La commanderie chinoise Han de Lelang

Afin de prévenir toute formation d’alliances entre les peuples nomades au sud de la Mandchourie et au nord de la péninsule coréenne, la Chine des Han (206 avant notre ère – 220), alors voisine directe, prend l’initiative et conquiert une partie du territoire, au nord-ouest. Elle y installe des commanderies, dont Lelang ou Nangnang en sud-coréen (108 avant notre ère – 313), proche de l’actuelle Pyongyang, est la plus importante en surface et dans le temps.

Les transformations sous l’âge du fer – économiques, agricoles et commerciales – favorisent l’émergence de nouvelles puissances dans la péninsule. Celles-ci se partagent comme suit : Puyo au nord, Pyonhan, Mahan et Chinhan – ou les trois Han – au sud. Ces quatre entités englobent des divisions plus petites, dont certaines sont en contact avec les commanderies chinoises s’établisssant au nord. Par la suite, trois royaumes coréens émergent progressivement de ces puissances : Silla en 57 avant notre ère, Goguryeo en 37 avant notre ère et Paekche en 18 avant notre ère. Tous trois développent indépendamment des relations diplomatiques avec la commanderie chinoise de Lelang, échangeant une allégeance politique et des produits locaux contre des titres chinois, des sceaux officiels et des objets de luxes importés.

Vestiges matériels

Les fouilles archéologiques, que viennent appuyer des sources textuelles tel le Livre des Han postérieur ou Hou Hanshu, nous permettent de connaître les biens chinois importés, pour l’usage des Han présents sur le territoire, mais aussi pour les échanges locaux. Les objets retrouvés dans les tombes Han aux alentours de Pyongyang témoignent d’un mode de vie sophistiqué dont les officiers confucéens de la commanderie profitent et qui correspondent à leurs usages funéraires. De la vaisselle en bronze ainsi que des mingqi ont été exhumés, aux côtés, entre autres, de céramiques, de jades, d’armes, de harnachements et d’éléments de chars. De plus, on observe dans le nord de la péninsule de nombreuses tombes en briques, à l’instar de celles des Han, ainsi que de la présence d’objets chinois : tels des miroirs en bronze, des tripodes, des jades ou encore des objets en laque. Ces tombes laissent suggérer l’adoption par certains locaux de mœurs Han, illustrant la prégnance des échanges existants. On retrouve jusque dans des tombes coréennes du sud de la péninsule la présence d’objets chinois, comme des miroirs en bronze.

Confucianisme

Un des objets les plus remarquables retrouvé dans une tombe proche de l’actuelle Pyongyang, et aujourd’hui conservé au Central Historical Museum de Pyongyang, est un panier de bambou à panneaux de bois peints et laqués de production Han importé. Les panneaux sont décorés d’une frise de personnages représentant plus de 90 parangons et contre-exemples des valeurs confucéennes. Ce panier constitue également un des plus anciens témoignages de représentation figurative en peinture chinoise. La période des Han n’ayant pas laissé de peintures sur support papier ou soie – si ce n’est la célèbre bannière funéraire de la marquise de Mawangdui -, les exemples connus sont majoritairement des peintures murales des tombes de la Chine de cette période.

Scène de parangons confucéens, début du IIe siècle, panier de bambou avec des panneaux peint laqués, l : 39,1 cm, Central Historical Museum, Pyongyang. © Wikicommons.

Ainsi, les populations chinoises arrivées sur la péninsule, en plus d’objets matériels, ont apporté avec elles toute une pensée, le confucianisme. Bien que peu d’éléments puissent venir témoigner d’une adoption réelle de cette pensée parmi les locaux, sa présence en est du moins confirmée à cette période.

Nouvelle technique

Du côté coréen de la péninsule, en plus de l’usage de plus en plus répandu du fer, on observe vers le début du IIIe siècle un changement dans la production de céramique avec l’adoption du grès, cuit à haute température (1200°C), remplaçant les poteries, cuitent à basse température (800-900°C). Toutefois, les raisons de cette évolution des techniques de cuisson restent encore débattues, qu’il s’agisse d’une influence de la Chine ou non.

La commanderie de Lelang connaît des périodes de prospérité et de déclin correspondant à celles de la cour chinoise, et à la fin de la dynastie Han, en 220, elle passe par la suite aux mains des Wei (220-265), puis des Jin (265-316), avant de se faire absorber par le royaume de Goguryeo en 313. Le confucianisme ainsi que le système d’écriture chinois sont alors adoptés dans la péninsule. L’écriture chinoise perdure quant à elle jusqu’en 1446, date à laquelle le roi Sejong (r. 1418-1450) promulgue un alphabet coréen !

En savoir plus 

Image de couverture : Brûle-parfum, Commanderie de Lelang, métal, h : 20 cm, d : 11 cm, National Museum of Korea (Bongwan 4735)

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