Venez avec nous découvrir l’un des temps forts de la peinture chinoise ! Tokonoma vous présente une petite introduction à l’exposition « Peindre hors du monde, moines et lettrés des dynasties Ming et Qing » du musée Cernuschi en partenariat avec le musée d’art de Hong Kong du 5 novembre 2021 au 6 mars 2022.
L’exposition retrace l’évolution de la peinture chinoise du XVe au XVIIIe siècle au sein du delta du fleuve bleu, le Yangzi. Le Jiangnan (fr. sud du fleuve) regroupe quatre provinces. Cette considération géographique nous permet de mieux comprendre ce qui a pu formellement et surtout spirituellement, influencer les peintres.
颐园新居, vue des Monts Huang, Anhui © Image libre de droit
Shitao, les Monts Huang, rouleau horizontale, 1700, encre et couleurs sur papier, 19,5 × 112 cm, collection Chih Lo Lou, musée d’art de Hong Kong. Crédit photo : Léonie Maton
La montagne, lieu de voyage, lieu de retraite
Dans la tradition picturale chinoise, une grande place est faite à la peinture de paysage dite shanshui . Ces deux principaux composants, la montagne et l’eau, sont représentés pour convoquer certaines thématiques dans l’esprit du lettré. Par exemple la piété filiale est mise en avant dans l’œuvre de Huang Xiangjian (1609-1673). Comment ? en documentant son voyage au cours duquel il parcourt pas moins de 6 000km en 530 jours pour retrouver ses parents!
La notion d’érémitisme est aussi beaucoup traitée. Les peintres vantent et rêvent des bienfaits de la vie recluse à la montagne en utilisant parfois des références littéraires comme Gao Jian (1635-1713) qui s’inspire du texte « la source aux fleurs de pêcher » du poète Tao Qian (365-427).

Gao Jian, paysages inspirés des poèmes de Tao Yuanming (feuille n°1), non daté, encre et couleurs sur soie, 14 x 20,8 cm, collection Chih Lo Lou © Musée d’art de Hong Kong
Cette volonté de détachement, tantôt de la civilisation urbaine, tantôt du contexte politique difficile est toujours lié à la classe lettrée et aux expériences réalisées ou souhaitées par ses individus. Les peintres yimin, au nom de leur moral personnelle rejettent la nouvelle dynastie mandchoue Qing (1644-1911) pour soutenir l’ancienne dynastie Ming (1368-1644) dans leurs œuvres ou leurs actes. Ils décident parfois d’aller s’exiler dans les montagnes, comme le peintre Bada Shanren (1626-1705)!
La peinture de paysage est alors perçue comme une expression et une évasion spirituelle tant pour son créateur que pour celui ou celle qui la regarde. Si la peinture shanshui s’appuie sur des paysages existants, il ne s’agit d’une reproduction du réel, mais d’un témoignage de l’esprit du peintre.
La question de la filiation artistique
En Chine, l’apprentissage du maniement du pinceau se fait auprès d’un maître par la pratique de la copie. Imiter selon l’art de son maître ou d’autres peintres est un acte formateur accepté et valorisé. Plus un peintre maîtrise de styles anciens différents plus il est admiré ! Il peut selon ses goûts, donner une interprétation plus personnelle des œuvres.
Dong Qichang (1555 -1636) participe à la théorisation de la peinture lettrée en distinguant des lignages artistiques (voir notre article ici) . Il aura une grande influence sur le groupe des quatre Wang. Au sein de l’exposition, Wang Shimin (1592-1680), Wang Jian (1598-1677), Wang Hui (1632-1717) et Wang Yuanqi (1642-1715) proposent quatre réinterprétations du style de Huang Gongwang (1269-1354), un peintre très estimé par Dong Qichang !

Wang Yuanqi, paysage à la manière de Huang Gongwang, 1714, encre et couleurs sur soie, 104,8 x 53,3 cm, collection Chih Lo Lou © Musée d’art de Hong Kong
Deux grandes figures, les peintres Bada Shanren (1626-1705) de son vrai nom Zhu Da, et Zhu Ruoji (1642-1707) dit Shitao ont aussi une salle qui leur est consacrée ! Ils rejettent davantage les conventions stylistiques de leur temps, et développent un art singulier : l’un à travers ses peintures d’animaux, le second pour ses paysages. L’album peintures d’après les poèmes de Huang Yanlü de Shitao offre une variété de paysage avec un art de l’encre et du pinceau que vous aurez rarement l’occasion de voir en France !
Bada Shanren. Poisson (détail), non daté, encre sur papier, 26 x 51 cm, collection Chih Lo Lou © Musée d’art de Hong Kong
Le musée Cernuschi nous donne à voir un accrochage exceptionnel en France, choisi dans la collection Chih Lo Lou rassemblée et nommée par le collectionneur Ho Iu-kwong . Chih Lo Lou signifie « le pavillon de la félicité parfaite », un nom qui donne envie de goûter à la quiétude auprès des œuvres présentées !
Pour en savoir plus :
- catalogue de l’exposition : Bellec Mael, Lebfebvre Eric (sous la direction de), Peindre hors du monde – Moines et lettrés des dynasties Ming et Qing, collection Chih Lo Lou, éditions Paris Musées, 2021.
- une vidéo qui introduit à la peinture chinoise ici
- Sur une autre production artistique de la Chine du Sud : l’art des jardins
Photo de couverture : détail, Wang Shimin (1592-1680), paysage à la manière de Huang Gongwang, non daté, encre sur papier, 103,7 × 52 cm, collection Chih Lo Lou Musée d’art de Hong Kong. Crédit photo : Léonie Maton
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