Krishnā Riboud, une collectionneuse d’exception

Intellectuelle et collectionneuse, Krishnā Riboud possédait une des plus grandes collections de textiles asiatiques au monde. Son long travail et sa volonté ont largement contribué à enrichir nos connaissances quant aux coutumes et surtout aux techniques de tissage des pays asiatiques.

Née à Calcutta, au Bengale, le 12 octobre 1926, Krishnā Roy est la descendante de Rabindranath Tagore, Prix Nobel de littérature en 1913. Enfant orpheline, elle est élevée dans la grande famille Tagore. Dans cette atmosphère cosmopolite et surtout très intellectuelle, elle s’ouvre au monde. Après des études de philosophie à Boston, Krishnā Roy épouse Jean Riboud, qu’elle a rencontré via Henri Cartier-Bresson à New York. Le couple s’installe à Paris en 1951. Jean Riboud est nommé au sein des industries Schumberger, qui deviendront l’un des plus grands groupes industriels français. De cette fortune découlera la splendide collection de textiles asiatiques.

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Krishnā Roy jeune.

On rapporte que le couple avait un cercle d’amis étendu et très influents qui comprenait des personnalités politiques, comme François Mitterrand, et Indira Gandhi, et des personnalités artistiques telles que Yves Tanguy, Joan Miró et Max Ernst. Du côté personnel, la vie de Krishnā Riboud ne se fait malheureusement pas sans embûche : Jean Riboud meurt à Paris en 1986, et leur fils unique Christophe meurt dans un accident de voiture en Suisse en 1990. Au cours de la décennie suivante, Krishnā partage son temps entre la France et l’Inde. Voyageuse dans l’âme, Krishnā Riboud, retourne souvent en Inde ; elle ira au Bangladesh et au Bengale dans un intérêt artistique, mais également pour renouer avec son histoire. Elle commence tôt à s’intéresser aux arts et aux traditions de son pays d’origine. C’est à ce moment-là que la jeune femme décide de rassembler une collection de somptueux textiles.

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Mary Meerson et Krishnā Riboud par Henri Cartier-Bresson. © Henri Cartier-Bresson

Consciente que les textiles provenant d’Asie, et plus particulièrement d’Inde, constituent un patrimoine inestimable, mais menacé de disparaître, Krishnā Riboud achete des saris du Baluchar, un type de vêtement porté par les femmes à travers l’Inde et le Bangladesh. Dès le début des années 1950, elle commence à collectionner des saris produits au Bengale. Il ne faut pas s’imaginer cependant qu’elle voyage toute l’année ! Elle achète la plupart de ses textiles chez les commerçants ou les antiquaires, à Paris ou New Yorket n’acquière que quelques exceptions lors de ses voyages.

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Marc Riboud, Krishnā Riboud et Robert Bazelaire dans son jardin de bambous nains.
© Marc Riboud

 

Femme philanthrope et engagée, Krishnā Riboud tente d’aider les personnes en difficulté, comme en 1962 où elle organise à Paris une grande exposition de textiles afin de réunir des fonds d’aide aux victimes du conflit sino-indien. Deux ans plus tard, elle travaille sur les textiles archéologiques de Dunhuang, au Musée Guimet. Les grottes de Mogao, à Dunhuang, situées dans le désert de la province du Gansu (Nord-Ouest), ont été le premier site de Chine classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, en 1987. Ces 735 grottes creusées le long d’une falaise par d’anciens fidèles conservent une des principales collections mondiales d’œuvres d’art bouddhistes.

A cette époque, le musée entame une longue collaboration avec le Centre international d’étude des textiles anciens et avec Krishnā Riboud. Jusque-là, la grande collection de textiles asiatiques n’avait été étudiée que pour son iconographie. Au départ, cette nouvelle approche lui fait abandonner l’envie de collectionner. Mais Krishnā Riboud ne s’avoue pas vaincue : dans les années 1970, elle commence à acheter des pièces en élargissant progressivement son horizon à l’Indonésie, à la Chine et au Japon. De nouvelles techniques et iconographies sont alors à découvrir ! En 1979, elle crée avec son mari une fondation privée qui deviendra l’Association des Etudes des Textiles Anciens en 1982. À partir de ce moment, l’étude scientifique et la collection des textiles iront de pair !

En 1990, Madame Riboud fait un premier don au Musée Guimet de 148 artefacts, dont une centaine de textiles, d’objets et de bijoux. Puis, en 2003, un autre don est réalisé, peu après sa mort. Il couvre presque toute la collection – près de 3 800 pièces et 150 objets : aquarelles, objets démontrant des techniques de tissage -, permettant la création d’une section dédiée aux textiles.

Krishnā Riboud a ainsi apporté une contribution extraordinaire à notre connaissance des civilisations asiatiques. Si ce personnage est peu célébré, sa collection a été étudiée par de nombreux spécialistes textiles. Elle vaut la peine d’être vue, et surtout connue !

 

Pour en savoir plus : 

Le musée Guimet réalise des rotations des textiles de la collection Riboud tous les trois mois environ, selon des thèmes précis, dans la galerie Riboud au premier étage du musée. En effet, pour ne pas abîmer et pour préserver ces précieux textiles, ils sont régulièrement remis en réserves et échangés contre d’autres, afin de ne jamais les exposer sur une trop longue période ! 

Une partie de la collection Riboud a été publiée dans le merveilleux catalogue réalisé pour l’exposition Lumières de soie – Soieries tissées d’or de la collection Riboud (2004), qui rend hommage aux pièces asiatiques de la grande collectionneuse indienne. 

Myrna et Sam Myers possèdent la deuxième (ex-aequo avec celle de Krishnā Riboud) plus grande collection de textiles asiatiques au monde. Les chercheurs spécialistes disent que ces deux collections se complètent parfaitement !

 

Image de couverture : Jupe et brassière, choli, satin de soie brodée, XIXème siècle, don de Krishna et Jean Riboud, 1990. © Musée National des Arts Asiatiques – Guimet

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