Ai Weiwei, l’artiste qui nous réveille !

« Tout est art. Tout est politique. » dit Ai Weiwei. Voilà une citation qui annonce la couleur de cet article ! Si vous n’avez pas encore eu l’occasion d’entendre parler de cet artiste contemporain ou d’aller voir l’une de ses expositions en Europe (et au-delà), Tokonoma vous propose aujourd’hui un petit aperçu de son œuvre…

Ai Weiwei
Affiche de l’exposition « D’ailleurs c’est toujours les autres » au Palais de Rumine, Lausanne

Jouons au « Qui est-ce ? »

Faisons tout d’abord connaissance avec l’artiste… Né en 1957, Ai Weiwei est le fils d’un célèbre poète chinois, Ai Qing (1910-1996). En 1958, celui-ci est envoyé par le gouvernement dans un camp de rééducation par le travail au moment du Grand Bond en avant (1958-1961). Cette période marque l’enfance d’Ai Weiwei, qui, dans son travail, ne va cesser de revendiquer sa liberté d’expression et son besoin de se rebeller contre l’autorité politique.

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Ai Weiwei, Le Pendu, 1985, cintre

Après avoir obtenu son diplôme à l’Académie du cinéma de Pékin, Ai Weiwei s’envole pour les États-Unis dans les années  1980. Il commence à créer des œuvres dans la lignée des ready-made de Marcel Duchamp. Puis vient 1989, date des manifestations de la place Tian’anmen, où des étudiants manifestent pour obtenir plus de liberté d’expression et se font repousser par les forces armées… Ai Weiwei se rend compte de la situation lorsque, de retour en Chine en 1993, il constate que les artistes de son pays ne font preuve d’aucun jugement critique dans leurs œuvres, imaginez le changement par rapport aux États-Unis ! Ainsi débute un long combat pour Ai Weiwei. Dès 1994, avec Xu Bing et Zeng Xiaojun, il décide de publier clandestinement trois livres – Le Livre noir, le Livre gris et le Livre blanc – offrant un discours critique sur l’art et ouvrant la scène artistique chinoise à l’art occidental.

 

Un œuvre polymorphe

Entre Orient et Occident, entre tradition et modernité, les œuvres d’Ai Weiwei sont riches et multiples. En effet, l’artiste touche à tout ! Il s’inspire de matériaux chinois comme le jade et la porcelaine, et de techniques traditionnelles, comme celle de la fabrication de cerfs-volants. Puis, il se les réapproprie, tout en les rattachant à notre histoire contemporaine. En 2017, il conçoit par exemple Plats en porcelaine bleu et blanc, une série d’assiettes retraçant l’histoire tragique des réfugiés. Un thème qui a une place importante dans ses œuvres actuelles et auquel il a consacré l’an dernier un documentaire, intitulé Human Flow.

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Ai Weiwei, Plats en porcelaine bleu et blanc, 2017, porcelaine peinte à la main, 34 x 34 x 6,5 cm

Mais Ai Weiwei ne s’arrête pas là : il s’attaque même à l’architecture ! Il a notamment collaboré avec le cabinet suisse Herzog & de Meuron pour concevoir le stade olympique de Pékin, surnommé Le Nid d’oiseau, à l’occasion des Jeux Olympiques de 2008.

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Herzog & de Meuron et Ai Weiwei, Le Nid d’oiseau, 2003-2008, Pékin

 

Un esprit provocateur qui fait polémique

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Ai Weiwei, Caméra de surveillance sur socle, 2015, marbre

Ai Weiwei aime la provocation qu’il utilise afin de se faire entendre – on lui reproche d’ailleurs souvent d’en abuser. Il fait des doigts d’honneur aux monuments et lieux de pouvoir dans sa série Étude de perspective dès 1995, ouvre un blog en 2006 (fermé depuis 2009 par les autorités chinoises) où il défend la liberté d’expression, dénonce la surveillance permanente de notre société avec sa sculpture Caméra de surveillance avec socle, et bien plus encore… Face à ces propos, le gouvernement l’emprisonne en 2011. A l’époque, cet événement a eu un grand retentissement sur la scène internationale. De nombreuses pétitions ont circulé à l’époque pour faire libérer l’artiste !

Pour aller encore plus – ou plutôt trop ?-  loin dans ses œuvres « chocs », il réalise une performance en 2015 dans laquelle il brise une urne Han du IIème siècle avant J.-C., rappelant cette période tragique de destruction du patrimoine chinois qu’est la Révolution Culturelle (1966-1976). Un acte paradoxal qui vous apparaît comme anti-patrimonial et sacrilège ? En tout cas, un acte polémique aujourd’hui encore…

Urne Han
Ai Weiwei, Laisser tomber une urne de la dynastie Han, 2016, briques Lego, 240 x 200 x 3 cm (chaque panneau)

S’attaquant au ready-made, à l’édition, à la photographie, à la performance, à la vidéo, Ai Weiwei est bien un artiste polymorphe, engagé, provocateur, entre tradition et modernité, entre Orient et Occident. Il est aujourd’hui reconnu à l’international pour son travail et de nombreuses expositions lui sont consacrées à travers l’Europe et le monde (Londres, Paris, Lausanne, Marseille et bien d’autres). Si le sujet vous intéresse allez faire un tour au MuCEM ou gardez l’œil ouvert, une exposition passera peut-être bientôt près de chez vous !

 

Pour aller plus loin :

 

  • Hans Ulrich Obrist, Ai Weiwei, 2012 : de courtes interviews de l’artiste qui témoignent de l’humour de l’artiste, mais aussi de ses motivations artistiques…

 

  • Ai Weiwei, Human Flow, 2017 : un documentaire poignant qu’il réalisa sur les migrants à travers le monde, à voir absolument si la question vous touche !

 

 

 

Image de couverture : Ai Weiwei, Avec du vent, 2014, bambou et soie, 240 x 240 x longueur variable (au Musée cantonal de zoologie, Palais de Rumine, Lausanne)

Crédits photographiques : Hélène Trébuchet (Pékin en 2014, expositions « D’ailleurs c’est toujours les autres » au Palais de Rumine de Lausanne en 2017 et « Ai Weiwei – Fan Tan » au MuCEM de Marseille en 2018)

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