Shibata Zeshin, virtuose de la laque

Pour ce premier article de sa série consacrée aux arts décoratifs, Tokonoma vous présente le laqueur Shibata Zeshin. Grâce à son talent et ses innovations techniques, cet artiste est aujourd’hui considéré comme l’un des grands modernisateurs de l’art de la laque au Japon.

Jeunesse et formation

Shibata Zeshin est né à Edo (l’actuelle Tôkyô) en 1807 dans une famille de charpentiers. Il se rend à l’âge de onze ans en apprentissage auprès de Koma Kansai II. Ce dernier est l’héritier d’une dynastie de laqueurs qui produit depuis plus de deux siècles des objets pour les cours impériale et shôgunale. A l’âge de seize ans, il complète sa première formation en se tournant cette fois vers la peinture, auprès de plusieurs artistes.  A partir de 1824, il est notamment le disciple d’Utagawa Kuniyoshi, l’un des grands maîtres de l’estampe ukiyo-e à l’époque d’Edo (1600-1868). Sa pratique artistique ne s’arrête pas là, puisqu’il étudie également la cérémonie du thé et la poésie japonaise. Shibata Zeshin est donc un artiste particulièrement complet, ce qui marque profondément sa production. S’il est reconnu en tant que peintre au début de sa carrière, c’est pourtant l’art de la laque qui l’occupe le plus.  

Attribué à Shibata Zeshin, Inro et Netsuke, bois laqué, 19e siècle, New York, Metropolitan Museum of Art. Domaine Public

Une technique ancestrale

La technique de la laque serait présente au Japon depuis l’époque Jômon (10 500 – 300 av. J.-C.) Appelée urushi en japonais, cette matière est la sève d’un arbre présent en Extrême-Orient et en Asie du Sud-Est : le laquier (rhus vernicifera). L’artisan applique la laque sur la surface de l’œuvre qu’il fait ensuite sécher dans une atmosphère chaude et très humide. Elle devient ainsi extrêmement dure et imperméable et permet de préserver durablement les objets. L’une des difficultés du travail de la laque réside dans le temps qu’il demande. En effet, pour que le laque (l’objet laqué) soit beau, il faut superposer de nombreuses couches de laque. Chacune doit sécher longuement et être polie à la main avant d’être recouverte par la suivante.  

Au-delà de sa dimension pratique, la laque a été utilisée très tôt pour ses qualités ornementales. La technique de décor la plus célèbre de l’archipel japonais est attestée depuis le 8e siècle. Nommée maki-e, elle consiste à saupoudrer des poudres d’or et d’argent dans la laque encore collante pour créer des décors particulièrement sophistiqués.

Shibata Zeshin, Boîte pour la nourriture (jûbako), bois laqué à décor de maki-e, milieu du 19e siècle, New York, Metropolitan Museum of Art. Domaine public

Tradition et innovation

Dans les années 1830, Shibata Zeshin se rend à Kyôto pour étudier les collections impériales de laques, puis il consacre son temps à l’élaboration de nouvelles techniques et au perfectionnement des anciennes. Si c’est d’abord la grande créativité de Shibata Zeshin qui préside à ces recherches, des raisons pratiques peuvent également être évoquées. Le Japon des années 1830-1840 est en effet secoué par une crise économique qui pousse le gouvernement à prendre des mesures pour réguler les produits de luxe. Cette réforme réduit fortement les possibilités d’inclure de l’argent et de l’or dans les objets grâce au maki-e. Il faut donc trouver des alternatives. Aussi Shibata Zeshin passe-t-il trois ans à percer le secret du seigaha nuri, une ancienne technique de décor perdue depuis les années 1700. Elle consiste à créer des motifs de vagues à l’aide d’un peigne dans une couche de laque rendue malléable par l’ajout d’amidon de céréale (fig.1). D’autres techniques de décor complexes, obtenues grâce à l’ajout de divers éléments à la laque, permettent à l’artiste de mettre en œuvre sa virtuosité dans des trompe-l’œil imitant le bronze, le métal rouillé et même le bois de rose (fig. 2). Enfin, sa plus grande innovation réside dans le perfectionnement extrême de la technique de la peinture à la laque sur papier ou soie (urushi-e).  Shibata Zeshin étend la gamme de couleurs envisageables et parvient à créer une laque suffisamment souple pour que les peintures puissent être roulées sans s’écailler (fig.3).

Le raffinement et le génie technique de l’art de Shibata Zeshin en fait l’un des laqueurs les plus importants de l’ère Meiji (1868-1912). Ses œuvres lui valurent nombre de reconnaissances officielles à la fin de sa vie. Il reçut notamment plusieurs commandes de la famille impériale japonaise et décrocha plusieurs médailles lors des expositions universelles de Vienne (1873), de Philadelphie (1876) et de Paris (1889).

En savoir plus

Découvrir une autre technique de laque japonaise

SHIMIZU, Christine (dir.), Rêves de laque, le Japon de Shibata Zeshin [catalogue d’exposition], Paris Musées, 2012

Image de couverture : Shibata Zeshin, Sauterelle et calebasse, laque sur papier (urushi-e), 1882, New York, Metropolitan Museum of Art. Domaine Public

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