Aux origines du Japon : les grands mythes shintoïstes

Religion ancestrale du Japon, le Shintō a donné naissance à de nombreuses traditions qui irriguent encore la société japonaise. C’est une philosophie qui régule les relations entre les hommes et les « kamis », entités à mi-chemin entre des divinités et des forces de la nature. On part à la découverte des premiers d’entre eux !

Izanagi et Izanami

C’est aux kamis Izanagi et Izanami que l’on doit la formation de la terre. Envoyés par les divinités primordiales, ces frère et sœur mythiques se voient confier une immense hallebarde appelée Ame no Huoko (la lance céleste), qu’ils utilisent pour brasser l’océan. Les grains de sel qui en jaillissent se solidifient pour former Onokoro, la première terre ferme. Les deux kamis y descendent et s’unissent pour donner naissance aux îles du Japon.

Kobayashi Eitaku, Izanagi et Izanami créant les îles japonaises, peinture sur soie, v. 1885, Boston, Museum of Fine Arts
Domaine public

Izanagi et Izanami enfantent ensuite toute une série d’autres kamis. Ce bonheur est de courte durée. Car par malheur, Izanami perd la vie en accouchant de Kagutsuchi, le kami du feu. Désespéré, son frère tue l’enfant et enterre sa bien-aimée au pied du mont Hiba. Mais la douleur est trop grande, et Izanagi souhaite à tout prix retrouver sa sœur : le voilà en route pour le pays de Yomi, le monde des enfers.

Une fois arrivé, il supplie sa sœur de lui revenir pour parachever le monde qu’ils ont commencé à créer. Mais il est déjà trop tard. Si elle espère sortir, elle doit obtenir l’autorisation des divinités gardiennes de Yomi. En attendant, Izanagi doit respecter une interdiction stricte : en aucun cas il ne doit essayer de voir celle qu’il aime avant qu’elle n’ait quitté les enfers.

Cependant, l’impatience le gagne : s’étant fabriqué une torche grâce à une dent de son peigne, il entre dans les enfers et découvre le corps putréfié de celle qu’il aime.  Pris de terreur, le kami s’enfuit ! Mais on n’abandonne pas impunément une divinité… Izanami entre dans une rage folle : elle envoie à la poursuite de son frère les « laiderons de Yomi », huit sorcières infernales. Il parvient toutefois à les semer in extremis. Avant qu’elle ne puisse quitter les enfers pour venir le chercher elle-même, il barricade l’entrée de Yomi grâce à un immense rocher, qui clôt définitivement le passage entre le monde des vivants et le monde des morts. La déesse décide donc de se venger autrement ; elle tuera désormais chaque jour 1000 enfants d’Izanagi. Pour y répondre, son frère en fait donc naitre 1500 quotidiennement, perpétuant le cycle de la vie et de la mort !

Après avoir mis un pas à Yomi, ce lieu impur, Izanagi doit se nettoyer entièrement de ses souillures. De ces ablutions naissent à nouveau plusieurs kamis. En lavant son visage, Izanagi donne naissance par son œil gauche à Amaterasu, la déesse du soleil. Susanō, le dieu des tempêtes naît de son nez. Tsukuyomi, le dieu de la Lune, naît de son œil droit. C’est avec eux que l’histoire continue…

Susanō et Amaterasu

Susanō est chargé par son père de régner sur les mers et les océans, mais en est insatisfait. Il se rend donc au ciel pour contester le domaine de sa sœur Amaterasu, et y commet toutes sortes d’exactions. Horrifiée, la déesse du soleil s’enferme dans une caverne. Voilà le monde plongé dans les ténèbres !

Les 800 autres kamis doivent rivaliser d’ingéniosité pour faire sortir la déesse. Heureusement, ils ne manquent pas d’idées. Ils placent un miroir devant le rocher qui bouche l’entrée de la grotte, et donnent une grande fête à ce même endroit. L’une d’entre eux fait même une danse obscène qui rend les autres hilares. Le bruit de cette liesse éveille la curiosité d’Amaterasu. Celle-ci sort donc la tête de sa cachette pour leur demander ce qui peut bien les rendre aussi heureux. Les kamis lui font donc croire qu’ils lui ont trouvé une remplaçante. Et effectivement, en voyant son reflet dans le miroir que ses camarades avaient accroché, la déesse quitte la caverne pour découvrir celle qu’elle pense être sa rivale. Les autres divinités en profitent pour bloquer l’entrée de la grotte. La lumière est rétablie, il n’y a plus qu’à punir celui à qui l’on doit tous ces ennuis : Susanō est expulsé du royaume céleste.

Shunshai Tomisasa, Amaterasu sortant de la caverne céleste devant la danse de Uzume, gravure sur bois, 1887
Domaine public

Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Susanō, contraint de descendre sur terre, rencontre un couple de kamis pleurant autour d’une jeune fille. Ils lui expliquent qu’il s’agit de la dernière de leurs huit filles. Les sept autres ont été dévorées par Yamata no Orochi, un serpent géant à huit têtes et huit queues. Susanō propose de sauver leur fille sous réserve de pouvoir l’épouser, ce qu’il obtient. Le monstre arrive et le combat est féroce, mais Susanō parvient finalement à trancher son adversaire en morceaux. Soudain, la lame de son sabre se brise au contact de « l’épée de Kusanagi », une arme renfermée dans le corps de la bête. Il la récupère et l’offre à Amaterasu pour se faire pardonner : la déesse du soleil met fin à son exil. Tout est bien qui finit bien !

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Et l’histoire se prolonge encore aujourd’hui : Amaterasu est en effet l’ancêtre mythique des empereurs japonais : elle envoie son fils Ningi prendre possession de l’archipel, et son petit-fils devient le premier empereur, Jimmu (VIIe siècle avant J.-C) !

Nb : Le Shintō n’a pas de textes sacrés, mais certaines traditions orales sont consignées au VIIIe siècle : les mythes connaissent donc parfois quelques variantes. On a privilégié ici les plus communément citées.

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