Joseon, la dernière période coréenne

Nous allons découvrir ensemble la période Joseon (1392-1911), dernière période ayant régné sur la péninsule. Fondée par le général Yi Seong-Gye, elle fut le cadre d’une stabilité politique sans précédent.  Bien qu’elle s’inscrive dans une certaine continuité avec la période Goryeo concernant le patronage artistique, la dynastie Joseon s’en démarque par son empreint constant à la Chine. 

Le modèle chinois

L’ avènement de la dynastie Ming (1368-1644) en Chine et l’intégration du royaume coréen dans le système tributaire de celle-ci a pour effet d’être pris pour modèle par leur voisin. Yi Seong-Gye entreprend alors quelques changements. Hanyang (actuellement Séoul) devient sa capitale en 1394 et est construite sur un plan en damier, prenant exemple sur des villes chinoises telles Pékin ou Chang’an.

Le premier palais royal, le Gyeongbokgung  (« palais du bonheur resplendissant ») est terminé dès 1395.  Le plan est inspiré des palais impériaux chinois : à l’intérieur d’une enceinte rectangulaire d’environ 40 hectares, les bâtiments sont disposés autour d’un axe de symétrie central. L’intense polychromie de la structure est typique de la péninsule. En tout, quatre autres palais sont construits à Hanyang pendant la période Joseon. Tous debouts encore aujourd’hui, ils ont été maintes fois restaurés ( le plus souvent à l’identique) suite aux destructions successives aux XVIème (invasions japonaises entre 1592 et 1598) et XIXème siècle ( pendant le protectorat et l’occupation japonaise).

Ces ensembles palatiaux, par leur monumentalité et leur décor intérieur (venez lire l’article sur les Ilwolobongdo!), matérialisent le pouvoir royal qui est soutenu par une nouvelle idéologie : le oconfucianisme. L’assimilation de cette doctrine réduit l’influence du bouddhisme et du chamanisme dans les affaires du gouvernement.  

 La société coréenne se divise légalement en deux catégories : les « bonnes gens » (yangmin / 양민) et les « gens vils » (ch’ônmin / 천인). Avec la promotion du néoconfucianisme, une élite apparaît parmi les yangmin : les yangban.  Si les postes de fonctionnaires sont accessibles sur concours, seuls les yangban sont autorisés à les passer.  Cette élite sociale s’appuie sur sa maîtrise des classiques chinois pour contrôler la vie politique. Au XVème siècle, le roi Sejong met au point un système d’écriture plus accessible pour tous, le Hangeul 한글 (l’alphabet coréen que nous connaissons aujourd’hui). Pourtant, il ne sera adopté par l’élite que dans les années 1950, celle-ci lui préférant les sinogrammes !

La culture matérielle est donc aussi façonnée par le modèle chinois que ces élites privilégient. Jusqu’au XVIIIème siècle, la cour est le principal commanditaire de la production artistique. En objets d’art, la porcelaine de type buncheong pourvue d’un décor incrusté ou estampé est remplacée à partir du XVIIème siècle par des porcelaines d’un blanc épuré, sans décor, admirées pour leur irrégularité et leur sobriété plus à même de représenter le goût austère valorisé par le néoconfucianisme. 

Les peintres professionnels issus du Bureau de peinture (Dohwaseo) fournissent la cour en représentations picturales. Leur production offre un large choix thématique, allant de l’illustration des Uigwe (manuscrits décrivant les protocoles de diverses cérémonies de la famille royale) aux représentations de la nature.

La plus ancienne peinture de paysage conservée de la période Joseon intitulée le Séjour au pays des pêchers en fleurs dépeint un poème chinois écrit par Tao Yuanming. Légèrement détourné, il s’agit en fait de la retranscription du rêve du prince An Pyeong dans ce monde utopique. Outre le thème chinois, le peintre de cour An Gyeon s’inspire du peintre chinois Guo Xi (actif au XIème siècle) pour son traitement plastique.

An Gyeon, Séjour au pays des pêchers en fleurs, milieu du XVème siècle, encre et couleur sur soie, 38,7×106,5cm, Nara, Université Tenri. Photo : Domaine public.

L’arrivée au pouvoir de la dynastie Qing (1644-1911) d’origine mandchoue remet en cause l’autorité politique et culturelle chinoise sur la Corée. La dynastie Joseon se considère alors comme la véritable dépositaire de la culture chinoise, ce qui lui vaudra le surnom de « petite Chine ». 

Affirmation d’une identité artistique

Si l’influence chinoise n’est pas reniée, les artistes à partir du XVIIIème siècle souhaitent trouver leur propre identité. La représentation de thèmes locaux en est un bon moyen. Le peintre Jeong Seong (1676-1759) donne le ton en la matière. Ses peintures représentant les monts Diamants (Geumgang) font sa renommée. Il utilise des formes stylisées et répétitives qui accentuent la géométrisation des formes, un topos qui sera repris dans la tradition picturale coréenne.

De gauche à droite: Jeong Seon (1676–1759), Vue du mont Geumgang, 1734, rouleau vertical, encre et couleurs légères sur papier, 130 × 94 cm, Musée d’Art Leeum. Photo : domaine public ; Kang Sehwang (1713-1791) , Paysage, encre sur papier, feuille d’album 53,4×32,8 cm. Musée national de Corée. Photo : domaine public ; Kim Hong Do, Album des quatre districts de Geumgang, encre et couleurs sur soie. 30.4 x 43.7 cm. Photo : domaine public

L’œuvre du peintre Kim Hong Do (1745-1806) est tout à fait novatrice : il saisit avec simplicité la vie quotidienne des petites gens. Si la peinture de genre existait auparavant, elle représentait surtout les activités des yangban. Sur un fond uni et sans décor, les activités agricoles sont dépeintes avec vigueur permettant la focalisation du spectateur sur l’action. Ce désir de montrer de nouveaux thèmes non-lettrés sera perçu comme l’essence de l’identité coréenne a posteriori.

A la fin du XIXème siècle naît sous l’impulsion du collectionneur japonais Yanagi Sōetsu le terme minhwa , « min » 민 signifiant peuple et « hwa  »화  peinture. Cette terminologie est utilisée pour revendiquer une peinture nationale, l’identité coréenne étant mise à mal par l’ingérence grandissante de la Chine puis du Japon au sein du gouvernement coréen. 

La peinture minhwa regroupe des œuvres anonymes représentant des symboles protecteurs ou auspicieux utilisés dans la sphère privée par les différentes classes sociales. Généralement interprétés avec humour, les symboles représentés sur ces peintures colorées offrent  une iconographie variée et complexe puisant dans des origines chinoises ou coréennes. 

Ce type de paravent par exemple combine plusieurs symboliques : chaque caractère chinois représente une des vertus confucéennes associées à des symboles sous forme d’animaux, végétaux ou objets divers. La dernière feuille porte le caractère 孝 , signifiant la piété filiale, augmenté d’un poisson, symbole d’abondance.

L’ouverture de la Corée au commerce international sonne le glas de la dynastie Joseon. Le contexte politique se dégrade progressivement à partir des années 1880 : coup d’état, rébellion et guerres se succèdent aboutissant à l’annexion pure et simple du pays (1910-1945) par le Japon.

Pour en savoir plus

  • CHUNG, Yang-mo, AHN, Hwi-joon, Yi, Sŏng-mi (et al.), Arts of Korea [New York : The Metropolitran museum, 2 juin 1998 – 24 janvier 1999], New York, The Metropolitan museum of art, 1998, 512 p.
  • GUEX Samuel, Au pays du matin calme, nouvelle histoire de la Corée, Flammarion, 2016, 370 p.
  • Article en anglais du Metropolitan Museum of Art sur la culture matérielle des yangban, ici.

Image de couverture : le palais de Deoksugung à Séoul, construit au XVe siècle. Creative Commons (Photo : Flickr)

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