Baekja, éloge de la simplicité

En janvier, Tokonoma présentait la céramique buncheong, héritère des céladons cheongja. Cette production dominante au début de la période Joseon (1392-1911) s’essouffle à la fin du XVIe siècle et s’achève avec la destruction des fours lors de la guerre d’Imjin. Nous vous proposons de poursuivre ce focus sur la céramique coréenne avec la porcelaine baekja, qui prédomine à partir du XVIIe siècle, jusqu’à la fin de la dynastie période Joseon.

Porcelaine et Céladon

Les bases techniques et matérielles pour fabriquer une porcelaine, baekja en coréen, sont très similaires à celles des céladons : le potier a recours à une terre blanche, composée de kaolin et de petuntse (granite kaolinisé) ; lorsque la pièce est formée et que le décor est apposé, elle est enduite d’une couverte feldspathique ; la cuisson se fait également dans un four à atmosphère réductrice.

Mais qu’est-ce qui différencie ces deux productions ? C’est le pourcentage de fer contenu dans la couverte et la température de cuisson.

Bol en porcelaine blanche, décors de lotus, XVe siècle, Musée national de Corée (Séoul), Trésor national. Domaine public.

En effet, la couverte contient dans sa pâte un taux de fer inférieur à celui des céladons. Mais ce n’est pas tout ! Cuite en réduction à 1200°C, elle revêt le doux reflet bleu vert caractéristique du céladon. Ajoutez 100°C à la cuisson de votre pièce et elle en sortira blanche et immaculée. Si un écart de quelques degrés peut vous paraître dérisoire, il s’agit en vérité d’une nouvelle prouesse technique de la part des potiers. Vous l’aurez compris, la porcelaine est plus « dure » à obtenir qu’un céladon et chaque pièce est une nouvelle démonstration de savoir-faire.

Canons de beauté à l’époque Joseon

Pot en porcelaine blanche à décors de raisins, première moitié du XVIIIe siècle, Ewha University Museum (Séoul), Trésor national. Domaine public.

Utilisés pour le quotidien et les cérémonies, les Baekja reflètent les évolutions politiques et culturelles de leur époque : la Corée se détourne du bouddhisme prédominant à l’époque précédente Goryeo (918-1392) pour se tourner vers le courant néoconfucianiste. Les formes doivent être simples et épurées : les potiers s’écartent des quasi rondes-bosses ornant les couvercles de certains céladons. Au contraire, les décors, s’il y en a, se font discrets ou font écho aux peintures de lettrés. La jarre à décors de raisins conservée au Musée de l’Université Ewha, Séoul (Trésor national n° 107) illustre parfaitement le courant principal des décors des porcelaines du Joseon.

Jarre en porcelaine bleue et blanche, XVe siècle, Musée Leeum (Séoul),Trésor national. Domaine public.

La jarre en porcelaine bleue et blanche du Musée Leeum, Séoul (Trésor national n°219) témoigne des échanges avec la Chine des Ming par le choix du bleu de cobalt et des motifs de la peinture de lettrés (l’abricot et le bambou).

Les Jarres-lune, une plénitude infinie

Jarre-lune, porcelaine blanche, XVIIIe siècle, Musée Leeum (Séoul), Trésor national. Image libre d’utilisation, Cultural Heritage Administration of Korea.

Au XVIIIe siècle, une nouvelle production de céramique destinée à conserver du riz ou de l’alcool voit le jour et marque l’apogée de la pureté des porcelaines coréennes : les jarres-lune. La blancheur rayonnante de ces pièces et leur panse bulbeuse rappelle l’astre nocturne et illustre la recherche du dépouillement et de la richesse inhérente aux choses simple. Dans les faits, il ne s’agit que de deux vases hémisphériques assemblés. Mais la pesanteur et les déformations que subit la partie inférieure sous la pression sont un véritable défi à relever pour l’artiste.

Deux étapes sont incontournables pour obtenir une belle lune au ventre lisse et continu : le potier martèle l’espace de jonction pour remodeler la courbe après les déformations liées au poids puis retire le surplus de matière. Le col est plus ouvert que le pied, ce qui offre une sensation de déséquilibre à la sphère laiteuse.

Avec la colonialisation de la Corée par le Japon, la production et le savoir-faire local sont mis de côté. Toutefois, la redécouverte des baekja, de leur pureté et de leur imperfection inspire le mouvement Mingei porté par la personnalité de Yanagi Sōetsu. Il organise en 1921, à Tōkyō, une exposition sur l’art coréen, dans laquelle la céramique joue un rôle majeur et lance le projet du Musée d’arts populaires coréens qui ouvre en 1924 à Séoul.

En savoir plus

  • Retrouvez une présentation des Baekja en vidéo.
  • Fabrication de jarres-lune, témoignage d’un potier.
  • Pierre Cambon, L’art de la Corée, éditions Scala Eds Nouvelles, 2015.
  • Soyoung Lee, In Pursuit of White : Porcelain in Joseon Dynasty, 1392-1910, 2004, MET.

Image de couverture : Jarre-lune, porcelaine blanche, XVe siècle, Musée Leeum (Séoul), Trésor national. Image libre d’utilisation, Cultural Heritage Administration of Korea

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