Essor culturel et chute du shogunat : le paradoxe de l’époque Muromachi

L’histoire du Japon est traditionnellement subdivisée en 14 périodes. Aujourd’hui, c’est de celle de Muromachi dont nous allons vous parler ! Ses bornes chronologiques ne sont pas bien établies, nous dirons donc ici qu’elle s’étend de 1336 à 1573 – période correspondant au shogunat du clan Ashikaga. L’époque Muromachi tire son nom du quartier de Kyôto où il choisit d’installer son bakufu. Cette période se situe à la fin de la période féodale, vers l’époque moderne, car c’est alors que le Japon s’ouvre à l’étranger et se développe fortement au niveau des arts et de la culture…

 

Un peu d’histoire…

Le fait marquant de l’époque Muromachi est l’effondrement de l’autorité shogunale sur les daimyo – c’est surtout à partir de 1467 que la situation se détériore, après une période d’apogée sous le troisième shogun Ashikaga (1368-1408). Ce « drame » politique est toutefois associé à des changements positifs pour le développement du Japon, avec des échanges fertiles et un essor culturel important. Les villes grandissent et accueillent pour certaines des Occidentaux, apportant le christianisme et les armes à feu – un cocktail plutôt explosif habituellement. C’est pour cela que certains considèrent cette époque comme le début du Japon moderne, mais également car les techniques agricoles s’affinent, améliorant ainsi les rendements et la nourriture quotidienne. Les artisans forment des corporations, certains même exportent des objets (sabres, paravents, éventails…) vers la Chine ! Le principal frein à ces échanges féconds étant le climat d’insécurité constante, due à la rébellion des daimyo.

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Portrait du 3ème shogun Ashikaga Yoshimitsu, domaine public

Malgré cette effervescence, et après une longue période de troubles, la page Muromachi se tourne définitivement lorsque Oda Nobunaga chasse le dernier shogun Ashikaga Yoshiaki de Kyôto, inaugurant la période de Momoyama – que l’on vous garde au chaud pour la semaine prochaine.

 

…de l’art !

Durant la période Muromachi, les arts sont marqués par le bouddhisme zen. Ils comptent également des activités aujourd’hui encore étroitement associées à la culture japonaise ; on parle ici naturellement de la cérémonie du thé, du théâtre , de l’ikebana, mais aussi de la peinture au lavis sumi-e , la poésie renga, et les jardins secs. Evidemment, nous ne pouvons pas tout aborder ici, mais cela donne une petite idée de ce dans quoi vous embarquez ! On va donc vous parler de théâtre, pour changer un peu.

Vous l’avez probablement déjà lu, mais dans notre article sur la période Kamakura nous évoquons le fait que le Japon se libère de l’influence chinoise et suit sa propre voie. Ici nous pouvons goûter le fruit de ces efforts dans la création d’un nouveau théâtre : le , équivalent de nos tragédies (associé au kyôgen), plutôt pour les comédies!). Ces formes de théâtre ne sont pas tout à fait codifiées. Le est plus raffiné, mais des scènes de kyôgen pouvaient parfaitement lui servir d’intermèdes bien que ce soit un théâtre en langue vulgaire. Les drames du allient le théâtre à la danse, et leur mise en scène est soutenue par des masques peints très expressifs – servant aussi de repères aux spectateurs, et dont les codes permettent de différencier les gentils des méchants, pour faire simple. Les shogun Ashikaga, très tournés vers les arts, n’ont bien sûr pas délaissé le théâtre. Sous leur protection, il connaît donc un plein épanouissement à cette époque.

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L’acteur de nô Kanze Kasetsu en costume de démon, 1943. Domaine public

Très portés sur les arts délicats, on imagine bien que les Ashikaga appréciaient de jouir d’un certain raffinement à tous niveaux de leur environnement. On retient effectivement de leur règne deux prestigieux édifices : le pavillon d’argent (Ginkaku-ji) et le pavillon d’or (Kinkaku-ji) – ce dernier inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le troisième shogun Ashikaga Yoshimitsu, dont nous avons déjà évoqué le nom plus haut, construit le pavillon d’or pour s’y retirer en 1397. Le temple et son jardin ne sont toutefois plus ceux d’origine, qui détruits par deux fois durant la guerre d’Ônin au XVe siècle puis en 1950 ont dû être reconstruits. Les répliques que nous pouvons aujourd’hui contempler datent donc de 1955. Le pavillon d’argent est construit par Ashikaga Yoshimasa, son petit-fils qui souhaitait, non pas égaler, mais dépasser la beauté du pavillon d’or en couvrant son pavillon de feuilles d’argent ! A cause de la guerre d’Ônin, le projet ne fut toutefois jamais mené à bien, et le pavillon d’argent est aujourd’hui plutôt connu pour sa sobriété en comparaison avec le pavillon d’or… Il semblerait que Yoshimasa ait raté son coup !

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Pavillon d’or (Kinkaku-ji), source : Wikimedia communs, photo : Ornella Malagutti

 

Et maintenant, à table !

Pour terminer sobrement sur une note de sel, parlons cuisine. Le commerce enrichissant la bourgeoisie, celle-ci est à la recherche de raffinement, et le trouve dans une cuisine qui évolue. On modifie donc la disposition des plats, la façon et l’ordre de dégustation, et la cérémonie des couteaux change aussi, jusqu’à la façon de découper les poissons ! C’est à cette époque qu’ouvrent les premières écoles de cuisine ; la discipline devient « huppée ». En goûtant des plats du passé, au-delà d’un certain goût de moisi probablement bien installé si votre assiette a 600 ans, vous sentirez notamment les goûts du soja et de l’algue qui nous sont aujourd’hui familiers lorsqu’on parle de cuisine japonaise. Comme quoi, si les choses ont changé à cette époque, c’est peut-être pour le mieux !

Après vous avoir ainsi ouvert l’appétit – intellectuel évidemment –, il est temps pour Tokonoma de vous laisser là. Vous l’aurez bien compris dans cet article ; la période Muromachi est forte du paradoxe qui la constitue. C’est donc un Japon au comble du raffinement mais déchiré par les guerres qui se présente à nous durant un peu plus de deux siècles, les shogun Ashikaga étant peut-être un peu plus portés sur les plaisirs de cours que sur les affaires de ce monde… Mais de la destruction provoquée par les guerres s’ouvre toujours une ère nouvelle, et de celle-ci nous vous parlerons vendredi prochain !

 

 

Image de couverture :

Pavillon d’or (Kinkaku-ji), source : Wikimedia communs, photo : Ornella Malagutti

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