Tadao Ando : architecture, nature et é(motion)pure

En lien avec l’événement Japonismes 2018, les âmes en résonance, le Centre Pompidou propose une exposition autour de l’architecte contemporain Tadao Ando jusqu’au 31 décembre 2018. On y est invité à cheminer au milieu de ses plans, croquis, maquettes et photographies, qui nous plongent au cœur d’une cinquantaine de projets de l’artiste…

Quelques mots sur Tadao Ando

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Tadao Ando, photographie de l’exposition

Commençons par faire les présentations… Né en 1941 à Osaka, Tadao Ando est un architecte assez peu orthodoxe ! En effet, n’ayant pas suffisamment d’argent pour entrer dans une école d’architecture, il se forme à cet art en autodidacte, en parallèle de sa carrière de boxeur professionnel ! Pour former son œil et forger sa technique, il recopie inlassablement les plans et schémas de Le Corbusier – plus particulièrement ceux de la Villa Savoye (1929-1931) – et entame en 1965 un voyage à travers l’Europe, aux États-Unis et en Afrique. On comprend alors d’où vient sa prédilection pour l’emploi du béton lisse et de formes géométriques simples.

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Tadao Ando, Maquette de la maison Azuma à Sumiyoshi, 1975-1976, Osaka, Japon

Si on observe bien les espaces construits par Tadao Ando, on remarque qu’une chose y occupe une place de premier ordre… Le vide ! C’est en effet à travers lui que Tadao Ando joue avec la lumière, l’ombre et développe chez le visiteur ce qu’il appelle « une expérience de l’espace ». On le perçoit de façon très nette à travers ses photographies, un autre art auquel Tadao Ando s’est essayé. Cette lumière peut également revêtir une symbolique toute particulière, comme dans son Église de la lumière (1989), dans laquelle la lumière du jour pénètre par des fentes en forme de croix chrétienne, ce qui permet, selon Tadao Ando, de fédérer toute la communauté réunie lors des célébrations religieuses.

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Tadao Ando, Série de photographies de l’Église de la lumière, 1989

Outre la lumière, l’architecte prend en compte un autre élément naturel dans ses réalisations : l’eau. Il installe par exemple certaines de ses architectures au bord d’étendues plus ou moins vastes, que le visiteur peut observer par de larges baies vitrées. Un exemple étonnant et symbolique, à nouveau, de cet élément  est le Temple de l’eau (1989-1991). Pour pénétrer au sein de ce temple bouddhique, il faut descendre les marches sur le toit de l’habitation au milieu d’un étang où fleurissent des lotus ! Peut-être que cela vous rappelle quelque chose ? C’est une évocation la Terre Pure de l’Ouest du Buddha Amida, sorte de paradis constitué d’une vaste étendue d’eau couverte de lotus au cœur desquels renaissent les fidèles après leur mort !

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Tadao Ando, Maquette du Temple de l’eau, 1989-1991, Awaji, Hyogo, Japon

A la ville, à la campagne : Tadao voit les choses en grand !

Après la réalisation de quelques édifices modestes, Tadao Ando s’attelle à des projets d’une autre envergure à partir de la fin des années 1980 ! A l’époque, les constructions urbaines japonaises sont les héritières de l’architecture rationnelle et fonctionnelle d’après-guerre. Mais Tadao s’oppose à cette vision froide de l’architecture et dit par ailleurs, bien plus tard : « Je veux en tout cas construire quelque chose qui touche ses habitants et ceux qui les entourent » (Entretien avec Frédéric Migayrou le 8 avril 2018).

Pour changer cela, il décide de revenir à une architecture qui fait corps avec la nature et qui s’adapte au contexte géographique, topographique mais aussi historique. Au Japon et à l’étranger, il travaille ainsi sur des projets de musées, de centres commerciaux, d’ensembles d’habitations, dont les espaces de circulation sont parfois souterrains, afin de laisser une place privilégiée au paysage environnant. Parmi ses plus grands projets, il investit l’île de Naoshima sur laquelle il construit sept bâtiments en trente ans !

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Tadao Ando, Maquette de l’île de Naoshima, en travaux depuis 1987, Japon

Tadao Ando s’empare également de certains édifices anciens chargés d’histoire. Lors de rénovations, comme celle de la Bourse de Commerce à Paris (en travaux depuis 2016), Tadao Ando produit un contraste entre l’architecture passée et ses ajouts en béton ! Son but : établir un dialogue entre passé, présent et futur.

 

 

 

Architectures urbaine, rurale, spirituelle, muséale, quotidienne, Tadao Ando a touché à de nombreux types de constructions ! Lumière, eau, paysage sont en perpétuelle corrélation dans son travail, où la forme géométrique domine. Encore actif aujourd’hui sur la scène internationale, il est parfaitement conscient que ses réalisations ne peuvent être matériellement éternelles, l’architecture n’étant qu’une vaine tentative de l’homme luttant contre son destin mortel, l’architecte tente toutefois de graver ses constructions dans le cœur des hommes…

 

Pour plus d’informations sur l’exposition :

Exposition « Tadao Ando – Le Défi » au Centre Pompidou, du 10 octobre au 31 décembre 2018 : si vous avez assez de temps lorsque vous ferez l’exposition, restez assis pour écouter l’entretien (de 42 minutes) entre Tadao Ando et Frédéric Migayrou ! Pour les plus pressés, il est en grande partie résumé sur le site du Centre Pompidou.

Image de couverture : Tadao Ando, Détail de la maquette de la résidence Rokko III, 1992-1999, Kobe, Hyogo, Japon

Crédits photographiques : Hélène Trébuchet (photographies de l’exposition)

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