Le Grand Silla, première unification de la péninsule coréenne

Le Baekje, puis le Goguryeo absorbés, le Silla se rend maître de la péninsule coréenne en 668, grâce au soutient militaire de l’empire chinois Tang (618 – 907). Débute alors la période dite du Grand Silla ou Silla Unifié (668 – 918) durant laquelle la péninsule est placée sous l’autorité du royaume de Silla, bien qu’une survivance du Goguryeo subsiste au nord, le Balhae (698 – 926).

Balhae et Grand Silla, fin VIIe – VIIIe siècle. Crédit photo : korea.net

Royaume cosmopolite

En 676, les troupes impériales chinoises sont chassées de la péninsule coréenne sur laquelle le Silla obtient l’autorité incontestée. Des relations pacifiées sont établies avec l’empire Tang, ouvrant la voie à une période de prospérité économique. Durant les VIIIe et IXe siècles, une grande quantité de biens luxueux est importée de Chine. Par ailleurs, le Grand Silla entretient des relations diplomatiques et commerciales avec le Japon ainsi qu’avec le monde islamique. Le climat pacifié permet la circulation d’émissaires, d’étudiants ou encore de moines coréens à travers l’Asie. La présence d’envoyés coréens à la cour des Tang est attestée par une peinture murale de la tombe du prince Zhanghuai (653 – 684). L’ambassadeur coréen y est reconnaissable à sa coiffe laquée rouge pourvue de plumes.

Fonctionnaires et étrangers, pigments sur enduit, tombe du prince Zhanghuai (653-684), champ funéraire Qianling, Xi’An (Shaanxi), début du VIIIe siècle, in situ. Crédit photo : domaine public

Les aristocrates des anciens royaumes du Baekje et du Goguryeo qui n’ont pas pu se réfugier au Japon se voient attribuer un rang inférieur à celui de l’aristocratie du Silla et sont déportés dans des capitales secondaires afin de limiter leur influence. Quant aux plus puissantes familles, un système d’otages envoyés à la cour du Silla est mis en place.

L’historiographie, les mathématiques ou encore l’astronomie connaissent un fort développement. Une technique d’imprimerie sur caractères de bois est mise au point, ce qui facilite la copie des textes. Le plus ancien exemple d’impression sur caractères de bois au monde est une copie coréenne de 751 du Dhāraṇī sūtra.

Désormais religion majoritaire, le bouddhisme éclipse progressivement le chamanisme. Il connaît toutefois un début de concurrence de la part du confucianisme suite à l’établissement de l’Académie nationale confucéenne, en 682, puis la mise en place d’examen nationaux pour recruter les fonctionnaires, en 788.

Culture aristocratique du Grand Silla

Dès la fin du VIIe siècle, Gyeongju, capitale du royaume, adopte le plan en damier de Chang’an, la capitale Tang. Divisée en quartiers résidentiels, elle se dote de temples supplémentaires ainsi que de palais et de jardins d’agrément, aujourd’hui disparus.

Le VIIIe siècle correspond à l’apogée de l’influence chinoise en Extrême-Orient. Cet internationalisme concoure à l’émergence d’une certaine unité culturelle dans laquelle les pays limitrophes tentent de se conformer au modèle Tang. La culture chinoise devient celle des élites du Grand Silla qui adoptent le chinois comme écriture, voire emploient les caractères chinois pour retranscrire le coréen. Sous l’impulsion du bouddhisme, la consommation de thé se répand à la cour. L’influence chinoise tend à s’estomper à partir du IXe siècle, période de déclin des Tang, puis de division de leur territoire en Cinq Dynasties et Dix Royaumes (907 – 960).

Suite à l’adoption du bouddhisme, en 528, la céramique remplace progressivement le métal dans les tombes et les œuvres orfévrées se voient réservées aux temples bouddhiques. Les tombes royales et aristocratiques se composent d’une chambre funéraire surmontée d’un tumulus de taille réduite comparée à celle des Trois Royaumes (v. 300 – 668). La tombe du général Kim Yusin (595 – 673), artisan de l’unification de la péninsule coréenne, est ornée à sa base de hauts-reliefs des douze animaux du zodiaque chinois, anthropomorphisés et armés. Chacun d’entre eux est orienté vers sa position cardinale, lui donnant toute son efficience dans la protection de la sépulture. Trois de ces signes sont reproduits sur des plaques, vêtus à la manière des rois gardiens bouddhiques, les lokapāla. Bien que les animaux du zodiaque soient d’origine chinoise, ce développement iconographique est particulier à la péninsule coréenne.

Tombe de Kim Yusin (595 – 673), D : 30 m, v. 673, mont Songhwa, Gyeongju. Crédit photo : Alain Seguin
Figure zodiacale du cheval, stéatite, H :39,2 cm, attribué à la tombe de Kim Yusin, VIIIe siècle, musée national de Corée, Séoul. Crédit photo : Sailko

Essor du bouddhisme

À partir du VIIe siècle, des moines partis étudier en Chine introduisent dans le royaume la plupart des élaborations doctrinales Tang. Deux écoles tirent cependant leur épingle du jeu. L’école Hwaeom base son enseignement sur l’exégèse de l’Avataṃsaka sūtra, sūtra de la Guirlande fleurie. Très populaire auprès de l’aristocratie, l’école prêche la doctrine de l’harmonie universelle au sein de la conscience du bouddha cosmique, Vairocana. Quant au peuple, il se tourne vers l’école de la Terre pure qui ne nécessite pas d’apprentissage par le texte. Seule l’invocation répétée d’Amitabha assure au fidèle sa renaissance dans la Terre pure de l’Ouest où réside le Bouddha.

Commanditée par le ministre Kim Taesong (700 – 774), la grotte sanctuaire hwaeom de Seokguram retranscrit en architecture maçonnée la tradition des grottes excavées indiennes, modèle qui se diffuse via les routes de la Soie. Une antichambre ainsi qu’un couloir d’accès débouchent sur une cella ronde au centre de laquelle trône un Bouddha au corps replet, entouré de huit classes d’êtres supérieurs. Inspiré des canons Tang, il pourrait faire référence à l’épisode de l’Éveil du Bouddha historique, comme à Vairocana. En effet, se basant sur l’Avataṃsaka sūtra, Śākyamuni prenant la terre à témoin a parfois été interprété en Chine comme étant Vairocana bouddha.

Il est difficile de parler de la peinture du Grand Silla, les cycles muraux comme les rouleaux portatifs ayant disparus. Un fragment de frontispice de l’Avataṃsaka sūtra constitue l’unique exemple conservé de peinture de cette période. Dans un cadre architectural, un bouddha, assis sur une fleur de lotus, prêche à une assemblée de bodhisattva. La composition, au tracé d’une grande précision, relève d’un style typique de l’époque Tang. Les personnages assez dénudés présentent un corps plein et un visage rond. Cette qualité du dessin se retrouve au Japon de Nara (710 – 784), lui aussi marqué par les influences chinoises.

Face à la demande croissante des temples, l’orfèvrerie du Grand Silla livre une myriade d’objets de culte dont des reliquaires à śārīra, reliques sacrées du bouddhisme. Placées dans plusieurs écrins imbriqués, ces reliques sont scellées dans une pagode, partie la plus sacrée d’un temple. Le reliquaire du Gameunsa est exécuté sur commande de la famille royale. La partie interne est conçue comme un palais enserrant une double fleur de lotus, tandis que le réceptacle extérieur présente quatre rois gardiens au traitement assez naturaliste. Contrairement à l’orfèvrerie des Trois Royaumes, ces objets fastueux ne sont plus découpés dans une plaque d’or pur, mais dorés.

Reliquaires à śārīra, bronze doré, H : 20,3 et 30,2 cm, pagode est, Gameunsa (Gyeongju), Silla Unifié, v. 682, Musée national de Corée, Séoul. Crédit photo : Musée national de Corée
Reliquaire en forme de pagode, bronze doré, H : 53,5 cm, Chine, crypte de la pagode du Famensi, VIIe -VIIIe siècle, Famen Temple Museum, Fufeng (Shaanxi). Crédit photo : domaine public

L’unification de la péninsule coréenne ouvre la voie à une période prospère marquée par des échanges pacifiés avec la Chine. Cependant, la décadence du royaume s’amorce dès la fin du VIIIe siècle. Tandis qu’une aristocratie coupée du réel se déchire pour le pouvoir, la famine touchant les classes les plus pauvres est accentuée par une imposition démesurée. Un riche marchand et leader de révoltes paysannes, Wang Geon (877 – 943), accède alors au trône et fonde le Goryeo en 918.

Pour aller plus loin :

  • CHUNG, Yang-mo, AHN, Hwi-joon, Yi, Sŏng-mi (et al.), Arts of Korea [New York : The Metropolitran museum, 2 juin 1998 – 24 janvier 1999], New York, The Metropolitan museum of art, 1998.
  • LEE, Soyoung, LEIDY, Denise Patry (et all.), Silla, Korea’s golden kingdom [exposition, New York, The Metropolitan museum of Art, 4 novembre 2013 – 23 février 2014], New York : The Metropolitan msueum of art, 2013.
  • PORTAL, Jane, Korea : Art and Archeology, Londres, British Museum Press, 2005.

Image de couverture : Amitabha debout, H : 2.75 m, granite, Gamsansa, Gyeongju, Silla Unifié, 719, Musée national de Corée, Séoul. Crédit photo : Musée national de Corée

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