Les grottes bouddhiques de Mogao : un lumineux 492 pièces orienté Est

A l’ouest de l’empire chinois, le bouddhisme venu d’Inde s’infiltre et fait des émules. Les populations non chinoises de la région, à quelques décennies de la chute de la dynastie Han, se convertissent. Comme une sorte de profession de foi, de grands projets de constructions bouddhiques sont en route. Un immense monastère s’établit, s’agrandit et éclipse les autres, c’est le monastère de Mogao. Tok’immobilier bonjour, par ici pour la visite.

Un peu de contexte

Vue du site. Province du Gansu, Chine. CC BY 2.0

Les grottes bouddhiques de Qian Fo Dong (« Grottes des Mille Bouddha ») lieu-dit Mogao se situent dans l’actuelle province du Gansu, à quelques kilomètres du district de Dunhuang, soit à une journée de marche pour les courageux. Là, on est déjà les pieds dans le sable, plus à l’ouest c’est l’immense dépression désertique du Taklamakan. C’est une zone multiculturelle à cheval entre l’Asie centrale, les mondes chinois, tibétain et mongol. Ces grottes ne sont pas juste des excavations : elles abritent un monastère. C’est alors un ensemble de chapelles mais aussi des cellules et des lieux de vie pour les moines. Ce complexe appartient donc à la catégorie des monastères excavés (creusés dans la roche), une tradition originaire de l’Inde dont l’exemple le plus fameux est le complexe des 29 grottes d’Ajanta dans l’actuel état du Maharastra. Les chapelles ont été creusées les unes après les autres dans une démarche d’ex-voto. L’initiative revient aux turques Tuoba, fondateurs de la dynastie des Wei du Nord et maîtres de la majeure partie de la Chine du Nord entre le IVe et le VIe siècle de notre ère, en fervent bouddhistes qu’ils sont. Par ailleurs, des donateurs plus modestes ont pu faire commande d’excavations pour générer des bienfaits sur eux-mêmes, leur famille, ou même des proches décédés. Pratique mais coûteux.

Une mine d’or artistique

Bodhisattva Avalokiteshvara (détail), grotte n°57, peinture murale, dynastie Tang (618-907), Grottes de Mogao, in situ. Domaine public

L’excavation s’étend du IVe siècle au XIIe-XIIIe siècle et les grottes présentent plus de 40 000 m² de peintures murales, assorties de sculptures en stuc peint. Cela laisse présager une immense diversité iconographique. Et c’est le cas. C’est un immense répertoire iconographique, on peut ainsi comparer les iconographies et l’évolution des compositions siècle après siècle. Les chapelles comprennent, soit une mise en valeur d’un bouddha ou d’un bodhisattva en triade sculptée, soit un pilier symbolisant un stupa. Sur les murs sont représentés des épisodes de la vie du Bouddha, des épisodes de ses vies antérieures (ce que l’on appelle des jataka) ou bien des scènes de débats religieux, voire même des vues du paradis. Avec une telle amplitude chronologique, il s’agit aussi d’un répertoire stylistique. Dans les grottes les plus anciennes s’épanouit un style extrêmement proche de ce qui se fait en Asie centrale avec de fortes influences indiennes. C’est le style qui prévaut à l’arrivé des Wei du Nord. Mais on retrouve également celui nettement plus sinisé de la cour des Tang (618-907) et que les moines ont appris à maîtriser plus tard. L’essentiel des grottes, par ailleurs, date de la dynastie Tang. Les Mongols sont les derniers à y faire des ajouts.

Un trésor dans une « bibliothèque »

Paul Pelliot déchiffrant à la lumière d’une bougie dans la grotte n°17, 1908, photographie. Domaine public

Les grottes de Mogao représentent enfin un immense apport pour la philologie chinoise et tibétaine. Plusieurs dizaines de milliers de documents, peintures et objets ont été entreposés dans une grotte murée, découverte en 1906 par l’abbé taoïste responsable du site. Le Britannique Aurel Stein, le Français Paul Pelliot, puis les Russes et les Japonais se les partagent, permettant par la suite des avancées spectaculaires en histoire, histoire de l’art, littérature, sociologie historique et sciences religieuses à l’époque. On n’imagine pas non plus l’apport conséquent de l’étude de ces documents en bouddhologie et en linguistique. De nombreuses langues perdues de l’Asie centrale ont ainsi pu être redécouvertes. Et des sutra bouddhiques perdus dans d’autres régions d’Asie y ont été retrouvés avant d’être traduits. On apprend aussi pêle-mêle que le prix d’un cheval sur un marché de Dunhuang au VIIIe siècle est de quelques rouleaux de soie, que l’établissement sauvage d’un stand sur le marché vous vaudra tant de coup de bâtons, ou encore que la denrée que tout le monde s’arrache dans la région, et même au-delà, c’est le raisin (Château Turfan Excellence)! Pour l’histoire de l’art du Tibet, c’est aussi une avancée considérable. Très peu de peintures pouvaient avant cette découverte témoigner du style de la peinture tibétaine durant la période d’expansion de cet empire.

Pour faire court, il y a de TRES nombreuses pièces, avec cellules de moines, chapelles, et même une bibliothèque! Nous avons un décor de première importance et plutôt omniprésent. Il y a de très nombreuses commodités à une journée de marche. Région cosmopolite, très animée, réputée pour son sable toujours chaud et son raisin. Parfait pour un jeune couple dynamique amateur d’art. Sinon, nous avons d’autres biens à proposer. Il faut savoir que les Wei du Nord ne se sont pas arrêtés à l’ouest chinois. Si vous le souhaitez, d’autres visites sont possibles aux grottes de Yungang ou de Longmen…

Pour aller plus loin :

Photographie de couverture : Vue de la grotte n°275, Grottes de Mogao, dynastie des Wei du Nord, peinture et stuc peint, in situ. CC BY-SA 4.0

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