Duy Anh Nhan Duc, la poésie du pissenlit

Tokonoma a le plaisir d’inaugurer son partenariat avec la Société des Amis du Musée Guimet ! Grâce à la SAMG, l’une de nos rédactrices a pu rencontrer au sein de son atelier Duy Anh Nhan Duc, l’artiste qui sera prochainement à l’honneur au MNAAG pour une carte blanche. Son art peut être qualifié d’une histoire d’amitié avec la nature mais cela ne serait qu’effleurer l’univers de cet artiste que nous vous invitons à découvrir plus en profondeur ici.

Une enfance entre Vietnam et France

Les Racine Ciel, Duy Anh Nhan Duc © Enzo Orlando

Né au Vietnam, Duy Anh arrive en France à l’âge de 10 ans. Avant son arrivée dans l’hexagone, il vit une enfance heureuse, entouré de ses proches dans une maison familiale à Saïgon (Hô-Chi-Minh-Ville). Cette enfance est faite de souvenirs à jouer pieds nus dans la nature, à se mettre sous les gouttières lors de la mousson ou encore à jouer avec des lucioles ou bien des plantes sensitives. Il évolue dans un monde d’émerveillement et d’insouciance ! Ne connaissant pas un mot de français, l’intégration en France est difficile. Il fait sa rentrée au collège et peine à se concentrer sur ses études. Perdu, n’arrivant pas bien à communiquer avec les autres, Duy Anh se plonge dans le dessin pour s’exprimer. Il dessine alors des plantes à l’encre de chine, cela devient une véritable obsession ! Rapidement le fait de dessiner ne lui suffit plus, il a ce besoin de relier l’imaginaire au réel, d’apporter de la couleur, du volume, des parfums à son travail. Et c’est à partir de ce moment-là qu’il décide d’utiliser le végétal pour faire sa palette, son pigment. Ce bagage qu’il garde en partant du Vietnam devient un lien avec la nature avec lequel il va travailler. « Ce plaisir de toucher la matière, de comprendre les plantes, leur cycle de vie, de retrouver ses émotions. C’est ce qui m’a porté. »

S’émerveiller avec le pissenlit 

À travers son travail, Duy Anh retrouve cet état de bonheur, de plaisir de son enfance, notamment grâce à une plante en particulier : le pissenlit, aussi appelé Dent-de-lion. Cette plante médicinale, comestible est « une beauté de la nature » qui a une force en elle. Indépendante, sauvage, elle n’a pas besoin d’être pollinisée. Pourtant, elle est souvent considérée comme une mauvaise herbe que l’on délaisse. Alors d’où lui vient cette fascination au point d’en faire son étendard?

Comme pour tous les enfants, on lui dit que cette plante est magique et peut exaucer les vœux en soufflant dessus. Cela l’émerveille ! Cette émotion, il essaie de se la réapproprier une fois adulte. Cette plante si commune à nos jardins devient alors l’objet d’une observation quasi scientifique. Il cherche à la comprendre, l’examine sous toutes les coutures. Il se demande quel est le moment propice pour la cueillir afin de l’inviter dans son travail. Après 10 ans de collaboration avec le pissenlit, « il est presque devenu comme un ami », une matière avec laquelle il déploie sa sensibilité, sa créativité. Et un étendard à la création et à la liberté de choisir sa vie, sa voie.

Le parloir des souhaits

Face Au Mur, Seance Travail, Duy Anh Nhan Duc © Enzo Orlando

Pour comprendre ses œuvres, l’observation est la clé : « Si on aime une plante, on met tout le temps nécessaire pour la comprendre. » Duy Anh n’utilise aucuns fixatifs dans ses œuvres, c’est le temps de la récolte qui est important et c’est la plante qui dit à quel moment on peut la récolter. Tout est donc instinctif, il se met dans la position de l’Homme qui se confronte à la matière et après un travail de patience et d’équipe arrive le bonheur. Il est contre la superficialité des matières que l’on met dans les éléments végétaux qui sont là, à son sens, uniquement pour faciliter le confort de l’Homme.

« Si on ne prend pas ce temps, cela n’est pas possible de créer. »

À la naissance de leur fille, Duy Anh et sa femme se sont questionnés, comment accueillir la vie dans un monde qui se meurt ? Cette contradiction leur a fait prendre conscience de la nécessité d’utiliser leur travail « comme une sorte de porte-voix, peut-être une nouvelle façon d’entendre l’urgence écologique C’est l’objectif de sa Carte blanche au sein du musée national des arts asiatiques Guimet en novembre prochain. Exposer à Paris, dans un musée est une première pour l’artiste. Il souhaite présenter la star : le pissenlit comme un message porteur d’espoir et d’engagement. C’est sa manière à lui de s’engager pour l’écologie, une exposition qu’il construit avec sa femme où ils montrent comment ils voient l’avenir. Ainsi naît « Le Parloir des souhaits ».

Cette œuvre est comme une serre faite de bric et de broc soumise aux intempéries de la vie. Ce parloir, synonyme de rêves et d’espoir, il faut l’animer comme une conscience. À l’intérieur se trouve des milliers de graines qui peuvent être activées par le visiteur pour réveiller ce qui nous anime et réévaluer ce à quoi nous tenons vraiment. Une fois la manivelle actionnée, les aigrettes de pissenlits, chardon, cardon, salsifis, volent. L’artiste réussi ici à intégrer le vent dans son oeuvre et c’est ce vent qui nous permet de réaliser nos voeux. Cette œuvre pleine de poésie est une invitation à un cheminement intérieur pour repenser notre rapport au monde, une invitation à l’émerveillement de nos consciences !  

Trois mots définissent le travail de Duy Anh Nhan Duc : végétal, simplicité et émerveillement. Un artiste que nous vous invitons à découvrir à partir du 10 novembre pour sa Carte blanche au musée national des arts asiatiques Guimet ! L’équipe Tokonoma souhaite également remercier la Société des Amis du Musée Guimet, qui a permis cette fabuleuse rencontre.

Pour en savoir plus :

  • Le site officiel, ainsi que la page instagram de Duy Anh Nhan Duc
  • Le travail de Duy Anh au Domaine de Chaumont-sur-Loire en 2018, c’est par ici.
  • Pour en savoir plus sur les différentes activités de la Société des Amis du Musée Guimet, c’est par ici.

Image de couverture : Monochrome Detail, Duy Anh Nhan Duc © Lara Giliberto

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