Akihito Yoshida : images de l’absence

La Fisheye Gallery à Paris accueille jusqu’au 14 mars prochain le photographe japonais, qui pour sa première exposition européenne a choisi de montrer une série explorant les thèmes de la filiation et de l’absence.

Genèse et dénouement(s)

L’origine de ce travail est à la croisée de l’artistique et de l’intime, puisque Akihito Yoshida dévoile ici au fil des images le lien particulier qui unit son cousin Daiku à sa grand-mère, Yukimi. Celle-ci a élevé le jeune homme, qui s’occupe désormais d’elle tout en suivant ses études d’infirmier. Le projet initial de Akihito Yoshida était de documenter cette relation jusqu’au décès de Yukimi mais c’est Daiku qui disparaît le premier, dans un accident de la route. La série prend alors un sens nouveau, inattendu, devenant le témoignage d’une double disparition dont le titre de l’exposition, The Absence of Two, se fait l’écho.

L’insaisissable légèreté de l’être

Comme un parallèle aux albums photos de Yukimi, qui ne contiennent que des clichés de Daiku et elle-même, tous deux sont quasiment de chacune des photographies de l’exposition. Leurs visages flous ou déformés sur plusieurs d’entre elles confèrent une portée universelle à ces images de leur quotidien, et semblent traduire visuellement la difficulté à saisir ce qui est en train de disparaître, ce qui n’est déjà plus.

Akihito Yoshida, Sans titre, série « The Absence of Two », encre pigmentée sur papier de mûrier, formats variables, 2019. Image : Camille Despré

Cette esthétique du transitoire imprègne la culture japonaise : on pense à l’influence du bouddhisme ou encore au concept de mono no aware, qui mêle la conscience et l’acceptation de l’impermanence des choses, à cela vient s’ajouter une réflexion sur la photographie. A quelques exceptions près – notamment un émouvant double portrait – les deux sujets sont rarement « figés » : Akihito Yoshida choisit de les saisir dans un mouvement qui est celui de la vie mais qui leur confère aussi un aspect fantomatique.

Akihito Yoshida, Sans titre, série « The Absence of Two », encre pigmentée sur papier de mûrier, 2019. Image : Fisheye Gallery  ©

Cadres de vies

A l’inverse, ce sont les lignes droites et nettes des éléments d’architecture, notamment les traverses de bois sombre des cloisons coulissantes (shôji) de la maison de Yukimi, qui vont venir structurer plusieurs clichés. Il ne semble possible de saisir les êtres qu’à travers leur cadre quotidien ou par les objets qui les entourent. Plusieurs d’entre eux sont pris seuls, brossant par petites touches un portrait en creux de ceux qui sont désormais absents.

Akihito Yoshida, Sans titre, série « The Absence of Two », encre pigmentée sur papier de mûrier, 2019.
Image : Camille Despré

L’importance donnée au cadre des prises de vues permet en outre de mettre en valeur un autre visage du Japon. Prises à Kunitomi, petite ville de la préfecture de Miyazaki, à Kyûshû, les photographies d’Akihito Yoshida sont des instantanés de la vie rurale contemporaine, un univers mal connu et peu représenté dans la photographie japonaise actuelle.

Humaine condition

La spécificité extrême du sujet de The Absence of Two – une grand-mère et son petit fils dans le Japon rural d’aujourd’hui – s’inscrit en réalité dans un travail beaucoup plus vaste mené par Akihito Yoshida autour de la condition humaine et des liens qui unissent les êtres. Né en 1980, celui qui a d’abord été instituteur avant de se tourner vers la photographie s’est intéressé ces dernières années à la question du travail et à sa signification.

Mais moins à l’aspect idéologique ou économique, c’est avant tout à l’humanité et le rapport des travailleurs et travailleuses, aux autres et à leur environnement que sont consacrées les séries Brick Yard et Tannery, toutes deux prises au Bangladesh. Et c’est cette condition mortelle, fragile, à la fois universelle et profondément unique qui unit modèles et spectateurs de l’oeuvre de Akihito Yoshida.

Pour aller plus loin :

  • Exposition The Absence of Two, du 9 janvier au 14 mars 2020 à la Fisheye Gallery, 2 rue de l’Hôpital Saint Louis, 75010 Paris. Ouverture du mercredi au vendredi de 14h à 19, les samedis de 11h à 20h ou sur rendez-vous. Site internet : https://www.fisheyegallery.fr/

 

 

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