L’art japonisant d’Emile Gallé

H. Duffray (attribution), Portrait d’ Émile Gallé, 1889, photographie. Wikimédia Commons. Musée de Nancy.

Parmi les plus grands artistes du Japonisme, ce courant mêlant influences japonaises et créations européennes, se trouve le célèbre céramiste-verrier Émile Gallé (1846-1904), dont une partie des œuvres est aujourd’hui conservée au musée de Nancy. Entre tradition et modernité, pénétrez à présent dans le monde d’ Émile Gallé.

Les prémices de son art

Issu d’une famille de négociant en faïence et en cristal et avec un père peintre, Émile Gallé se tourne tout d’abord vers l’étude de la minéralogie, avant de se consacrer à la céramique et au verre pour reprendre l’enseigne familiale. Il développe également son talent pour le dessin auprès de son père. Toutes ces connaissances lui servent pour sa future carrière.

Quatre ans après l’Exposition universelle de 1867, il part en apprentissage à Londres, désireux de maîtriser l’anglais. Il a alors 25 ans. C’est à cette époque que son intérêt pour les plantes commence à se manifester ! En effet, bien qu’il soit apprenti chez un souffleur de verre ainsi que chez un ébéniste, Émile Gallé va durant cette même année 1871 travailler aux jardins botaniques royaux de Kew ! Son attrait pour les fleurs, arbres et végétaux se dévoile alors et est si grand qu’il les couche sur le papier. A son retour en France, il s’installe à Paris et continue d’étudier ce qui servira de prémices à son œuvre : les cristaux anciens, les émaux et surtout l’art japonisant d’Eugène Rousseau (1827-1890).

L’œuvre d’Emile Gallé : art floral, art naturel

L’art d’Émile Gallé s’inspire beaucoup de ses prédécesseurs, notamment d’Eugène Rousseau, qui lui donne un véritable goût pour le style japonisant. Ainsi, il suit cette tendance dans une grande majorité de sa production. C’est notamment le cas dans ses compositions asymétriques et décentrées, laissant de grands plages de vides, uniquement animées de plantes et inspirées de la nature nippone.

Hokkai Takashima, La Montagne, encre sur papier, Musée de Nancy. Wikimédia Commons.

Comme nous pouvons le voir sur ce vase à motif de branche de cerisier, Émile Gallé a su mélanger des techniques européennes de soufflage du verre et motifs typiques des décorations extrême-orientales. Cela est certainement dû à son goût pour la flore japonaise. Ce dernier a en effet collectionné de nombreuses plantes. Il en possédait 422 à sa mort ! La nature prend une place prépondérante dans ses créations de verre, de cristal, de bois ou de céramique. Mais plus que de copier des motifs japonais, il se les rapproprie pour créer un style inédit qui s’inscrit pleinement dans l’esthétique Art nouveau alors en plein essor en Europe.

Il passe progressivement de plantes purement japonaises à des plantes assez connues des jardins français comme les coquelicots ou encore les tournesols. Mais son art ne se compose pas uniquement de motifs végétaux, bien au contraire. En 1886, Émile Gallé prend contact avec le peintre japonais Hokkai Takashima (1850-1931) pour en apprendre plus sur l’art de l’estampe et la manière de composer les paysages. Émile Gallé a, par l’intermédiaire de Hokkai, accès a de nombreux ouvrages traitant des arts japonais et plus particulièrement d’estampes comme La Manga d’Hokusai (1760-1849) ou encore certaines œuvres d’Hiroshige (1797-1858), connu pour ses estampes représentant de fameux paysages japonais.

L’artiste commence par copier différents éléments picturaux japonais avant de les réutiliser dans ses créations. Il saisit ainsi l’essence de la peinture de paysage : la sobriété et pureté de la composition et l’importance du sujet. Dans La Montagne de Hokkai Takashima, la grandeur et la puissance de la nature par rapport à la fragilité de la vie humaine, sa beauté… Toutes ces notions apparaissent. Une mise en valeur du paysage que l’on retrouve dans les œuvres d’Émile Gallé.

Emile Gallé, Table aux libellules, 1900. Wikimedia Commons, Bruxelles, musée Fin de siècle.

Cette importance du paysage se retrouve par exemple dans la marqueterie de la table aux libellules. Émile Gallé centre alors le regard des spectateurs sur ce morceau de mare qui prend vie. Une grenouille coassant sur un nénuphar, quelques roseaux et des libellules volant au dessus des flots. Aucune présence humaine, seule la nature subsiste.

Emile Gallé, Vase à motif de coquelicots, verre, 1900, musée de Vienne. Wikimedia Commons, photo de Gryffindor.

Émile Gallé est même allé plus loin dans sa démarche centrée sur la sobriété et l’importance de la nature en ne laissant subsister que l’objet principal. Aucun élément anecdotique ne vient parasiter le dessin des coquelicots ou des branches de cerisiers sur les vases ci-dessus. Son goût japonisant est ici poussé à son paroxysme.

En conjuguant son goût pour la nature aux apports picturaux du Japon, Émile Gallé a su créer un art profondément nouveau. Avec d’autres artistes européens, comme Henri de Toulouse-Lautrec ou Louis Majorelle, il a révolutionné l’art de l’époque pour y implanter de manière durable un goût pour l’esthétique japonaise. Émile Gallé, un artiste japonisant à ne pas oublier !



En savoir plus

Image à la une : Emile Gallé, Coupe décorée de samare et de feuilles d’érable. Verre, circa 1900. Etablissements Gallé. Wikimedia Commons. Photo de Jean-Louis Venet.

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