« Daido Moriyama – Shomei Tomatsu : Tokyo » à la Maison Européenne de la Photographie

A la Maison Européenne de la Photographie, vous avez encore quelques jours pour découvrir les œuvres de deux grands photographes, Shomei Tomatsu (1930-2012) et Daido Moriyama (1938-). L’exposition Daido Moriyama – Shomei Tomatsu : Tokyo, pensée par les artistes avant le décès de Tomatsu puis enrichie avec l’aide d’Akio Nagasawa et Madame Ysuko Tomatsu, présente plus de quatre-cents photographies. Dépêchez-vous, vous avez jusqu’au 24 octobre !

Une exposition rétrospective

Dans le Japon d’après-guerre, ouvert à une mondialisation et une modernisation accélérées, Shomei Tomatsu et Daido Moriyama, chacun à leur manière, ont été les chroniqueurs privilégiés d’une époque. L’un puis l’autre ont proposé un regard radicalement nouveau sur la photographie et sa pratique, devenant des références incontournables.

Sur deux étages, le parcours se fait d’une carrière à l’autre : au premier, autour de l’œuvre de Shomei Tomatsu et, au deuxième, de Daido Moriyama. Le cheminement, chronologique et thématique, s’organise autour de séries et publications majeures dans la carrière des deux artistes. C’est aussi l’occasion de découvrir Tokyo, fil rouge de cette exposition : ville dans laquelle ils développent réellement leur carrière de photographe – et là où leur amitié de près de cinquante ans commence. Ils ont été les témoins d’une scène artistique foisonnante, d’une ville en modernisation continuelle, traversée par les événements sociaux et politiques majeurs d’une époque. Aux deux étages, le regard se déplace aussi hors de Tokyo pour découvrir d’autres aspects marquants de leur carrière.

Vue d’exposition. Shomei Tomatsu. Gauche : « Shomei Tomatsu, photographe » (1978) ; droite : « Daido Moriyama, photographe » (1975). Photographie de Rosalie Gillet.

Shomei Tomatsu et Daido Moriyama, collègues et amis.

Vue d’exposition. Shomei Tomatsu, « Performance (Neo Dada) » (1960). Photographie de Rosalie Gillet

Shomei Tomatsu (1930-2012), diplômé en droit et photographe amateur, commence sa carrière alors que le Japon entre dans une période de grandes mutations. Il entre en 1952 dans la maison de publication Iwanami Shashin Bunko (basée à Nagoya, elle publie une revue illustrée qui a alors une certaine importance), puis se lance en tant qu’indépendant en 1954, à Tokyo. Très rapidement, le succès et la reconnaissance arrivent : son approche et son regard particuliers sur toute une époque marquent ses contemporains. En 1959, avec cinq autres photographes (Kawada Kikuji, Sato Atira, Tanno Akira, Narahara Ikko, Eikoh Hosoe), il co-fonde l’agence VIVO (dissoute en 1961), qui devient en deux ans seulement une référence de la nouvelle photographie au Japon.

Daido Moriyama, de huit ans son cadet, commence la photographie à 21 ans. Il part à Tokyo en 1961 dans l’espoir de travailler chez VIVO, déjà dissoute. Il rencontre néanmoins Shomei Tomatsu pour qui il conçoit une vive admiration. C’est le début d’une grande amitié.

Deux approches de la photographie.

Chroniqueurs d’une époque, ils en proposent surtout un regard particulier. Tomatsu s’éloigne des canons de la photographie documentaire et de la neutralité revendiquée qui prédominaient à l’époque. Il propose au travers de ses photographies un regard très personnel sur Tokyo, ses habitants et ses quartiers. Reflets d’un Japon encore très traditionnel qui s’ouvre à la modernisation et la mondialisation, des portraits de passants en tenue traditionnelle côtoient ceux de jeunes gens habillés à la mode américaine. La ville se découvre par des détails, des plans resserrés – Shomei Tomatsu permet un regard nouveau sur cette ville moderne, reflet d’une époque et de ses changements.

Vue d’exposition. Daido Moriyama, détail série Shinjuku (2002).

Moriyama, s’il admire beaucoup son aîné, se détache rapidement de sa démarche et de l’esthétique VIVO. Dans une époque où la photographie se démocratise, il se marginalise volontairement et veut aller « au bout » – jusqu’à l’expérience de son livre Farewell Photography (Adieu photographie)(1972) composé de photos ou négatifs trouvés, souvent abîmées. Le sujet devient la photo elle-même, presque son dépassement. Mais l’un comme l’autre fréquentent les milieux artistiques de la ville, s’intéressent aux grands événements qui la traversent, occupent le quartier de Shinjuku – qui les a fasciné, chacun lui consacrant une partie de son œuvre.

Vue d’exposition. Shomei Tomatsu, deux photographies de la série Oh ! Shinjuku (1964-1969). Photographie de Rosalie Gillet.

Dans sa carrière, Tomatsu expérimente au niveau du format, mais surtout autour des sujets qu’il aborde, souvent liés aux mutations sociales du Japon – le mélange culturel qui résulte de la présence américaine au Japon, la ville, les milieux undergrounds, etc. Moriyama pousse l’expérimentation formelle plus loin encore. Les premières photographies en noir et blanc du parcours, surexposées, extrêmement contrastées, empêchent parfois la reconnaissance de la scène. Tout au long de sa carrière, il renouvelle sans cesse son approche de la photographie – dans les formats, les thèmes ou les médiums, quand il prend en photo la ville, ses passants ou son autoportrait.

Les choix du parcours mettent en avant la différence de posture entre Shomei Tomatsu et Daido Moriyama. Les tons clairs du premier étage, qui montrent une approche de la photographie relativement apaisée, contrastent avec le bleu nuit profond du deuxième et l’atmosphère presque saturée par les photographies, entre petits et grands formats, noir et blanc et couleurs vibrantes. Cette exposition, originellement conçue par les deux artistes, tout en rappelant leurs postures foncièrement différentes, propose la mise en regard de deux œuvres majeurs de la scène photographique japonaise.  N’attendez plus !

En savoir plus

Daido Moriyama – Shomei Tomatsu : Tokyo, jusqu’au 24 octobre 2021 à la MEP.

Sur leur site, trouvez toutes les informations sur les conditions d’accès et découvrez le parcours d’exposition autour de l’oeuvre de Shomei Tomatsu et de Daido Moriyama.

Et pour aller plus loin :

  • Kasuo Nishii, Daido Moriyama, Phaidon (2001).
  • Ian Jeffrey, Shomei Tomatsu, Phaidon (2001).
  • Notre article sur l’œuvre de Daido Moriyama.

Image de couverture : Vue d’exposition. Daido Moriyama, « Tights in Shimotakaido » (1987). Photographie de Rosalie Gillet.

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