Image d’un paradis : le Byôdô-in

C’est dans la ville d’Uji, au sud-est de Kyôto, que se dresse l’un des monuments les plus célèbres du Japon. Construit vers 1052, le Byôdô-in, aussi connu comme le Pavillon du Phénix, est un ancien palais devenu temple. Il renferme parmi les plus grands trésors de la sculpture bouddhique japonaise…

L’époque Fujiwara : aristocratie, bouddhisme et fin du monde

On nomme souvent l’époque qui s’étend de 894 à l’an 1185 « Période Fujiwara », d’après la famille aristocratique qui parvient alors à prendre un pouvoir croissant jusqu’à occuper la régence par des mariages successifs. Si on lui doit la construction du bâtiment qui nous intéresse, le clan Fujiwara est également à l’origine d’une diffusion sans précédent du culte du Bouddha Amida (Amitabha en sanskrit).

Amida est le nom japonais du Bouddha protecteur de l’Ouest. L’essor de son culte est lié à la croyance de plus en plus courante dans le raigo, que l’on traduit par « descente d’Amida ». Selon cette tradition, le Bouddha, escorté de sa cour, descendrait de son paradis pour recueillir l’âme du fidèle et la mener dans son royaume afin qu’elle y renaisse. Pour bénéficier de ce privilège, rien de plus simple ! Le croyant est tenu de pratiquer le nembutsu, acte de foi qui consiste simplement à répéter dix fois le nom d’Amida.  L’Amidisme offre ainsi la voie de salut la plus facile parmi les nombreuses traditions bouddhiques. Cette facilité n’est pas de trop dans un Japon du XIe siècle où l’on croit communément à l’arrivée prochaine du mappô, c’est-à-dire la fin de la Loi bouddhique et donc l’apparition de troubles majeurs.

Toit du Hôôdô, Byôdô-in, Uji, 1052-1053, Crédits photo : David Pujos, 2019

De palais à temple

A l’origine résidence d’été de Fujiwara Michinaga, c’est à son fils Yorimichi que revient à sa mort le palais. Yorimichi bâtit en 1052 le Hôôdô, salle du phénix, seul élément encore debout aujourd’hui. On considère que ce pavillon aux proportions harmonieuses constitue l’un des rares témoignages visibles de l’architecture civile de cette époque, dont il reprend les codes avec des pavillons reliés symétriquement par des galeries couvertes, et une autre galerie à l’arrière. L’ensemble est couronné de deux phénix en bronze doré. Dédié à Amida, le bâtiment est pensé symboliquement comme une image du palais qu’habite le Bouddha dans sa Terre pure de l’ouest. Il fait en effet face à un grand jardin et se reflète dans un étang. C’est dans ce plan d’eau que les âmes sauvées par Amida doivent renaitre sur des fleurs de lotus.

Le Bouddha Amida, Hôôdô, Byôdo-in, 277 cm de haut, sculpté par Jôchô, bois doré, crédits photo : David Ramirez

Cette illustration très littérale du paradis d’Amida est complétée dans le pavillon principal par la représentation sculptée d’un raigo. L’image principale est un Amida en bois sculpté et doré, que l’on doit à Jôchô, artiste considéré comme l’un des plus virtuoses de son temps. Il prend place sur un trône en forme de lotus pour une hauteur totale de près de quatre mètres de haut! L’œuvre est représentative du style Fujiwara par ses yeux mi-clos, sa fine moustache, ses formes pleines et un goût pour le raffinement tel qu’on ne le trouvait pas dans des sculptures antérieures. Autour du Bouddha sont fixées de nombreuses représentations plus petites de boddhisattvas et de divinités musiciennes, qui accompagnent la divinité dans sa descente sur terre. Chaque figure est représentée sur un nuage, avec une grande richesse de costumes et d’expressions.

Boddhisattva en prière, bois sculpté anciennement polychrome, Byôdô-in, Uji ; Photo libre de droit

Il est admis que l’œuvre de Jôchô a servi de modèles à de nombreuses sculptures plus tardives, marquant la naissance d’un véritable style émancipé des modèles chinois, les relations avec l’empire des Tang ayant été rompues en 894. Les qualités architecturales du bâtiment sont elles aussi très admirées, et ce jusqu’à aujourd’hui : il orne le revers des pièces de dix yens, et une réplique a même été construite à Hawaii !

Pour aller plus loin :

  • Pour admirer des photographies en haute définition du temple et des très belles statues qui l’ornent, rendez vous sur le site du Byôdô-in

Sources :

  • KIDDER, J.Edward ; Arts du Japon ; Nathan ; 1985

  • MURASE, Miyeko ; L’Art du Japon ; Le Livre de poche ; La Pochotèque, Encyclopédies d’aujourd’hui ; 1996

Image de couverture : Le Byôdô-in en cours de restauration, Uji ; Crédits photo : David Pujos, 2019

 

 

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