Un coup d’oeil sur le taoïsme

Pour terminer la série « Croyances et spiritualités en Asie », parlons aujourd’hui du taoïsme ! Il s’agit de l’un des courants au cœur de la pensée chinoise ; on l’a souvent entendu ou lu plusieurs fois, mais qu’est-ce que le taoïsme à la base ? Ses origines lointaines étant assez floues, nous allons le traiter à partir de l’histoire qui a changé la Chine pré-impériale. Bonne (re)découverte !

Plantons le décor : Hao, capitale du royaume de la dynastie Zhou (), Chine, 771 avant notre ère. Le roi est tué lors d’un assaut sur la capitale, qui est mise à sac par des barbares provenant de l’ouest. La cour s’échappe et établit son nouveau gouvernement dans la ville connue aujourd’hui sous le nom de Luoyang (洛阳). Cet événement change l’histoire de la dynastie Zhou, qui, à partir de ce moment là, connait une graduelle diminution de son pouvoir politique et militaire, conformément à la puissance que les différents seigneurs féodaux gagnent. Ainsi la dynastie des Zhou orientaux se déroule dans un climat de guerres, d’usurpation du pouvoir, d’expansion, et surtout d’incertitude et de peur.

Pendant la deuxième partie des Zhou orientaux (771 – 221 av. J.-C.) en particulier, la période des Royaumes combattants (476 – 221 av. J.-C., Zhanguo shidai 战国时代), nombre de philosophes au service des seigneurs féodaux développent différentes théories dans le but de restaurer l’ordre et l’harmonie désormais perdus. Ces théories servent d’ébauche au Livre de la Voie et de la Vertu (Daode jing 道德经), l’une des bases de la pensée au coeur de la civilisation chinoise : le daoïsme (daojia 道家), plus connu sous la transcription de taoïsme.

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Laozi, l’auteur mythologique du Daode jing. Qingyuan shan, Quanzhou, Fujian (清源山, 泉州, 福建). Source : Flickr citonglaohao

 

« Le Dao produit un, un produit deux, deux produit trois, trois produit tous les êtres et les choses » Daode Jing, Chap. 42 (道德经,四十二章).

Mais ces « un », « deux » et « trois », que sont-ils ? Et bien, à l’aube des temps, le Dao crée le souffle originel (Yuanqi 元气). Ce souffle originel commence à se différencier en Yang (阳) qui s’élève en tant que souffle pur et léger et engendre le Ciel, et en Yin (阴) qui, opaque et lourd, descend et forme la Terre. Voilà le « deux » qui apparaît. Enfin, le « trois » représente l’interaction entre Yin et Yang (et donc entre ciel et terre) qui engendre le Qi (气), souffle vital. Ce Qi forme (zao 造) et transforme (hua 化), créant spontanément l’Univers. En chinois, le verbe créer s’exprime à travers l’emploi de ces deux derniers caractères : zaohua 造化. Le Qi est la source de vie de tous les êtres et de toutes les choses, appelées « les dix mille choses » (wanwu 万物).

Suite à ces éléments, sont créés les cinq agents (wuxing 五行): le bois (mu 木), le feu (huo 火), la terre (tu 土), le métal (jin 金) et l’eau (shui 水). Ces cinq agents forment un système distinct dont le centre est constitué par la terre, qui permet la cohésion et la séparation des quatre autres. Bois, feu, métal et eau divisent la terre en quatre secteurs, respectivement est, sud, ouest et nord, dominés par leurs propres caractéristiques. De même, les caractéristiques de chaque agent dominent aussi le temps au cours de l’année. Ainsi le printemps est influencé davantage par l’action du bois, l’été par le feu, l’automne par le métal et l’hiver par l’eau. Pendant la journée a lieu le même phénomène de succession d’influences.

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Source : Google images

 

On peut ainsi comprendre que l’Univers est réglé par un « équilibre fluctuant », permis par l’alternance des agents dominants et qui permet un système d’auto-correction entre ceux-ci, puisque leur influence sur le monde n’est jamais égale. C’est exactement pour cette raison que le taoïste fait confiance à la spontanéité du cours de la nature et se méfie de l’intervention de l’homme qui, en agissant dans cet ordre, a mené et mène aux troubles (regardez le cas des Royaumes combattants !)

Dans cet équilibre naturel, comment l’homme doit-il agir ? Il ne doit pas agir ; c’est ce que l’on appelle le « non-agir » (wuwei 无为).

D’après cette réponse, on peut déduire que le taoïsme encourage une conduite passive, mais ce n’est pas le cas. Le taoïsme induit l’homme à ne pas forcer ou dépasser sa spontanéité individuelle et celle de l’écosystème autour de lui. Quelques exemples afin de rendre la pensée taoïste plus concrète : le taoïste n’usurperait jamais le pouvoir du roi comme cela arrivait pendant la période des Royaumes combattants, le taoïste n’obligerait jamais son fils à faire telle ou telle chose, le taoïste s’éloigne de la société pour se réfugier dans la nature.Le taoïste sait bien que son intervention dans l’équilibre naturel engendrerait inévitablement des dérèglements.

Le taoïste s’éloigne de tous les excès en se préparant au déploiement du Dao, la Voie, seul principe vis-à-vis duquel le taoïste se rend passif. Le Dao représente la véritable source de la vitalité de l’homme. L’homme taoïste se conformant au Dao est le créateur, l’artiste.

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Li Bai (李白), poète de la dynastie Tang, très connu pour ses poèmes (shi 诗) et pour sa conduite taoïste par excellence. Dans cette image il est portraituré en regardant la lune et en réfléchissant. Cette iconographie de Li Bai vient d’après son poème « Pensées d’une nuit tranquille » (Jingye si 静夜思). Dans cette image il lui manque seulement une coupe d’alcool, sa boisson préférée. Source : Baidu images.

 

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Deux jeunes moines Shaolin pratiquant l’art du combat, également d’origine taoïste. Source : Google images.

 

Bibliographie :

Attilio ANDREINI, Maurizio SCARPARI, Il daoismo, Bologna, Società editrice il Mulino, 2007.

Kristofer SCHIPPER,  Il corpo taoista: corpo fisico, corpo sociale, Roma, Ubaldini, 1983.

LAO TSU, Tao Te Ching, English and Chinese edition, Anhui people’s publishing house, Hefei, 2012. 老子, 道德经,汉英双语版,安徽人民出版社, 合肥, 2012. L’extrait de cette citation en chinois est :  « 道生一, 一生二, 二生三, 三生万物« .

Yulan FUNG, A history of Chinese philosophy, Volume I « The period of the philosophers« , translated by Derk BODDE, Princeton, Princeton University Press, 1952.

 

Photo de couverture : Wudaozi (吴道子, ca. 680-759), détail des « 87 immortels ». Source: http://www.comuseum.com/?s=wu+daozi .

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Assunta dit :

    Tous les articles publiés sont résultés de grand intéret et ils ont ouvert une porte sur l’univers de la culture de l’orient. Le linguage est clair et efficace.

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