Le conte de la Princesse Kaguya selon Isao Takahata

Tokonoma lance son ciné-club ! Le principe : nous vous proposons un film asiatique sur les réseaux sociaux, vous avez deux semaines pour le voir… puis nous publions un article en espérant que vous nous direz ce que VOUS avez pensé du film dans les commentaires ! Nous commençons cette semaine avec Le Conte de la princesse Kaguya ! Ce long métrage d’animation, réalisé par Isao Takahata pour le studio Ghibli en 2013, s’inspire librement du conte traditionnel du Coupeur de Bambou, l’un des plus anciens textes narratifs du Japon. Après quinze ans d’absence, Takahata signe son retour en 2013 par des choix surprenants : le cadre de l’histoire, le choix du compositeur, l’esthétique générale mais également la durée du film ! Voici ce que nous en avons pensé !

Les + :

Isao Takahata conçoit une esthétique toute particulière pour ce long métrage. Loin des dessins extrêmement naturalistes et minutieux des autres productions Ghibli, le Conte de la princesse Kaguya se présente comme une histoire croquée sur le vif. Les cernes noirs qui délimitent les formes, les couleurs diluées ou appliquées en aplat rappellent l’esquisse ou l’estampe japonaise traditionnelle.

The Joy of Living, Joe Hisaishi

Pour la première fois, Takahata s’associe avec Joe Hisaishi, le compositeur à qui l’on doit les magnifiques musiques de Princesse Mononoke ou Nausicaä par exemple. Les différentes créations musicales s’insèrent dans la trame du film tel un fil d’Ariane : elles reflètent l’état d’esprit de la protagoniste. Si quelques thèmes évoquent la légèreté et le bonheur comme Joy of Living, la nostalgie infuse continuellement le film. La mélancolie qui croît dans le cœur de Kaguya trouve une explication : elle sait qu’elle n’est pas de ce monde, que les heures perdues ne reviendront jamais et qu’une fois de retour sur la lune, elle oubliera tout de son passage sur terre. Cette tristesse transparait dans la chanson Song of the Heavenly maiden qui, chantée par Kaguya, prend l’aspect d’une complainte déchirante.

The Song of the Heavenly Maiden, Joe Hisaishi

Le spectateur peut apprécier la maîtrise du temps : l’histoire s’écoule comme un long rouleau horizontal peint (e-makimono) que l’on déroule lentement. Cette contemplation est rompue par quelques scènes d’une grande vivacité, la plus marquante étant certainement celle de la fuite du palais ! L’émotion est la clé de ce passage et les traits basculent vers l’abstraction : sombres, puissants, ils barrent l’écran pour manifester la vitesse. Ce moment soudain fait naître chez le spectateur un sentiment angoissant qui disparait en un instant grâce au retour du silence et des paysages épurés.

Scène de la Fuite du palais par la princesse Kaguya, extrait du Conte de la Princesse Kaguya, Isao Takahata, 2013

Les – :

La longueur du temps qui passe se reflète aussi par la durée du film… et c’en est peut-être un des rares points négatifs. Avec un total de deux heures et dix-sept minutes, il s’agit du plus long film d’animation du studio Ghibli ! Son développement tranche radicalement avec le conte original, très succinct.

De plus, l’interprétation de Takahata multiplie les personnages, là où le conte initial est plus efficace car il se concentre uniquement sur la protagoniste.

Malgré une durée qui pourrait en démotiver plus d’un, le Conte de la princesse Kaguya est un véritable chef d’œuvre de sensibilité et d’esthétisme. Les musiques lient le spectateur au cœur de la princesse Kaguya et, pendant deux heures, il vibre, pleure et se languit avec elle. Prenez le temps, installez-vous confortablement et ne passez pas à côté de ce conte merveilleux …. et n’oubliez pas de nous dire ce que vous en avez pensé !

Composition de différentes scènes du film Le Conte de la Princesse Kaguya, Isao Takahata, 2013, image libre de droits

En savoir plus :

  • « Passeurs de réel : Isao Takahata », documentaire France Culture sur le réalisateur de ce petit-chef d’oeuvre, Isao Takahata
  • L’article Tokonoma sur le « Taketori monogatari » (dit le Conte du Coupeur de bambou)
  • Pour des anecdotes sur le film, rendez-vous dans nos stories Insta : @tokonomamagazine

Image de couverture : Kaguya sous un cerisier en fleur, extrait du film Le Conte de la Princesse Kaguya, Isao Takahata, 2013, image libre de droits.

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