La vague du Mahayana dans l’océan du bouddhisme

Après le récit merveilleux de la vie du Buddha (voir l’article précédent ici), concentrons nous sur des aspects plus doctrinaux de sa nouvelle religion. Lenseignement du Buddha, le temps passant, donne naissance à des divergences importantes et à des courants différents. Tokonoma vous explique ce qu’il en est pour le bouddhisme en Extrême-Orient.

 

Quelques notions doctrinales

Tout d’abord, quel est l’enseignement du Buddha? Il se présente sous la forme de quatre vérités : la vie est souffrance, cette souffrance a pour cause le désir, on peut supprimer cette souffrance, il suffit alors d’emprunter l’octuple chemin. Voilà ce qu’il faudra faire si toi aussi tu veux suivre la voie noble de l’octuple chemin : avoir une vue juste tout n’est qu’impermanence , une intention juste, une parole juste pas de mensonges, d’injures , une action juste – une conduite irréprochable -, les moyens d’existence justes – gagner sa vie de façon honnête -, un effort juste, l’attention juste et une concentration juste. Autre indication :  il faut faire le bien et ne rien faire qui pourrait être nuisible à soi-même ou autrui. Ainsi tu pourras atteindre l’Eveil puis le Nirvana et t’extraire du cycle des renaissances qui est la source de la souffrance.

Octuple chemin
L’octuple chemin – Extrait du manga Buddha par Osamu Tezuka
Bodhisattva
Bodhisattva debout, Dunhuang (province chinoise du Gansu), dynastie Tang (618-907), seconde moitié du VIIIe siècle, encre et couleurs sur soie, 80.5 x 27.7 cm, Paris, MNAAG Photo © MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / Daniel Arnaudet

Après plusieurs querelles entre les disciples du Buddha, sans doute aux alentours du Ier siècle de notre ère, deux courants principaux se distinguent : le Theravada et le Mahayana. Le Theravada – qui regroupe les écoles et courants les plus fondamentaux et proches de la parole du Buddha – réserve l’Eveil à peu de personnes, à quelques êtres exceptionnels et surtout à ceux qui deviennent moines.  Alors que le Mahayana met en avant l’idée que tous les êtres peuvent atteindre l’Eveil. Il est donc plus inclusif, d’où son nom qui signifie « Grand Véhicule ». Pour bien comprendre le sens de ce terme, on peut s’imaginer une gigantesque charrette, permettant d’amener plus d’êtres vers le salut. Des moines, des laïcs, des animaux, tout le monde peut y arriver ! C’est ainsi que parfois on regroupe les écoles et courants du Theravada sous le terme Hinayana « Petit véhicule ».

 

En outre, si le Mahayana admet que chacun puisse atteindre l’Eveil, alors il existe plusieurs buddha, du passé, du présent, de l’avenir, des directions cardinales… et tous peuvent faire l’objet d’une vénération. N’en déplaise à Shakyamuni, le Buddha historique…

Enfin dans le Theravada, la discipline prônée permet à l’individu d’atteindre l’Eveil par et pour lui-même. Tandis que le Mahayana fait apparaître la figure du bodhisattva, être d’Eveil, qui par compassion retarde son entrée au nirvana pour aider tous les êtres du monde à s’en sortir. La compassion est capitale dans ce courant.

 

La diffusion du Mahayana

Cette notion d’universalité du salut dans le Mahayana a contribué à sa large propagation en Asie. Très naturellement, et grâce au soutien de souverains puissants comme le roi indien Asoka, les moines sont allés prêcher sur les marges du sous-continent indien. Puis la doctrine s’est diffusée de plus en plus loin, vers le Cachemire, l’Asie centrale. Enfin vers le Ier siècle de notre ère, contournant le plateau tibétain, le bouddhisme s’implante dans la Chine des Han orientaux (25-220). C’est aussi en partie à la faveur du commerce sur les routes d’Asie centrale que le phénomène se diffuse.

devata
Tête de devata ou de bodhisattva, première moitié du VIIe siècle, Kucha (province chinoise du Xinjiang), peinture sur torchis, 26 x 31 cm, Paris, MNAAG
Photo © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

 

Et il ne s’arrête pas là ! Progressivement, il atteint la Corée au IVe siècle puis le Japon au VIIe siècle. En Corée, dès l’époque des Trois Royaumes (57 av. J.-C. – 668), le bouddhisme devient la religion de la cour. Au Japon, le bouddhisme est introduit par l’intermédiaire de la Corée justement. Ainsi c’est tout l’Extrême-Orient qui s’en imprègne.

Des écoles très connues vont se développer en Chine et vont se révéler d’une importance capitale dans le domaine de l’Histoire de l’art, à l’instar de l’école Zen au Japon, appelée Chan en Chine. De plus une autre forme du bouddhisme se diffuse au nord de l’Himalaya. Il s’agit du courant tantrique, qui s’implante au Tibet et en Mongolie, mais aussi beaucoup au Japon et en Chine. Beaucoup d’autres articles en perspective !  

 

Pour aller plus loin :

CORNU, Philippe, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Paris, Editions du Seuil, 2006.

TEZUKA, Osamu, Bouddha, édition Tonkam, 14 volumes (manga)

 

Photo de couverture : Triade bouddhique, Seosan – gun (province sud-coréenne de Chungcheong), royaume de Paekche, VIIe siècle H. = 2.8 m  CC BY SA 2.0

11 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Mealin dit :

    J’ai rarement lu une présentation aussi efficace des choses ! Vous êtes plutôt grand véhicule du coup 🙂 et ça me plait.
    Bravo encore pour tous les articles que je dévore à chaque sortie, sans forcément les commenter à chaque fois.

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    1. Julie Robin dit :

      Alors ça c’est très gentil ! Merci beaucoup. 🙂

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