Yasuke, le premier samouraï africain dans le Japon médiéval

Aujourd’hui Tokonoma vous parle d’une histoire incroyable, d’un personnage presque oublié ! L’homme en question est passé à la postérité sous son nom nippon : Yasuke. L’histoire d’un esclave africain qui atterrit au Japon et devient un samouraï au service d’un des plus célèbres daimyō, Oda Nobunaga (1534-1582). 

De l’Afrique à l’Extrême-orient

Le prêtre jésuite Alessandro Valignano, auteur inconnu – Wikimedia Commons, image libre de droits

Yasuke serait né en Afrique de l’Est. Les études les plus récentes parlent du Mozambique ou de la Tanzanie actuelle, aux alentours des années 1530-1540 au sein de la communauté Makua. Il est capturé pour faire de lui un esclave et envoyé en Inde, à Goa précisément, qui est une colonie portugaise depuis 1505. C’est alors qu’un jésuite italien du nom d’Alessandro Valignano, qui cherche un serviteur et garde du corps pour sa mission au Japon, jette son dévolu sur Yasuke. Il est important de rappeler ici que la position de l’Église à cette époque quant à l’esclavage est assez clivante, encore plus sur les territoires éloignés d’Afrique et d’Asie ; en témoignent les différentes bulles pontificales de Léon X autorisant en 1514 à « réduire en servitude perpétuelle » les païens et autres incroyants, ou celle de Paul III qui dénonce l’esclavage en 1537. 

Yasuke arrive au Japon en 1579, sur l’île de Kyūshū à Arima, lieu du siège de la mission jésuite. Plusieurs témoignages nous racontent cette rencontre entre un Africain et les Japonais : « il mesurait six shaku et deux sun (environ 1,90m). Il était noir… et sa peau était comme du charbon de bois ». Même si les Japonais sont habitués à voir des commerçants étrangers blancs, la vue d’un homme noir africain est une première. Les gens se pressent pour le voir depuis des kilomètres ! Sa couleur de peau intrigue mais sa taille, elle, impressionne… Les témoignages de Jésuites dans l’História do Japāo racontent qu’il aurait appris le japonais ; bientôt les Japonais l’appellent « kuro-san », Monsieur noir

Une amitié hors du commun

Oda Nobunaga (1534-1582) entendant cette rumeur, le rencontre et, croyant à une ruse des Occidentaux, ordonne de le faire laver… en vain. Le daimyō est impressionné par sa taille, par son intelligence et sa force ! Il demande au Jésuite de lui céder cet esclave. Ce dernier accepte. 

Oda Nobunaga par Utagawa Kuniyoshi, gravure Musha-e – image libre de droits, Wikimedia Commons

Oda Nobunaga devient alors son maître, il l’élève au rang de samouraï et fait de lui son garde du corps. Il peut désormais porter les deux sabres, un privilège exceptionnel qui n’avait encore jamais été accordé à un étranger ! Yasuke a même l’immense honneur de recevoir comme épouse la fille adoptive du seigneur de guerre. Mais cette histoire prend rapidement fin avec la trahison d’un des généraux du daimyō, Akechi Mitsuhide, à la bataille de Honno-ji (Kyoto, 1582), qui amène Oda Nobunaga à se faire seppuku (littéralement « coupure au ventre » : il s’agit d’un suicide rituel au Japon, aussi connu sous le terme de hara-kiri). L’histoire nous raconte que Yasuke aurait voulu se sacrifier à la place de son maître. Après cet événement, il n’y a plus aucune trace à ce jour de ce qu’il est advenu de lui : est-il resté au Japon ? Est-il parti ? Cela reste un mystère… 

Du Kilimandjaro au Mont Fuji, la légende de Yasuke est née !  Cette histoire inspire de plus en plus les artistes du monde entier, allant du groupe de rap marseillais IAM avec leur titre Yasuke (novembre 2019), à un livre pour enfants japonais Kuro-suke, ou bien encore une exposition itinérante d’art contemporain sur « l’épopée de Yasuke, l’esclave devenu samouraï » (juin 2018) à Yaoundé au Cameroun. Une histoire vieille de plus de 500 ans qui créé aujourd’hui des liens entre les différentes cultures, et les différentes nationalités. 

Dessin de Yasuke par Cpl. Kenneth Trotter – , Wikimedia Commons, image libre de droits

Le dernier clin d’œil en date nous vient de Paris. Eh oui ! Comme tout bon membre de l’équipe Tokonoma, je suis à l’affût des bonnes adresses culinaires asiatiques de la capitale. Le candidat de la dernière saison de Top Chef (émission diffusée sur M6) Mory Sacko ouvre prochainement son propre restaurant nommé MoSuke. Un mélange de cuisine africaine et de cuisine japonaise. Un hommage au premier samouraï africain, auquel Hollywood semble vouloir consacrer un film prochainement. 

Pour en savoir plus :

Sur le contexte de l’époque Momoyama , c’est ici.

Sur l’exposition : L’épopée de Yasuke, l’esclave devenu samouraï à Yaoundé, c’est par ici.

Image de couverture : Un groupe de missionnaires jésuites portugais arrivé au Japon (17e siècle). Détail d’une peinture sur paravent dit «des barbares du Sud» (Nanban Byoubu), école de Kano, vers 1600. Musée national des arts asiatiques-Guimet, Paris. – image libre de droits, Wikimedia Commons.

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