Exposition Yuan Jai : réviser les Classiques

Yuan Jai, A Fareway Place (détail) , 2018, encre et pigments sur soie, collection particulière. Image : Justine Veillard

« Tout ce qui m’attire finit dans mon travail » : l’univers mental et artistique de la peintre chinoise Yuan Jai est un kaléidoscope d’images et de références, que nous invite à découvrir une exposition visible au Centre Pompidou jusqu’au 27 avril prochain.

Une vie au musée

Si c’est son travail d’artiste qui lui vaut aujourd’hui de revenir au musée, c’est en tant que restauratrice d’œuvres d’art que Yuan Jai les a d’abord fréquentés. Née en 1941 à Chongqing (Sichuan), elle étudie la peinture chinoise au département des beaux-arts de l’université de Taïwan avant de s’envoler pour l’université de Louvain et l’Institut royal du patrimoine artistique de Bruxelles, dont elle sort diplômée en histoire de l’art et restauration d’œuvres d’art. Après un passage par le British Museum, Yuan Jai se fixe quelques temps aux Etats-Unis, où elle travaille pour de grandes collections publiques d’art asiatique. Elle revient finalement à Taïwan, où elle entre au département de restauration des peintures du Musée National du Palais, dont elle finira directrice au bout d’une carrière de trente ans.

Le passé recomposé

Ce n’est qu’à l’âge de cinquante ans que Yuan Jai décide de se remettre à la peinture, renouant avec son ambition de jeunesse de devenir artiste. Les années passées sans peindre ont cependant été riches d’enseignement : d’une part, l’artiste n’a jamais cessé la pratique de la calligraphie, qui reste un élément structurant de son oeuvre peinte. D’autre part, les collections du Musée du Palais de Taipei comptent parmi les plus riches et les plus importantes collections d’art chinois : sa connaissance des grands maîtres de la peinture chinoise va avoir un impact décisif sur l’oeuvre de Yuan Jai.

Ses œuvres sont ainsi truffées de références qui les inscrivent dans la tradition de la peinture chinoise ancienne : la connaissance et la copie des maîtres du passé en est en effet une dimension fondamentale. Les boeufs du tableau Charge (2012) sont ainsi directement inspirés du célèbre rouleau peint de la dynastie Tang (618 – 907) Cinq Bœufs, attribué au peintre Han Huang.

Attribué à Han Huang, Cinq Boeufs, dynastie Tang (618 – 907), encre et couleurs sur soie, Beijing, Musée National du Palais. Source image : Wikimedia Commons
Yuan Jai, Charge, 2012, pigments et encre sur soie, collection particulière. Image : Justine Veillard

De même, la récurrence des bronzes et antiques dans les peintures de Yuan Jai n’est pas sans évoquer les inventaires de collections produits sous la dynastie Song (960 – 1279) ou encore les peintures représentant des lettrés parmi leurs collections – on pense notamment à l’oeuvre de Du Jin (actif vers 1465-1505) Prendre du plaisir à regarder les antiquités, conservée au Musée National du Palais de Taipei.

Une oeuvre personnelle

On aurait cependant tort de ne voir dans l’oeuvre de Yuan Jai qu’une accumulation de références pour esthètes sinophiles. Si l’artiste pratique l’art de la citation, celle-ci est passée au prisme de sa propre esthétique, teintée d’humour et d’ironie. Auspicious cranes (2017) reprend ainsi le thème et la composition de Grues de bon augure, peint en 1112 par l’empereur Song Huizong (1082 – 1135) mais donne un aspect beaucoup plus baroque à la toiture du palais impérial tandis que les grues prennent des faux airs de danseuses !

Song Huizong, Grues de bon augure, 1112, dynastie Song du Nord (960 – 1127), Shenyang, Musée provincial du Liaoning. Source image : Wikimedia Commons.
Yuan Jai, Auspicious cranes, 2017, encre et pigments sur soie, collection particulière. Image : Justine Veillard

La techniques des œuvres s’inscrit elle aussi dans ce double mouvement : il s’agit de la technique traditionnelle d’encre et pigments sur soie, à laquelle Yuan Jai a été formée dans sa jeunesse. De même, le format des œuvres reste proche des formats de la peinture chinoise traditionnelle, soit les rouleaux horizontaux ou verticaux. Cependant, les couleurs vives, presque fluorescentes, traduisent le désir de l’artiste de « ne pas simplement répéter ce qui a été fait pendant des centaines d’années » ainsi qu’elle l’explique dans un court-métrage présenté dans l’exposition.

Yuan Jai, Cultural hall of calligraphy, 2008, encre et pigments sur soie, collection particulière. Image : Justine Veillard

La primauté donnée à la ligne, héritage de la formation traditionnelle de l’artiste et de sa pratique calligraphique, est poussée à son maximum dans quelques œuvres du début des années 2000, présentées aux côtés de peintures plus récentes. Quasi-abstraites, ces œuvres traduisent une exploration par l’artiste de différents modes d’expression et mettent en lumière un mode d’appropriation original de l’abstraction.

Yuan Jai, Flirting, 2001, encre et couleurs sur soie, collection particulière. Image : Justine Veillard

C’est cette appropriation très personnelle de l’histoire de l’art qui fait toute la force du travail de Yuan Jai. Étroitement lié au parcours de l’artiste et imprégné de tradition chinoise, il réussit pourtant à dépasser l’un et l’autre et à former une oeuvre cosmopolite profondément unique.

Pour en savoir plus :

Exposition Yuan Jai, du 5 février au 27 avril 2020 – Centre Pompidou, musée, niveau 5, salle « Focus ». Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11h à 20h.

Image en couverture : Yuan Jai, Charge, 2012, encre et couleurs sur soie, collection particulière. Image : Justine Veillard

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