Redécouvrir les grands maîtres de l’estampe japonaise à l’hôtel de Caumont

Nous prenons aujourd’hui le train pour quitter Paris et nous rendre dans la belle ville méridionale d’Aix-en-Provence. Là-bas, il fait chaud et le soleil brille… cela tombe bien car nous vous emmenons voir l’exposition Hokusai, Hiroshige, Utamaro, grands maîtres de l’estampe du Pays du Soleil Levant. Jusqu’au 22 mars, l’Hôtel de Caumont sert d’écrin aux chefs d’œuvres de la collection Georges Leskowicz !

Une collection exceptionnelle présentée au public

L’exposition offre au regard des visiteurs un ensemble particulièrement important d’objets exceptionnels. Environ 150 pièces, estampes, armures, objets d’art ou costumes, prennent vie dans les salles du parcours afin de dresser un miroir du Japon de l’ère Edo, au travers du prisme de l’ukiyo-e (« image du monde flottant »). Ces estampes ont conservé, au travers des siècles, toute la délicatesse des couleurs et le raffinement de leurs compositions. Dès les premières salles, les visiteurs sont accueillis par des séries absolument incontournables, réalisées par les plus grands représentants de l’estampe japonaise de cette époque : les Trente-Six Vues du Mont Fuji, par Katsushika Hokusai ou encore les Vues célèbres des Soixante et quelques provinces de Utagawa Hiroshige ! Ces paysages vivants sont en effet un thème de prédilection pour ces artistes et font souvent l’objet d’exposition (par exemple Montagnes et paysages dans l’estampe japonaise à Grenoble de décembre 2018 à mars 2019). Les nuances de bleu qui animent les compositions happent littéralement les visiteurs dans des paysages intemporels

Le pont des singes dans la province de Kai, Utagawa Hiroshige, 1841-42, nishikie, 73.1*24.8cm, collection Georges Leskowicz ©Fondation Georges Leskowicz

Outre les vues de paysages célèbres, la présentation met en scène un ensemble absolument exceptionnel de surimono, ces estampes luxueuses commandées par et pour des cercles restreints, à faible tirage. Dans ce contexte de création, elles échappent à la censure et sont donc le fruit de techniques d’impression d’une grande finesse, aux couleurs somptueuses (poudres métalliques, d’or ou d’argent). Ces estampes particulières allient une composition figurative à de courts poèmes (de deux à sept ! ) et sont commandées pour marquer de grands évènements tel le triptyque de Katsushika Hokusai réalisé à l’occasion de l’année 1822, année zodiacale du cheval. La Vue sur la rivière Sumida délicatement gaufrée pour rendre les mouvements du fleuve porte sur chaque panneau une subtile référence au cheval : ainsi la partie de droite représente le Temple Komagata, dont le son « ma » est écrit avec le caractère 馬 « ma » du cheval ; il s’agit d’un lieu dédié à la déesse Kannon, représentée parfois avec une tête d’équidé. Les pigments métalliques viennent rehausser la préciosité des multiples couleurs qui apportent tout le dynamisme à la composition.

« Vue sur la rivière Sumida », série Toutes les sortes de chevaux, Katsushika Hokusai, 1822, surimono, nishiki-e, gaufrage, pigments métalliques, 21*18.4cm, collection Leskowicz
De gauche à droite : Le Rocher pour attacher les chevaux; La Rive aux écuries; Le Temple Komagata ©Fondation Georges Leskowicz

Une exposition immersive

En montant les grands escaliers, nous amorçons un voyage vers Edo, la capitale du Japon sous le shogunat des Tokugawa. L’hôtel de Caumont propose une scénographie en immersion dans cet univers merveilleux. La présentation épurée laisse aux estampes la possibilité de s’exprimer pleinement et d’ouvrir des fenêtres sur un univers vivant aux couleurs chatoyantes! La sélection d’objets d’art qui accompagnent les estampes permet de renforcer cette immersion en contextualisant le cadre de production de ces œuvres.  Les peignes, les costumes et les boîtes en laque tissent des liens entre la réalité de l’époque et celle dépeinte par les estampes.

Le visiteur découvre, par la suite, une salle entièrement dédiée à la technique de la gravure sur bois expliquant pas à pas la complexité du procédé et mettant en lumière la symbiose qui devait être établie entre les différents acteurs d’une estampe : le dessinateur, le graveur et l’imprimeur.

Salle dédiée à la technique de l’estampe, impressions de différentes planches gravées ayant servi à créer les « Tourbillons de Naruto dans la province d’Awa » mentionné plus haut ©Mathilde Rétif

Enfin, l’exposition se conclut en proposant un espace dans lequel trois estampes emblématiques ont pris vie, à tour de rôle : d’abord la Grande Vague de Kanagawa et Pluie fine au sommet du Mont Fuji de Katsushika Hokusai et actuellement Averse soudaine sur le pont Shin-Ohashi et Atake d’Utagawa Hiroshige. Les personnages représentés dans l’estampe évoluent sur les murs de la salle d’exposition et interagissent avec leur environnement !

Animation de l’estampe « Averse soudaine sur le pont Shin-Ohashi et Atake« , série 100 Vues célèbres d’Edo, Utagawa Hiroshige, 1857, collection George Leskowicz ©Mathilde Rétif

La collection Leskowicz

La collection Leskowicz ne reflète pas seulement le goût d’un seul homme mais celui d’une famille toute entière. Elle voit le jour grâce à l’architecte et collectionneur Aleksander Leskowicz au début du XXe siècle et se centre sur les manuscrits polonais. Repris par son fils Georges, la collection se diversifie jusqu’à accorder une place incontournable à la culture du Japon et ses estampes. Depuis la première exposition publique de la collection en 2017, toute l’attention semble portée sur elle !

Avec près de 1 800 estampes ukiyo-e, la collection Leskowicz est l’une des plus importantes du monde. Nous avions déjà eu l’occasion d’en admirer tout le goût et la qualité avec l’exposition Sur la route du Tōkaidō, au Musée national des arts asiatiques – Guimet, où un ensemble complet de la série des 53 étapes du Tōkaidō d’Utagawa Hiroshige est publiée par Hōeidō en 1833-1834. La présentation de l’hôtel de Caumont prouve une fois de plus la richesse de cette collection et le goût avec lequel les pièces ont patiemment été assemblées.

« Kyoto, le pont Sanjo (55e vue), série 53 étapes du Tōkaidō Utagawa Hiroshige, nishikie, 39*26,5 cm, collection Georges Leskowicz, ©Mathilde Rétif

L’évènement organisé par l’hôtel de Caumont s’inscrit dans une volonté de diffuser la passion du collectionneur vers le grand public. Il s’agit certes de la troisième exposition dans laquelle la collection Leskowicz est présentée, mais elle ne cesse de nous surprendre en nous présentant toujours des pièces nouvelles et d’une stupéfiante rareté… Une excellente raison de passer par Aix-en-Provence !

Pour en savoir plus :

Vous pouvez obtenir toutes les informations pour visiter l’exposition ici !

Vous pouvez découvrir la page officielle de la Fondation Georges Leskowicz qui regorge d’informations.

Commissaire d’exposition : Anna Katarzyna Maleszko, conservatrice des collections japonaises du Musée national de Varsovie, spécialiste de l’art japonais des époques Edo et Meiji.

Image de couverture : « Le Type populaire », série Physionomie de trente-deux types dans le monde moderne, Utagawa Kunisada, 1821-22, nishikie, 37.7*24.9cm, collection Georges Leskowicz ©Christian Moutarde

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