Qing Qianlong, entre multiculturalisme et tradition chinoise

Aujourd’hui, pour ce dernier article de la série « Les grands empereurs de Chine », Tokonoma vous présente l’empereur Qianlong (règne 1736 – 1795) ! Issu de la dynastie Qing (1644 – 1911), d’origine mandchoue, il place son règne sous deux auspices : d’un côté, un fort multiculturalisme, et de l’autre, une préservation des traditions chinoises…

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L’empereur Qianlong poursuivant un couple de cerfs, anonyme, XVIIIème siècle. Domaine public

Qianlong est le petit-fils de l’empereur Kangxi (règne 1662 – 1722), le fondateur de la dynastie Qing. Repéré par son grand-père pour ses grandes capacités intellectuelles, il reçoit de sa part une formation mêlant traditions chinoises lettrées et confucéennes et traditions mandchoues, telles que l’importance de la guerre et de la chasse. Le futur empereur Qianlong est ainsi élevé très tôt dans le respect de ces deux influences, une particularité qui va marquer tout son règne.

Qui sont les Mandchous ?

Les Mandchous, ou Jürchens, sont des tribus installées au nord de la Chine, en Mandchourie. À partir du milieu du XVIème siècle, ces tribus se rassemblent sous l’égide du chef Nurhaci. Celui-ci inaugure une politique d’hostilité envers la Chine de la dynastie Ming, poursuivie par son successeur, Abahai. En 1635, la dynastie Qing est fondée. Dix ans plus tard, le nord de l’empire chinois est occupé par les Mandchous. Le Sud résiste jusqu’en 1661, date à laquelle il finit par se soumettre à la nouvelle dynastie Qing.

À la cour de Qianlong, comme depuis le début de la dynastie Qing, on ne trouve pas seulement des Chinois han (les han sont l’ethnie majoritaire en Chine) et des Mandchous ! De nombreuses autres nationalités sont présentes, et bénéficient parfois, sans distinction d’origine, de rôles prestigieux. Le missionnaire jésuite italien Giuseppe Castiglione, repéré par l’empereur Kangxi dès son arrivée en 1715, devient ainsi le portraitiste attitré de Qianlong. Ce grand privilège le consacre comme l’un des plus grands peintres de la Cour !

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Qianlong en tant que Manjusri, Giuseppe Castiglione, première moitié du XVIIIème siècle

Au contact de ces différents talents venus du monde entier, la Cour Qing absorbe certaines influences. Là encore, on peut le voir dans la peinture, qui témoigne par exemple d’apports occidentaux tels que la perspective à point de fuite, ou encore le portrait sur fond coloré neutre. En acceptant et même en adoptant ces nouvelles techniques, ces motifs et ces cultures, Qianlong entend rassembler son vaste empire sous sa coupe, à la manière d’un monarque universel. Loin de ne concerner que les rapports entre Chine et Occident, cette stratégie est aussi appliquée aux contrées plus proches. Qianlong n’hésite pas à se faire portraiturer selon l’iconographie tibétaine de Manjusri, le bodhisattva de la sagesse ! Envoyée au Dalaï Lama, cette oeuvre à mi-chemin entre le portrait et le mandala assoit clairement la domination de l’empereur…

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Le prince Hongli pratiquant la calligraphie sur une feuille de bananier, anonyme, rouleau vertical, couleurs sur soie, National Palace Museum, vers 1730. Domaine public

Qianlong reste cependant l’empereur de Chine, et il va également tout faire pour s’inscrire dans cette culture. L’enjeu est de taille : protéger la culture traditionnelle chinoise, c’est montrer qu’on s’inscrit dans une continuité dynastique… Ce qui n’a rien d’évident pour une dynastie d’origine mandchoue, qui a délogé la dynastie chinoise des Ming (1368 – 1644) ! Ainsi, Qianlong se fait le protecteur des arts et des lettres chinois : grand collectionneur, il élargit la collection impériale jusqu’à sa plus grande extension, et se fait représenter en collectionneur lettré admirant des oeuvres… Dans la plus pure tradition chinoise ! Néanmoins, Qianlong ne renie jamais ses origines mandchoues : l’importance de la chasse et de la guerre reste un élément central de son règne, incarné par l’image de l’empereur guerrier, comme sur le portrait équestre en couverture.

Guerrier et dépositaire du mandat céleste, Mandchou et Chinois, Qianlong réunit durant son règne deux facettes a priori opposées, mais qu’il rend complémentaires. Il y ajoute une ouverture sur les autres cultures et peuples, qui lui permet d’asseoir son pouvoir sur tout l’empire. Plus que sous tout autre règne, son image devient un outil de domination, qui permet de souder les différents peuples en s’identifiant à chacun d’eux, tour à tour.

 

Bibliographie :

La Cité interdite, vie publique et vie privée des empereurs de Chine (1644 – 1911), catalogue de l’exposition, musée du Petit-Palais, 1996 – 1997.

REY Marie-Catherine, Les très riches heures de la Cour de Chine : chefs-d’oeuvre de la peinture impériale des Qing (1662 – 1796), catalogue de l’exposition, Musée Guimet, RMN, 2006.

 

Image de couverture : Portrait équestre de l’empereur Qianlong, Giuseppe Castiglione, encre et couleurs sur soie, 1758, National Palace Museum, Beijing. Domaine public

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