Le Dit du Genji, un classique japonais illustré

Cap sur le Japon pour ce nouvel épisode de notre série sur les grandes œuvres littéraires ! Aujourd’hui, on vous parle du Dit du Genji, ou Genji Monogatari… Un chef-d’œuvre littéraire qui a suscité aussi un chef-d’œuvre pictural !

L’œuvre d’une poétesse

Le Genji Monogatari, ou Dit du Genji, est un roman en 54 livres écrit entre 1005 et 1011, soit en pleine époque Heian (794-1185). Fait rare à cette époque, son auteur est une autrice, nommée Murasaki Shikibu.

Fille d’un secrétaire travaillant au département des rites, Murasaki Shikibu (978-1014) bénéficie de l’enseignement que reçoit son frère. En assistant aux leçons qui sont destinées à tout jeune garçon de la cour, elle apprend notamment à maîtriser les idéogrammes chinois, une culture habituellement refusée aux femmes.

Dit du Genji 1. Domaine public
Une scène de cour : des femmes se coiffent ou lisent, cachées par les cloisons. Encre et couleurs sur papier, vers 1120-1140, Musée de Tokugawa, Nagoya. Domaine public.

Les femmes poétesses existent en effet à cette époque, mais elles sont tenues de ne s’exprimer qu’en kana, ces caractères propres au Japon. Ceux-ci ont été créés spécialement pour elles, afin qu’elles puissent rédiger de courts poèmes de 31 syllabes, les waka. Ces poèmes sont avant tout des jeux de cour, qui permettent notamment aux femmes de communiquer avec les hommes, qu’elles ne voient pas hormis à travers un rideau. Pas question d’écrire un roman donc ! C’est pourtant ce que va faire Murasaki Shikibu, qui laissera d’ailleurs aussi un journal.

Une fresque poétique

Le Dit du Genji relate l’histoire du Genji, un terme qui correspond en fait à un titre, celui de prince. Le Genji est le fils de l’empereur, mais il ne régnera jamais ! Le récit suit de nombreux personnages durant 70 ans, sur trois générations, et s’intéresse en particulier à la vie amoureuse du Genji.

À travers des jeux d’échos entre les histoires des différents personnages, le récit met en valeur le mono no aware, ou « touchante mélancolie des choses »… Ce concept s’exprime par exemple à travers les amours contrariées du Genji, puis de son fils caché : le Genji revit ainsi à travers son fils les aventures amoureuses impossibles de son passé.

Dit du Genji 3
Le Genji face à son fils caché, à qui il ne peut révéler son identité. Encre et couleurs sur papier, vers 1120-1140, Musée de Tokugawa, Nagoya. Domaine public.

Le Dit du Genji rencontre un grand succès auprès de l’aristocratie durant l’époque Heian : on le lit assidûment, et les aristocrates s’identifient à certains personnages. Certains chapitres sont plus connus que d’autres ; ce sont souvent ceux-ci qui sont illustrés !

Un récit richement illustré

Le Genji Monogatari donne lieu à la réalisation de rouleaux enluminés entre 1120 et 1140. Cet ensemble est d’une ampleur jusque là inédite : il se compose de dix rouleaux, chacun faisant environ dix mètres. On y trouve en alternance les textes et des illustrations, peintes dans des couleurs très vives, qui ont aujourd’hui un peu passé.

Di du Genji 2
Un prince console son épouse en jouant du pipa, sorte de luth. Encre et couleurs sur papier, vers 1120-1140, Musée de Tokugawa, Nagoya. Domaine public.

Ces illustrations sont réalisées selon une méthode propre à l’époque Heian, et particulièrement reconnaissable ! Les personnages ne sont pas individualisés : leurs yeux sont un trait horizontal, le nez est en forme de crochet, et la bouche est constituée d’un point rouge. Quant aux décors, ils sont rendus à travers la technique des toits enlevés : les scènes prennent place dans des intérieurs de palais japonais, organisées par des cloisons, et sont vues du dessus, comme si le toit avait disparu. À travers cette mise en image, on en apprend beaucoup sur le grand raffinement de l’aristocratie de l’époque Heian, et notamment sur les rapports très codifiés entre les hommes et les femmes…

Oeuvre monumentale et tentaculaire, le Dit du Genji est un chef-d’œuvre littéraire qui a très vite été indissociable de ses représentations picturales. Encore aujourd’hui, il constitue l’un des ouvrages les plus fameux du Japon !

Pour en savoir plus :

Le Dit du Genji continue d’inspirer les artistes : vous pouvez découvrir une version brodée et contemporaine de cette oeuvre au Musée National des Arts Asiatiques – Guimet, qui vous permettra notamment d’appréhender ce que pouvaient être les vives couleurs d’origine !

Vous pouvez retrouver le journal de Murasaki Shikibu ici.

Et pour en savoir plus sur l’époque Heian, vous pouvez (re)lire notre article !

Image de couverture : Genji Monogatari Emaki, encre et couleurs sur papier, vers 1120-1140, Musée de Tokugawa, Nagoya. Domaine public.

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