Les Geishas, art de vivre ou oeuvres d’art ?

Exotisées, érotisées, les geishas ont été érigées par les Occidentaux comme le fantasme de la femme asiatique. Pourtant, le mode de vie des geishas est cantonné à l’unique Japon, et elles sont considérées là-bas comme de véritables chefs-d’œuvre. Et si on vous aidait à démêler tout ça ?

Clichés et a priori

L’un des premiers éléments qui vient en tête quand on évoque l’univers des geishas, c’est le film multi-récompensé Mémoires d’une Geisha, sorti en 2005. Il s’agit d’une production sino-américaine, réalisée par Rob Marshall (producteur de Pirates des Caraïbes), d’après le livre de l’auteur américain Arthur Golden. Rien ne vous étonne quand à la présence japonaise, qui est inexistante  ?

Certes, bien que l’authenticité japonaise manque, le film est visuellement réussi, la bande originale a été encensée par tous, et l’ensemble a l’avantage de mettre en lumière un sujet moins bien connu, celui des geishas. Cependant, la production reste très hollywoodienne, avec des scènes mythiques comme celle de la formation de la principale protagoniste. Mais on a beau aimer le film, il faut le reconnaître, ce n’est pas complètement la réalité.

 

Pour commencer, il faut établir une différence nette entre les geishas et les oiran. Alors que le premier terme signifie « personne qui pratique les arts », le second se traduit par « premières fleurs », il s’agit en fait de courtisanes de très haut niveau. Les geishas ne sont pas des prostituées, contrairement aux oirans, mais des femmes qui maîtrisent les différents arts japonais, tels que le go, le shamisen (un instrument de musique), la danse. Elles sont payées pour leur compagnie uniquement !

À l’origine de cette confusion ? les oiran, des prostituées de haut rang, apprenaient aussi à maîtriser les différents arts du chant, de la danse et des lettres pour satisfaire plus grandement leurs clients. Mais surtout, les oiran ont existé bien avant les geishas …

oiran
Un groupe d’oirans d’Edo, district d’Edo (1756-1829), Chōbunsai Eishi, Metropolitan Museum, domaine public 

Un peu d’histoire

Le terme d’oiran a été employé pour la première fois dans les premières années de l’ère Edo (1603-1868), lorsque les maisons closes ont été bannies des villes et rassemblées dans des quartiers fermés nommés « quartiers des plaisirs ». Pour la ville d’Edo, l’actuelle Tokyo, il s’agissait du célèbre quartier de Yoshiwara. Il existait différents rangs d’oirans dans les maisons closes, allant de yujo, la simple prostituée, à tayu, le rang le plus élevé. Il existait des règles très strictes régissant la vie de ces femmes. Par exemple, une tayu n’était en droit d’accepter des faveurs sexuelles qu’au bout de la troisième visite  d’un client !

Au cours du XVIIIème siècle, les oirans, de plus en plus inaccessibles et obsolètes  car enfermées dans un système de traditions complexes et dépassées connurent leur déclin. Tandis que les geishas, au début simple accompagnantes des oirans, plus simplement vêtues et plus au goût du jour, parce que formées pour répondre aux goûts des seigneurs de la guerre, connurent de plus en plus de succès.

Tout au long du XIXème siècle, de nombreuses lois font bien la distinction entre geishas et prostituées et régissent même les tarifs des prestations des geishas ! Bien qu’en déclin, il existe toujours des geishas aujourd’hui au Japon, qui se placent comme gardiennes de la tradition des arts japonais.

Mais comment devient-on une geisha ?

Les apprenties geishas sont nommées la plupart du temps les maiko, mais aussi hangyoku ou oshakusan selon les régions. Pendant longtemps, c’étaient des jeunes filles vendues aux okiya, maison de thé, par leur famille pauvre. Rassurez-vous, depuis 1957, l’école étant obligatoire, il faut attendre ses quinze ans pour devenir une maiko.

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Une geisha et son apprentie, netsuke de la fin du XVIIIème siècle, Metropolitan Museum, domaine public

L’okiya va investir sur ses jeunes filles afin qu’elles apprennent la calligraphie, la danse, le chant, un instrument de musique comme le shamisen, mais aussi les lettres ou le go. Cela constitue les dettes d’une maiko, qu’elle devra rembourser à l’okiya pendant ses premières années en tant que geisha. On reconnaît les geishas, à leur kimono et à leur ceinture obi nouée dans le dos. Lors des grandes cérémonies, le rang et l’âge d’une geisha se reconnaissent à la couleur de son kimono, et au nœud de son obi.

En somme, les geishas actuelles sont les gardiennes de traditions ancestrales, puisqu’elles pratiquent plusieurs arts typiquement japonais. Mais le choix de ce mode de vie fait d’elles de véritables artistes virtuoses, que l’on pourrait considérer comme une oeuvre d’art en soi. En revanche, leur fonction n’implique absolument pas de vendre leur corps. Aujourd’hui, vous pouvez les admirer dans les grandes villes lors de certaines processions, ou même en train de se promener tranquillement. Saurez-vous reconnaître une geisha et sa maiko ? 

 

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Photographie peinte d’une geisha et de son shamisen, fin du XIXème siècle, Metropolitan Museum, domaine public

 

Pour en savoir plus : 

  • Mémoires d’une geisha, Inoue YUKI
  • La courtisane d’Edo, Kanoko SAKURAKOUJI

 

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