Eugène Rousseau : diffuseur de l’art japonisant

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Eugène Rousseau. Vase Mont Fuji. 1884. Wikimedia Commons.

De nombreuses personnalités du XIXe siècle ont permis l’émergence de nouveaux styles dans les arts européens. A l’instar du travail d’Émile Gallé et de sa verrerie, les arts d’Eugène Rousseau et Ernest Léveillé ont également été des piliers dans l’avènement du japonisme. Entrons ensemble dans un monde onirique où estampes et arts décoratifs se rejoignent.

Un grand faïencier et verrier

Fils du faïencier Joseph Rousseau, Eugène Rousseau (1827-1890) reprend rapidement l’affaire familiale à l’âge de 28 ans et s’installe comme marchand spécialisé en porcelaine et faïence. Voulant en apprendre plus sur de nouvelles techniques pour ses créations plus personnelles qu’industrielles, il va très rapidement s’intéresser à la pâte-sur-pâte aussi appelée pâte rapportée qui consiste à enduire de la pâte liquide sur un vase cru pour ainsi pouvoir graver des motifs. Cette technique est très utilisée dans les pièces d’Eugène Rousseau comme le montrent le vase à la carpe créé en collaboration avec Appert Frères ou bien la vase « Mont Fuji » ci-dessus. Pour acquérir ces nouvelles techniques, Eugène Rousseau se tourne vers ses contemporains, notamment Marc-Louis Solon, un des maîtres céramistes de la manufacture de Sèvres. Il ne cesse d’innover dans son art et se tourne vers de nouveaux motifs et de nouveaux supports comme le verre.

Eugène Rousseau est aujourd’hui surtout connu pour les œuvres japonisantes créées au moment du Japonisme, un mouvement artistique caractérisé par un engouement de l’Occident pour le Japon dans la seconde moitié du XIXsiècle. Il les a fait produire par plusieurs collaborateurs dont les plus importants sont Félix Bracquemond, un céramiste très réputé contacté directement pour une commande, tout comme Henri Lambert, céramiste émérite, ainsi que les verriers Appert Frères. Ses faïences puis ses verreries lui permettent alors d’intégrer l’UCAD (Union centrale des arts décoratifs) en 1862 et de devenir Chevalier de la Légion d’honneur. Il se distingue également à la IVe exposition universelle de Paris en 1978 ainsi qu’à l’Union centrale des arts décoratifs par les nombreux travaux avec ses partenaires. C’est grâce à son talent qu’il a également pu s’associer avec Ernest Léveillé (1841-1913), ami et apprenti. A la mort d’Eugène Rousseau, c’est Ernest qui poursuit l’œuvre de son mentor : développer l’art japonisant.

Principales collaborations

Moins célèbre que son maître, Ernest Léveillé est tout de même reconnu pour des cristaux et des porcelaines d’une très grande beauté. Il fonde en 1869, à l’âge de 28 ans, sa propre maison et acquiert la maison E. Rousseau en 1885, au début de leur collaboration. Ernest Léveillé s’est distingué de son prédécesseur par les modèles qu’il fait exécuter et graver avec des indications très précises. Il s’est surtout spécialisé dans la verrerie et l’une des pièces exposées à la galerie Tourbillon, le vase « Bambou », nous montre un goût certain pour les motifs de végétaux orientaux. Cette œuvre témoigne aussi de son apprentissage auprès d’Eugène Rousseau.

Intéressons-nous à présent aux autres collaborateurs d’Eugène Rousseau. Ainsi, lorsque ce dernier passe commande auprès d’eux, il leur est demandé d’utiliser des modèles fidèles et ainsi de respecter un style et une esthétique.

Le Bracquemond (1866) est l’un des premiers exemples de Japonisme dans la céramique occidentale. Son décor est constitué de motifs animaliers et végétaux imprimés, transcrits des estampes des maîtres de l’ukiyo-e.

Manuel Jover

Afin que ses œuvres se rapprochent au mieux des arts japonais, Eugène Rousseau demande à se référer à des estampes d’Hokusai ou d’Hiroshige pour imiter leurs traits. Félix Bracquemond et Henri Lambert, céramistes reconnus, suivent les directives et commencent à produire des études, qui une fois validées, sont utilisées pour décorer les différents services de tables édités par Eugène Rousseau.

Service Rousseau, Creil Montereau, décor Félix Bracquemond, France vers 1867. Wikimedia Commons. Photo de Patrick Charpiat.

Ainsi, Félix Bracquemond restitue donc l’image mais aussi l’essence des arts japonais en utilisant un rythme ternaire (grand, moyen, petit) et met en avant l’asymétrie des motifs. Cette restitution des estampes dans son état le plus pur a donné une renommée sans nom à son créateur et à Eugène Rousseau, son éditeur.

Le Lambert (1873), peint à la main, d’un coût élevé, connut une édition plus restreinte. Là, les motifs animaliers ne sont plus isolés mais situés dans leur milieu naturel ; le paysage, avec ou sans personnage, est devenu un élément important du décor.

Manuel Jover

Henri Lambert possède un art qui se rapproche beaucoup de Félix Bracquemond. Mais il décide de donner plus d’importance aux paysages dans lesquels les animaux se retrouvent. Il se rapproche alors des estampes d’Hiroshige par sa manière de peindre des scènes.

Les derniers collaborateurs, Appert Frères, ont permis à Eugène Rousseau de tenter et de diversifier son art. En plus de copier différents artistes japonais et de les associer à des productions et des techniques occidentales, Eugène Rousseau a également voulu créer ses propres motifs japonisants. Il conçoit plusieurs dessins en reprenant par exemple le pin qui se retrouve dans de nombreuses estampes liées à l’hiver, les a réinterprétés, puis les a utilisés pour décorer plusieurs verreries produites par Appert Frères.

Plus qu’un copieur et un amoureux de l’art japonais, Eugène Rousseau est devenu un artiste phare du Japonisme. Son goût et celui de ses collaborateurs ont ainsi contribué à l’expansion et à la démocratisation d’un style qui a su révolutionner le genre des arts décoratifs. Il est un pilier à ne pas oublier!

En savoir plus :

Image à la une : Félix Bracquemond / Eugène Rousseau. Assiette plate Edition Eugène Rousseau. Manufacture de Creil et Montereau (Lebeuf, Milliet et Cie). 1873-1875. Salle des orientalismes. Musée d’Orsay acquisition en 2007. Wikimedia Commons.

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