Enfers et fantômes prennent possession du Quai Branly

Depuis mardi se tient au musée du Quai Branly une exposition sur les Enfers et les Fantômes en Asie. Etes-vous prêts à frissonner de plaisir ? Nous vous emmenons dans l’univers sombre et inquiétant des fantômes en Asie… Âmes sensibles s’abstenir !

L’exposition, que le conservateur Julien Rousseau nous confie avoir « été réalisée pour être la plus effrayante possible« , détonne dans le paysage muséal ! En effet, lorsque la visite démarre, la muséographie nous met dès les premiers pas dans l’ambiance : nous devons traverser le fleuve menant au monde des morts avant d’atteindre les enfers…

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Manuscrit de l’histoire de Phra Malaï, 2e moitié du XIXe siècle, Thaïlande, The British Library, Londres

La suite de l’exposition nous présente les différentes conceptions de l’enfer et des créatures y vivant selon chaque pays ou région d’Asie à travers trois sections : “Visions des enfers”, “Fantômes errants et vengeurs” et pour finir “La chasse aux fantômes”. Nous parcourons donc le continent infernal asiatique, parfois effrayés mais surtout surpris par la variété d’objets présentés. Le thème de l’exposition n’étant pas des plus classiques, le choix des œuvres y fait parfaitement écho ! Nous nous trouvons donc nez à nez avec tantôt des masques de théâtre japonais, des bodhisattvas chinois, des zombies thaïlandais ou encore des arcades de jeux vidéos tel Pac-Man, le plus célèbre des chasseurs de fantômes ! L’exposition fait également honneur à l’art contemporain. Certaines œuvres comme On the Buddha’s Hand d’Uttaporn Nimmalaikaew, qui évoque un hologramme, ont été réalisées spécialement pour l’exposition. Le tout est ponctué d’extraits de films d’épouvante, qui ne sont, pour une fois, pas une simple illustration des œuvres alentours mais bien présentés en tant qu’œuvres à part entière.

Ce thème, inédit pour une exposition, est pourtant prégnant en Asie et permet de faire un tour d’horizon des cultures asiatiques. En effet, en Asie les fantômes font partie intégrante de la culture vivante, et fantômes et représentations des Enfers sont omniprésents tant dans la religion que dans le théâtre, le cinéma et la culture populaire.

A la base de cette prédominance des fantômes dans la culture populaire d’Asie se trouve la croyance bouddhiste en l’existence du Karma, et l’idée d’un perpétuel cycle de réincarnations. Les damnés sont représentés expiant leurs fautes dans les Enfers, leurs corps subissant une multitude de tortures.

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Katsushika Hokusai, Série Hyakumonogatari, les « Cent histoires », Le Fantôme d’Okiku, estampe, 1831-32, BnF, Paris.

C’est cependant dans la culture japonaise que les fantômes sont les plus présents, occupant une place de choix dans la culture populaire. Une multitude d’histoires de fantômes peuple le folklore japonais, parmi lesquelles celle de la servante Okiku. Okiku est une servante qui, accusée à tort d’avoir cassé une assiette précieuse, est jetée dans un puits. Pour se venger de cette injustice, elle revient chaque nuit hanter son maître en comptant les assiettes. On doit à l’artiste Maruyama Okyo d’avoir fait de la peinture de fantôme un genre à part entière appelé yurei ga.

Enfin, si au Japon les esprits des fantômes sont invoqués, la Chine a quant à elle mis en place un ensemble de rituels magico-religieux afin de les chasser et d’éviter qu’ils ne rôdent auprès des vivants. De même, l’importance des rituels rendus aux ancêtres atteste de la volonté d’en faire des êtres bénéfiques.

Après cette traversée particulièrement terrifiante des Enfers, le visiteur peut terminer l’exposition rassuré et apaisé par l’imposante présence du bodhisattva Avalokiteshavara dans sa version japonaise, Kannon.

Riche d’œuvres variées allant des époques anciennes à la période contemporaine, avec notamment certaines oeuvres conçues spécialement pour l’occasion, l’exposition Enfers et Fantômes d’Asie nous transporte dans un univers aussi singulier que fascinant. L’audace et la créativité qui ont permis la mise en place de cette scénographie immersive, idéale pour éveiller l’imaginaire du visiteur, sont à saluer.

 

Atout principal de cette exposition, cette scénographie permet une visite à la fois éducative et ludique en découvrant cet aspect peu connu des cultures asiatiques. La multitude d’anecdotes autour des fantômes permet une visite très divertissante. La mise en scène théâtrale laisse facilement le visiteur se prendre au jeu, sans toutefois lui faire prendre la fuite face à ces monstres infernaux !

 

Pour aller plus loin :

L’exposition Enfers et fantômes d’Asie se tient au musée du Quai Branly du 10 avril au 15 juillet 2018.

Le musée du Quai Branly organise de nombreuses activités en lien avec l’exposition, dont un « before » gratuit le vendredi 8 juin !

 

Lisa Delmas, Camille Despré & Laurie-Anne Tuaire

 

Photo de couverture : Utagawa Kuniyoshi, La princesse Takiyasha et le spectre squelette, 1844, Estampe, Victoria & Albert Museum, Londres

3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Druelle Isabelle et Xavier dit :

    Nous suivons de près tes chroniques et apprécions tes commentaires dont ce dernier nous donne réellement envie d’aller voir cette exposition !

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    1. Julie Robin dit :

      Merci beaucoup, de la part de toute l’équipe ! 🙂

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