La légende incroyable : Bouddha

Cet été, le Musée national des arts asiatiques – Guimet a l’honneur de présenter certainement l’une des expositions les plus prestigieuses de son histoire. « Bouddha, la légende dorée » vous livre le récit de la vie du célèbre fondateur du bouddhisme au travers d’œuvres issues de toute l’Asie sans exception ! 

 

Le fil rouge

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Bouddha assis faisant le geste de la prédication, Corée, époque Goryeo, 11e-12e siècle, bois doré, MNAAG

 

Le parti pris pour raconter la vie du Bouddha historique est bien celui de commencer par le début. Toutefois, étant donné que dans les contrées indiennes du Ve siècle av. J.-C – et pour les fidèles d’aujourd’hui également, le temps est cyclique, il est donc bien entendu qu’il faut évoquer l’ensemble de ces vies! Et il n’en a pas eu qu’une petite poignée. C’est donc après la salle introductive que l’on peut découvrir un aperçu des 547 vies antérieures de celui, qu’alors, on n’appelle pas encore Bouddha. Ces récits de vies antérieures sont désignés par le terme de jataka. Une fois la chose faite, le visiteur poursuit son chemin à travers les salles, où chaque épisode de l’ultime vie du Bouddha se trouve décrit. Chaque portion comprend un thangka tibétain montrant les étapes principales de sa vie, autour de lui d’autres œuvres évoquent les épisodes annexes. L’exposition suit son cours de la naissance à l’extinction du Bouddha, le nirvana, en passant par son mariage, son renoncement, son premier sermon, etc. Pour plus d’informations sur les épisodes de la vie du Bouddha, n’hésitez pas à consulter notre article ici. Un intermède dans la galerie courbe propose de se pencher sur les personnalités des disciples du Bouddha.

 

De l’Asie centrale au Japon

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Trois vies antérieures du Bouddha – Détail, Chine, province du Xinjiang, Tumshuq, fin du 6e – début du 7e siècle, terre séchée, MNAAG

Durant le parcours le visiteur sera à même de pouvoir constater la richesse des arts bouddhiques en Asie. On ne se lasse pas entre statues, thangkas,  manuscrits, rouleaux horizontaux, panneaux de bois, bas-relief, or, jade, tissus et photographies. Il faut dire qu’avec le fond du musée Guimet, on peut tout se permettre ! L’exposition assemble un peu moins d’une centaine d’œuvres, jamais confrontées en un espace commun. Elles sont pour une part issues des collections permanentes, et pour l’autre part sorties tout spécialement des réserves et n’ont pour certaines pas été présentées au public depuis 100 ans ! L’exposition prend le parti à certains moments de confronter les écoles et les styles locaux, d’une part pour des raisons de plaisir esthétique, et d’autre part pour communiquer au visiteur néophyte l’idée de constance iconographique. Confronter les œuvres d’Asie du sud-est avec des œuvres d’Asie centrale ou du Japon permet de comprendre que les iconographies et les codes de représentation restent les mêmes quel que soit l’endroit où l’on se trouve en Asie. Pour appuyer sa pédagogie, l’exposition propose un tableau des mudra – lire les « signes bizarres et mystérieux que font les figures bouddhiques avec leurs mains » – dont vous aurez un aperçu en lisant notre article ici.

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Florilège de têtes, bustes et sculptures du Bouddha, d’origines diverses, MNAAG

 

Une foi bien vivante

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Réduction, Takahiro Kondo, 2016, céramique, pâtes de porcelaine pigmentées et mêlées, moulées sur le corps de l’artiste, métamorphisées, glaçure avec fritte, argent, or et platine, H. = 85 cm, MNAAG

Enfin, cette exposition a souhaité s’inscrire dans la contemporanéité. La collection s’enrichie d’une oeuvre en céramique de l’artiste japonais et trésor national vivant Takahiro Kondo. Il s’agit d’une figure moulée sur le corps même de l’artiste, mais qui a subit une réduction de 20% après cuisson. Elle n’est donc pas tout à fait à échelle 1. Elle est en porcelaine pigmentée et mêlée à d’autres argiles, puis glaçurée avec fritte, argent, or et platine. Après le séisme de 2011 au Japon, l’annonce de milliers de victimes et la menace nucléaire, l’artiste a éprouvé le besoin de réaliser une oeuvre qui matérialiserait un retour aux sources et à la religion. Il se pourrait qu’il l’ait imaginée comme un memento mori, un hommage aux victimes. Il se pourrait que ce soit une figure de religieux ou d’ascète méditant, ou bien une figure du Bouddha ascète lui-même, les traits et le ventre creusé, suggérant la « diminution voire la disparition de l’humanité » (Sophie Makariou). Sans doute y a-t-il un peu de tout cela. C’est en tous cas une figure qui frappe par l’émotion qu’elle véhicule.

Finalement, l’exposition se veut être un hommage au fondateur du musée, Emile Guimet. Il voulait un musée des religions asiatiques, le musée en garde la marque. Cette exposition fait preuve d’une grande pédagogie pour quiconque n’aurait été initié au bouddhisme. Mais les plus connaisseurs trouveront toutefois à en apprendre d’avantage. Le musée Guimet profite de ces fonds pour contenter nouveaux venus et habitués des collections, réunir des objets d’exception, comme jamais ce ne fut le cas ailleurs dans le reste des institutions d’art asiatique. 

Pour aller plus loin :

« Bouddha, la légende dorée »
du 19 juin au 4 novembre

Musée national des arts asiatiques – Guimet
6 place d’Iéna, 75016, Paris

Articles connexes : 
Il suffira d’un signe… d’un mudrā !
La naissance du bouddhisme
La vague du Mahayana dans l’océan du bouddhisme
Le bouddhisme tantrique expliqué

Bibliographie :

BEGUIN, Gilles, L’Art bouddhique, Paris : CNRS éditions, 2009

CORNU, Philippe, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Paris : Editions du Seuil, 2006

Image de couverture : Les assauts de Mara ; scènes de la méditation d’Eveil du Bouddha Shakyamuni, Chine, province du Gansu, oasis de Dunhuang, grottes de Mogao, époque des Cinq Dynasties, première moitié du 10e siècle, peinture, encre, or et couleurs sur soie, MNAAG

Crédit photographique : Eléonore Nancy et Julie Robin

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