La fondation Chu Teh-Chun, faire rayonner l’abstraction lyrique de l’artiste

Il y a quelques semaines, Tokonoma a eu la chance de rencontrer Yvon Chu, fils de Chu Teh-Chun et vice-président de la Fondation Chu Teh-Chun, et Anne-Valérie Sceau, directrice générale de la Fondation. Avec eux, nous avons parlé du travail de Chu Teh-Chun et de comment la fondation éponyme continue à le faire connaître. Plongez avec nous au cœur de l’univers coloré, vibrant et musical de l’un des artistes chinois majeurs de sa génération.

Chu Teh-Chun, des beaux-arts de Hangzhou à Paris

Wolfgang Osterheld, Chu Teh-Chun dans son atelier en 1992, photographie ©Fondation Chu Teh-Chun

Né dans une famille de collectionneurs de peintures et calligraphies du centre de la Chine, Chu Teh-Chun (1920-2014) est très jeune sensibilisé à l’art du pinceau pour lequel il révèle déjà de nombreux talents. Formé dans la prestigieuse école des Beaux-Arts de Hangzhou, il est alors l’élève de Lin Fengmian et étudie la peinture occidentale aux côtés de Zao Wou-ki et de Wu Guanzhong. Une fois diplômé, il démarre une carrière d’artiste et de professeur. Mais déjà, il n’a qu’un rêve : venir à Paris pour admirer les chefs-d’œuvre des grands maîtres de la peinture occidentale. À 35 ans, Chu Teh-Chun parvient à réunir l’argent nécessaire pour embarquer sur un bateau à destination de la ville lumière. Dans son discours d’intronisation à l’Académie des Beaux-Arts en 1997, il rappelle « Je suis venu à Paris pour y trouver la réponse à une aspiration profonde. Je devais y découvrir ma propre voie, grâce à la connaissance et à la pratique de la peinture occidentale ».

Une synthèse entre tradition picturale chinoise et abstraction occidentale

Sans titre, calligraphie, 40×42 cm, 2008 ©Adagp2019

À son arrivée à Paris en 1955, Chu Teh-Chun court au Louvre, au musée Rodin, au Jeu de Paume pour enfin admirer les œuvres de Delacroix, Cézanne, Gauguin qu’il a tant étudié. Son travail, encore largement figuratif, est influencé par les cours de nu qu’il prend alors à La Grande Chaumière, atelier emblématique du quartier de Montparnasse. Mais progressivement le figuratif commence à lui peser et il est marqué par la liberté des œuvres de Nicolas de Staël qu’il découvre en 1956. Un déclic s’opère et il commence à explorer la piste de l’abstraction. S’ouvre alors une période de tâtonnements dans laquelle il mêle l’abstraction à la pratique de la calligraphie dans des œuvres au format vertical. En reprenant la pratique de la cet art traditionnel, Chu Teh-Chun revient à ses racines. « La calligraphie injecte beaucoup de vigueur dans la peinture, beaucoup de rigueur également » dit -il. Peinture et calligraphie sont complémentaires.

Sans titre, gouache sur papier, 65,8×50,5 cm, 1992 ©ADAGP2019

La nature, son sujet de prédilection, est au cœur de son travail et il puise dans ses souvenirs de jeunesse les images des paysages montagneux et verdoyants de l’Anhui. Dans les années 1960, sa peinture s’intériorise. Peu bavard, Chu Teh-Chun s’exprime à travers l’art du pinceau. Il laisse libre cours à ses émotions et procède alors à une synthèse picturale entre passé et présent, la forme et la non-forme, l’imaginaire et le réel. Il trouve peu à peu sa propre voie, se rattachant aux concepts développés par l’abstraction lyrique. Tout le reste de sa carrière, il n’a de cesse d’exprimer ses paysages intérieurs, lui, l’artiste exilé qui a dû attendre 35 ans avant de pouvoir retourner en Chine. En effet, la Chine, alors en pleine ère maoïste, vit une période de repli et il lui est impossible d’y rentrer. Chu Teh-Chun continue inlassablement de perfectionner son geste, cherchant à injecter de la lumière dans sa peinture, de la transparence, et à donner de la puissance à ses couleurs. Dans les années 1980, il est profondément marqué par les œuvres de Rembrandt qu’il découvre à Amsterdam et par la lumière qui s’en dégage. Ses tableaux s’agrandissent et deviennent même des triptyques.

La Fondation Chu Teh-Chun, faire vivre l’œuvre de l’artiste

Wolfgang Osterheld, Chu Teh-Chun dans son atelier en 1992, photographie ©Fondation Chu Teh-Chun

À la fin de sa vie, Chu Teh-Chun émet un dernier souhait : continuer à faire vivre son œuvre. En 2017, son fils cadet Yvon Chu le concrétise avec la création d’une fondation éponyme à Genève, un lieu cher à l’artiste, sensible aux paysages suisses et qui avait pour projet de s’y installer. La fondation a pour vocation de faire connaître la richesse du travail de Chu Teh-Chun à travers un travail de documentation des archives de l’artiste, d’organisation d‘expositions et conférences, de rédaction d’un catalogue raisonné et d‘authentification de ses œuvres. Afin de marquer le centenaire de la naissance de l’artiste, la Fondation organise une exposition d’envergure au Musée national de Chine à Pékin, décalée en septembre 2021. Pensée comme étant immersive, elle présentera la diversité du travail de Chu Teh-Chun et la complémentarité entre son œuvre picturale et calligraphique.

Artiste majeur du XXe siècle, Chu Teh-Chun allie avec brio l’art chinois du pinceau et les principes de l’abstraction lyrique. Ses peintures sont de véritables paysages de son âme, éclatants de couleurs, de lumière et de force. Afin de lui rendre hommage, la Fondation Chu Teh-Chun a récemment réalisé un film retraçant son chemin pictural. Il sera bientôt projeté en France. On vous en reparle très prochainement !

En savoir plus

Le site de la Fondation Chu Teh-Chun

Image de couverture : Composition n°22, gouache sur papier, 57×76 cm, 1997 ©ADAGP2019

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