Lee Young-Hee (1936-2018), réinventer le hanbok

Aujourd’hui, Tokonoma Magazine s’éloigne un peu de ses sujets habituels pour vous parler de mode, et plus particulièrement du hanbok, le vêtement traditionnel coréen. Une exposition est actuellement consacrée au Musée national des Arts Asiatiques – Guimet à Lee Young-Hee, styliste de talent qui a oeuvré à la conservation et à la modernisation de ce vêtement emblématique du patrimoine coréen.

Aux origines du hanbok

Fresque représentant l’épouse du défunt portant un hanbok, tombe n°3, royaume de Koguryo, période des Trois Royaumes, domaine public

Désignant le vêtement traditionnel de la noblesse coréenne, le mot hanbok signifie vêtement coréen. Le port du hanbok par l’élite est attesté dès la période des Trois Royaumes grâce à des fresques du royaume de Koguryo (ci-contre). Très tôt mis en place, le hanbok est connu pour sa permanence au fil des siècles. Il se compose chez la femme d’une longue jupe appelée chima et d’une veste appelée jeogori et chez l’homme d’un pantalon appelé baji. Bien qu’il ait évolué sous l’influence de la dynastie chinoise des Yuan au XIIIe siècle, la version du hanbok connue aujourd’hui est celle mise en place sous la dynastie Choseon (1392-1910). Avec l’arrivée de cette nouvelle dynastie, le hanbok se simplifie sous l’influence de la pensée néo-confucianiste alors en vigueur. Les lignes deviennent simples et fluides, ne dévoilant que très peu le corps. Les accessoires se raréfient donnant à l’allure générale une apparence plus sobre. Porté jusqu’au milieu du XXe siècle par l’aristocratie, le hanbok est aujourd’hui revêtu pour de grandes occasions comme le mariage … et par les touristes qui viennent visiter le palais royal à Séoul !

Lee Young-Hee, de la préservation …

Née en 1936, Lee Young-Hee devient styliste sur le tard. Intéressée par le hanbok et son histoire, elle s’associe à Seok Ju-Seon, universitaire spécialiste de l’histoire du vêtement, afin d’entreprendre des recherches sur ce sujet. S’inspirant des peintures de cour de l’époque Choseon ou des quelques rares textiles anciens conservés, elle s’attache, avec l’aide de Seok Ju-Seon, à recréer ces vêtements de cour. Le hanbok ci-dessous en est un parfait exemple. Lee Young-Hee en a recréé un du XVIIIe siècle en s’inspirant d’une célèbre peinture de Shin Yun-Bok (v. 1758 – ap. 1813). Pour être au plus proche des hanbok d’époque, elle fabrique des soieries à l’identique, teint les textiles naturellement, coud et brode à la main. Si traditionnellement le hanbok est fait à base de soie et de ramie (une plante de la famille de l’ortie fréquemment utilisée pour le tissage), Lee Young-Hee introduit également de nouveaux matériaux tels … la fibre d’ananas !

… à la modernisation du hanbok

Miindo Hanbok
Réplique de hanbok inspirée de la peinture Portrait d’une beauté de SIN Yun-bok (1758-1813)
Années 1990, Soie
© MAISON DE LEE YOUNG-HEE / tous droits réservés

Outre ses recherches historiques, Lee Young-Hee est connue pour son travail de modernisation et de simplification du hanbok. Fervente défenseur de ce vêtement, elle participe à la Fashion week de Paris à partir de 1993 en ne faisant défiler que des hanbok. Forte de son succès, elle pousse plus loin ses recherches et décide de ne faire défiler les mannequins que simplement vêtues d’une longue jupe (chima) nouée au-dessus de la poitrine. C’est la naissance de ce qui sera appelé les « costumes de vent » et deviendra sa marque de fabrique. Avec les « costumes de vent », elle pousse ainsi la simplification du vêtement avec l’abandon de la veste courte jeogori et faisant du hanbok un vêtement d’un seul tenant.

Par son travail, Lee Young-Hee a créé des ponts entre passé et présent. Elle a oeuvré à la renaissance d’une part importante du patrimoine coréen, les costumes de cour de l’élite. Son travail s’est également intéressé à moderniser le hanbok, lui rendant ainsi ses lettres de noblesse.

Vestes courtes en patchwork (jogakbo jeogori)
Années 1980, Soie
© MAISON DE LEE YOUNG-HEE / tous droits réservés

En savoir plus :
L’exposition L’étoffe des rêves de Lee Young-Hee est visible au Musée national des Arts Asiatiques – Guimet jusqu’au 9 mars 2020.

Sources:

Photo de couverture : Vestes courtes à bandes multicolores (saekdong jeogori), années 1980,
Soie, © MAISON DE LEE YOUNG-HEE / tous droits réservés

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