Vers l’Asie et ses infinis

La nouvelle exposition du Musée Guimet a ouvert ses portes le 20 février et nous y promet les « Infinis d’Asie ». Pour ce voyage, notre chef de bord est Jean-Baptiste Huynh, photographe franco-vietnamien dont les œuvres investissent les salles du musée. Départ imminent, direction le Vietnam !

Première étape : le Vietnam

Jean-Baptiste Huynh nous raconte ici ses voyages en Asie en trois séquences, de 1994 – date de son premier voyage – à aujourd’hui. Il a choisi de faire débuter le parcours par sa toute première vision de l’Asie – du Vietnam en l’occurrence – qui devient également notre première vision de son Asie. A bord d’un avion qui vient d’atterrir, nous nous apprêtons donc à débarquer et commencer la visite.

Par ce voyage, c’est avant tout à la recherche des origines de son propre visage que Huynh se lance. Il étudie ainsi les visages qui l’entourent, notamment celui de Huyen. Chaque année depuis 1996, il la photographie. Sous son objectif, la petite fille de 11 ans se mue en adolescente de 13 ans, jeune fille de 18 ans, puis femme de 31 ans. C’est donc tout naturellement que la photo choisie pour l’affiche de l’exposition est un détail du visage de Huyen. Son œil, en particulier, pour tout ce qu’il représente. La bride évoque le singulier caractère asiatique d’un visage, et l’épure de la photo donne à la ligne des cils quelque chose de calligraphique, un côté abstrait.

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Vue de l’exposition – série de portraits de Huyen. Jean-Baptiste Huynh

Carnet de voyage

Chaque voyage s’accompagne d’un projet de livre pour Jean-Baptiste Huynh. Il nous présente quelques photos de la même manière qu’il les met en page dans ses livres : des séries de portraits, de l’enfance à l’âge adulte, en alternance avec des natures mortes portant l’essence de la culture de ses modèles. Pour chaque pays ses choix diffèrent donc, tant au niveau esthétique que symbolique.

Par exemple au Japon, dont la culture extrêmement sophistiquée et codifiée l’a attiré, il traduit ce sentiment d’une esthétique précise, poussée, par des photos d’une grande rigueur auxquelles le choix du noir et blanc s’accorde parfaitement. Au contraire, en Inde, selon Huynh, le travail en couleur s’impose et le noir sert seulement de fond à ses sujets.

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Tissus aux couleurs de l’Inde. Jean-Baptiste Huynh

Jeux de miroirs en photographie

Après le Vietnam, Huynh voyage partout dans le monde, au gré de ses inspirations – l’exposition se concentre toutefois sur l’Asie. Il nous propose alors des portraits de mères et enfants, un thème classique en histoire de l’art, qu’il détourne par des photos de jeunes hommes chacun accompagné d’un petit animal, dont la construction reprend celle des mères et enfants leur faisant face dans l’exposition. Plus tard, toujours dans cette idée de communiquer avec des modèles artistiques plus anciens, il s’approprie une partie des collections du Musée Guimet, qu’il portraiture également. Tant dans ses photos tout en rondeur de bols et miroirs que dans les portraits des statues qu’il fait poser pour lui, Jean-Baptiste Huynh questionne l’image de soi, des autres, la construction que chacun fait de sa propre image. Ces miroirs anciens dont tout reflet a aujourd’hui disparu nous forcent à un abandon du paraître, leur face désormais opaque nous demande ce que l’on cherche finalement en eux, et nous renvoient paradoxalement à notre être intérieur.

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Miroir antique du Musée Guimet. Jean-Baptiste Huynh

Il poursuit ce jeu sur l’être et son reflet dans la toute dernière salle de l’exposition, en photographiant des reflets de femmes dans d’anciens miroirs de mercure. En faisant la mise au point sur les multitudes d’étoiles de mercure, il donne à ces femmes une dimension cosmique, éthérée, hors du monde. Leur reflet les dépasse alors, et bien qu’ils semblent flous et lointains, leur présence n’en devient que plus forte au gré de l’éclairage changeant de la salle.

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Reflet de jeune femme et paillettes de mercure. Jean-Baptiste Huynh

Si cet article vous laisse songeur, vous avez jusqu’au 20 mai pour aller découvrir l’exposition au Musée Guimet, scénographiée par l’artiste qui nous fait ainsi totalement pénétrer dans son univers, ses infinies visions de l’Asie.

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