Pompoko : l’art de la référence

Aujourd’hui, ce n’est pas une critique cinématographique que Tokonoma vous offre mais une grille de lecture artistique et mythologique qui vous donnera la compréhension si ce n’est l’envie de voir et revoir ce film d’animation d’Isao Takahata.

Pompoko est un film du studio Ghibli sorti en 1994 au Japon et en 2006 en France. Il retrace la lutte d’une population de tanuki pour préserver de la déforestation leur habitat naturel face à l’expansion urbaine dans la région de Tama, à l’ouest de Tokyo.

Tanuki quèsaco?

Ce terme désigne à la fois un animal bien réel, un chien viverrin, et un yôkai, une créature surnaturelle du folklore japonais. C’est un personnage des contes et légendes japonais, présent depuis l’époque Muromachi (1336-1573) dans le récit de La Montagne Kachikaki. Les tanuki sont réputés comme malicieux et farceurs. On le retrouve comme le chat porte-bonheur à l’entrée des restaurants puisqu’il est aussi symbole de prospérité. On lui connaît plusieurs caractéristiques : il possède des testicules surdéveloppés qui peuvent s’étirer jusqu’à atteindre une grandeur équivalent à huit tatamis soit 13 m2! Il est aussi connu pour son don de métamorphose qu’il utilise à maintes reprises dans le film.

Grâce à ce pouvoir de transformation, Isao Takahata fait prendre à ses protagonistes différentes formes lors de leurs aventures dont certaines sont des références à l’art japonais.

Hyakki Yakô: la procession nocturne des cent démons

Procession des cent démons, détail, rouleau horizontal, encre et couleurs sur papier, datable du XVIIe siècle, attribué à Tosa Mitsuoki.
Photo : domaine public.

Cette parade est liée aux superstitions japonaises. Elle aurait pour origine une croyance populaire bien particulière : en effet les ustensiles de cuisine qui atteignaient l’âge de cent ans devaient impérativement être jetés par peur que leurs âmes ne se transforment en yôkai. Un jour, les objets décidèrent de se venger et, perdant leur nature première, des membres poussèrent sur le corps leur permettant de déambuler dans les rues et de terroriser les passants durant les nuits d’été. Dans une séquence du film, Takahata utilise ce cortège et y insère bon nombre d’esprits japonais dont l’esthétique est reprise généralement d’œuvres préexistantes, même s’ il existe bien sûr des codes de représentation. Ainsi on peut reconnaître plusieurs références : le squelette géant invoqué pour effrayer le guerrier Mitsukoni dans le Hyakko monogatari, la descente du bouddha Amida, le spectre d’Oiwa, les dieux du vent et du tonnerre respectivement représentés avec une voile gonflée pour l’un, entouré de tambours qui provoquent le tonnerre pour l’autre. On peut aussi voir un cortège de kitsune repris de Mizuki Shigeru (référence au Mariage de la renarde, 1968, peinture sur papier, revue Shônen gahô. Mizuki Productions Co, Ltd. ).

Le Heike monogatari

Au XIIe siècle, deux clans rivaux les Minamoto (ou Genji) et les Taira (ou Heike) s’affrontent pour l’autorité sur l’archipel. C’est la guerre de Genpei (1180-1185) qui se termine par la victoire de Minamoto no Yoritomo qui fut institué shogun en 1185, ce qui instaura le premier bakufu et la période Kamakura (1185-1333). Ces faits historiques donnent naissance à une abondante littérature comme le Heiji monogatari, le Hôgen monogatari et le Heike monogatari. Un passage de ce dernier est cité visuellement dans Pompoko.

Dans le Heike monogatari, les Taira, suite à une de leur défaite, fuient l’île de Yashima par la mer. Sur l’un de leur navire, une femme accroche son éventail au mât et défie le clan adversaire de l’atteindre. Nasu no Yoichi, un jeune samouraï Minamoto, réussit à l’atteindre malgré la distance et le mouvement de sa cible. Cet exploit annonce la défaite définitive de leur adversaire et, par extension annonce la chute du film.

Murata Tanryô (1872-1940), Heike monogatari, peinture. Crédit photo : domaine public.

Ainsi Pompoko, de manière insoupçonnée, se révèle être riche en références aux croyances et à la mythologie japonaises. Nous vous invitons à aller dénicher par vous-même ces références et qui sait si vous ouvrez l’œil, vous pourrez tomber sur d’autres personnages du studio Ghibli !

Pour aller plus loin :

  • CHAPTAL Stéphanie, Hommage à Isao Takahata, Ynnis Editions, 2019
  • KOYAMA-RICHARD, Brigitte, Yôkai-fantastique art japonais, Scala Eds Nouvelles, 2017
  • Une analyse web du film

Illustration principale de Clémence Trossevin.

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