Henri Cartier-Bresson immortalise la Chine au XXe siècle

Nichée au coeur du Marais, la fondation Henri Cartier-Bresson organise pour le premier anniversaire de son nouvel espace une exposition dédiée aux années chinoises d’Henri Cartier-Bresson. Un moment marquant de la carrière du photographe, Tokonoma vous explique pourquoi !

Gold Rush. En fin de journée, bousculades devant une banque pour acheter de l’or. Derniers jours du Kuomintang, Shanghai, 23 décembre 1948.
© Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Cartier-Bresson, témoin des bouleversements politiques en Chine

Âgé de 40 ans et alors qu’il a bénéficié d’une rétrospective au Museum of Modern Art (MoMA) de New York quelques mois plus tôt, Henri Cartier-Bresson reçoit en novembre 1948 une commande du magazine Life afin d’aller capturer les images « des derniers jours de Pékin« . Depuis la fin de la guerre avec le Japon en 1945, le parti communiste guidé par Mao Zedong et le parti nationaliste de Chiang Kai-Shek s’opposent dans une guerre civile. Pékin, alors appelée Beiping, est l’un des derniers bastions nationalistes et est prête à tomber aux mains du parti communiste. Cartier-Bresson réalise des clichés de Pékin avant de rejoindre Shanghai, Hangzhou et Nankin.

À Shanghai, il est témoin de l‘inflation des prix et du cours du yuan en train de s’effondrer. Imaginez la foule se précipitant dans les banques pour acheter l’or mis sur le marché par le gouvernement communiste! Cartier-Bresson rapporte que « la foule était si nombreuse que la police elle-même était immobilisée. Je suis descendu pour me frayer un chemin. Les gens autour de moi fouillaient dans mes poches. » Après avoir été publiée dans le premier numéro de Paris Match, sa photo Gold Rush. En fin de journée, bousculades devant une banque pour acheter de l’or. Derniers jours du Kuomintang (ci-dessus) fait le tour du monde et consacre Cartier-Bresson « grand reporter ».

Venu à Pékin pour deux semaines, Cartier-Bresson y passe finalement dix mois, à un moment crucial de l’histoire de la Chine au XXe siècle : la fin de la guerre civile et la mise en place du régime communiste. Il quitte la Chine à la veille de la proclamation de la République Populaire le 1er octobre 1949.

Construction de la piscine de l’Université de Pékin par les étudiants, juin 1958. © Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

Cartier-Bresson revient en Chine près de dix ans plus tard, dans un tout autre contexte : celui du Grand Bond en avant, une politique de développement économique lancée par Mao Zedong en 1958. Cette fois-ci, le photographe n’est plus seul mais accompagné d’un guide chargé de lui montrer les résultats positifs du régime communiste. Malgré cela, il réussit à retranscrire les effets négatifs du Grand Bond en avant dont l’industrialisation forcée des campagnes, l’exploitation du labeur humain, l’emprise des milices.

L’élaboration d’une pratique personnelle du photojournalisme

Célébrations du 9ème anniversaire de la République populaire, Pékin, 1er octobre 1958.
© Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

En 1947, alors qu’il vient tout juste de fonder Magnum avec Robert Capa et David Seymour, Cartier-Bresson n’est pas encore considéré comme un photojournaliste. Il était en effet surtout connu pour ses liens avec le mouvement surréaliste. Son expérience en Chine marque un tournant dans sa carrière. Obsédé par sa volonté d’exprimer la permanence de la condition humaine, de rendre compte de  » l’homme et sa vie si courte, si frêle, si menacée « , Cartier-Bresson sait saisir l’instant. Ses photographies, au cadrage toujours impeccable, comme prises sur le vif, à la sauvette, retranscrivent l’atmosphère du moment. Selon Cartier-Bresson, « Un photographe ne devrait jamais courir » mais « Respecter l’ambiance qui décrit le milieu ». Il élabore ainsi une pratique du photojournalisme plus poétique et distanciée, moins évènementielle. C’est ce qui fera sa renommée!

Scène du marché noir des pièces d’argent, Pékin, décembre 1948. © Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

À la suite de ces dix mois en Chine, Cartier-Bresson est considéré comme le photographe toujours là où il faut être, toujours présent au bon moment pour saisir les évènements clés de son époque. Surnommé l’oeil du siècle, il devient alors l’ambassadeur d’une nouvelle forme de photojournalisme. Certaines de ses photographies restent aujourd’hui encore iconiques et reflètent l’esprit de son temps.

Pour aller plus loin :

L’exposition Henri Cartier Bresson – Chine, 1948-1949 | 1958 est à découvrir jusqu’au 2 février 2020 à la Fondation Henri Cartier-Bresson.

Découvrez le dossier pédagogique de la rétrospective sur Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou pour plus d’informations sur son travail.

Image de couverture : Dans la rue des antiquaires, la vitrine d’un marchand de pinceaux, Pékin, décembre 1948. © Fondation Henri Cartier-Bresson / Magnum Photos

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