIIe siècle, proviendrait du tombeau de Charlemagne, Aix-la-Chapelle, Allemagne, 73×72,5 cm, Musée de Cluny. (Wikipedia Commons)

Des fragments de ce type de textile, très précieux, ont pu être découverts dans des régions diverses. Le « suaire de Charlemagne » ou des voiles de reliquaires révèlent leur présence en Europe de l’Ouest. Des fragments ont également pu être découverts à Antinoë (Égypte), présence sûrement due à l’expansion de l’empire sassanide sur ce territoire. Enfin plusieurs étoffes ont été conservées au cœur du Shôsô-in, le trésor du temple Tôdai-ji (Nara, Japon). Cette présence étendue serait à mettre en lien avec les activités commerciales et diplomatiques des routes de la soie, mais aussi avec l’expansion de l’empire sassanide. L’iconographie biblique d’un certain nombre de samits met par ailleurs en avant la manière dont les motifs ont pu être adaptés aux régions vers lesquelles les tissus devaient être exportés.

Une origine qui pose question

Les samits sassanides étaient mis au point dans des ateliers d’État avant d’être vendus sur les Routes de la Soie. La localisation de ces ateliers est l’un des questionnements principaux concernant ces tissus. Selon Gilles Béguin, ces ateliers nécessitaient d’être situés dans une région stable, économiquement comme politiquement. Les lieux supposés sont les villes de Khotan, Koutcha, Tourfan, ou encore la région de Qinghai (Chine) ; l’hypothèse de Khotan restant la plus probable aux yeux du conservateur.

Par sa conférence, Gilles Béguin revient sur les notions principales liées à ce type de textile, tels que ses motifs ou son expansion. Il nous permet ainsi de découvrir les connaissances les plus récentes sur la technique des samits. Nous pouvons, comme le conservateur, espérer que les ateliers d’État, acteurs de la production de samits dans l’empire sassanide, puissent être mis au jour lors de fouilles archéologiques ce qui permettrait de lever le voile de leur lieu de création.

Pour en savoir plus :

Conférence « Les textiles d’Asie Centrale du IVe au Xe siècle : Énigmes et Hypothèses », Gilles Béguin, 16 février 2022, Musée Cernuschi.

Image de couverture : Fragment, samit, soie, VIIe -VIIIe siècle, Asie Centrale. Collection privée. (Wikimedia Commons)

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